Dépêche | Quand les ondes rôdent au noir

Comme tous les mensonges redoublent pour dissimuler les mensonges déjà racontés, les mensonges qui dévoilent les mensonges se divisent et se subdivisent, aboutissant à des fragments et d'autres fragments, et à des fragments de fragments qui empêchent de reconstituer la vue d'ensemble, la vérité d'ensemble. Il n'y a pas de symétrie entre se lever et tomber, entre partir et revenir.
Nick Barlay - La Femme d’un homme qui
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lundi 17 février

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MAJ lundi 17 février

Quand les ondes rôdent au noir
05/06/2011

Quand les ondes rôdent au noir
... sur Agora FM, ce sont Jacques et Corinne qui montent au créneau pour tâcher de partager avec leurs auditeurs leurs derniers coups de cÅ“ur. La première partie de leur émission du 24 mai est tout entière occupée par une conversation téléphonique avec Marin Ledun. Corinne, enthousiasmée par Visages écrasés (récemment paru aux éditions du Seuil) dont elle dit qu'il s'agit rien moins que du Germinal du XXIe siècle, mène l'interview de main de maître, lui donne structure et cohésion tout en laissant l'auteur s'exprimer à sa guise. Il en résulte vingt minutes passionnantes au cours desquelles Marin Ledun explique sa matière thématique - la souffrance des salariés -, analyse son personnage-narrateur - une femme médecin du travail - et décortique sa démarche d'auteur qui l'a notamment poussé à adopter la première personne pour écrire son roman. À écouter toutes oreilles dressées...

La seconde partie, très européenne, s'attarde sur trois romans venus de trois pays différents - la France, le Danemark et les Pays-Bas.
Corinne commence par vanter les mérites de L'Honorable société, un roman co-écrit par Dominique Manotti et D.O.A qu'elle définit comme "une étude de mÅ“urs" et qui, malgré une matière en prise directe avec la réalité politique et ses turpitudes, reste dans le champ de "la bonne littérature" et échappe au trop facile discours moral. Corinne insiste sur les très grandes qualités littéraires du roman, que l’on aurait tort d'aborder comme un banal manifeste anti-politiciens.
C'est ensuite Jacques qui prend le relais pour évoquer Les Plumes du dinosaure, de Sissel-Jo Gazan*. L'auteur est une biologiste et journaliste danoise, dont c'est ici le premier roman traduit en français. En même temps que l'enquête policière proprement dite menée autour de la mort suspecte du directeur de thèse de l'héroïne Anna Bella, doctorante en biologie, le lecteur suit la progression de la thèse sur laquelle elle travaille, où la jeune femme entend démontrer que les scientifiques refusant d’admettre que les oiseux descendent des dinosaures se trompent... Enrichi de passages très documentés, par exemple sur la vie des laboratoires de recherches ou sur l'évolution des espèces, c'est un roman qui reste très accessible malgré l'abondance de termes et d'informations scientifiques et dont, paraît-il, on sort plus savant. Pour conclure, Jacques invite les lecteurs curieux intéressés par la théorie de l'évolution à lire les ouvrages de Stephen Jay Gould.
Et Corinne de conclure par de beaux compliments adressés à Losers-nés, d'Elvin Post. Sa première remarque est pour louer la couverture – "Une des plus belles du moment". Et la seconde, avant même d'attaquer le pitch, pour féliciter l'auteur de s'être amélioré depuis son roman précédent, Faux et usage de faux, dans lequel les deux compères noir'rôdeurs avaient trouvé quelques bémols à leur engouement. La narration est "très enlevée", c'est "un roman drôle, décalé" qui, dit-elle, emprunte autant à l'univers de Martin Scorcese qu'à celui des frères Coen... pour finir chez les Simpson... Voilà un mélange qui promet !

* Les Plumes du dinosaure, de Sissel Jo Gazan (traduit du danois par Max Stadler et Magali Girault), Le Serpent à plume coll. "Serpent noir", avril 2011, 526 p. - 26,00 €.


Liens : Losers-nés | Marin Ledun | Elvin Post | Dominique Manotti | D.O.A.

Par Isabelle Roche

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