Mama Black Widow

J'évitais autant que possible de me dire à quel point Ryan et Nicole me manquaient, de penser à la chambre vide de ma sœur, à ses affaires auxquelles personne n'avait touché. Je n'avais jamais perdu de proche auparavant, pas même un animal domestique, et il me fallait affronter l'idée de la mort, son côté définitif, le sentiment vertigineux que je ne reverrais jamais ma sœur, que je n'entendrais plus jamais le son de sa voix. Qu'elle n'existait plus.
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Contenu

Roman - Noir

Mama Black Widow

Social - Urbain MAJ mardi 07 décembre 2010

Note accordée au livre: 5 sur 5

Poche
Réédition

Public averti

Prix: 7 €

Iceberg Slim
Mama Black Widow - 1969
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Gérard Henri
Paris : Points, novembre 2010
346 p. ; 18 x 11 cm
ISBN 978-2-7578-2020-9
Coll. "Roman noir", 2514

Mauvaise pioche

Pas facile d'être noir, homosexuel et de vivre dans le Chicago des années 1960. C'est le cas d'Otis Tilson, alias Pois de Senteur, qui se résout à quitter la femme qui partage sa vie. Enfin, une des deux femmes, puisque sa mère joue un rôle central depuis qu'ils ont quitté le Sud pour un Eldorado qui vola rapidement en éclats : Chicago, ses macs, ses putes, ses dealers, ses assassins. Chouette programme pour un enfant de six ans qui découvre ce que l'Amérique peut faire de pire, ce que la pauvreté et la discrimination peuvent offrir de plus terrible. C'est d'ailleurs vers son enfance que Pois de Senteur se retourne au moment où sa vie bascule pour la énième fois. Il se souvient de son père qui n'accepta jamais d'être inutile, de ses sœurs attirées par l'argent facile ou par l'amour, de son frère qui s'acoquina avec un gros dur et de ces ombres de passage, prêtes à tout pour prendre par la force, par le fric ou par l'abandon. Le Sud et la récolte du coton reviendraient presque comme de doux souvenirs, celui d'une époque où Otis avait un père qui tenait encore debout, celui où la peur ne l'occupait pas jours et nuits.

C'est avec ce livre qu'Iceberg Slim clôt sa trilogie, après Pimp et Trick Baby. Il fallait s'attendre à du noir et on a du très noir, une nouvelle fois. L'envers du ghetto, ce que l'on ne s'attend pas à trouver, les minorités parmi les minorités, les exclus des exclus, ceux qui sont en dehors, au point que leur existence même peut être niée. C'est à cette frange des sous populations qu'Iceberg Slim redonne vie dans ce livre. Il procède en deux temps, celui passé de l'enfance de son "héros" et celui présent, brisé, de l'enfant devenu adulte qui survit sans parvenir à assumer ses vices, ses pulsions, qui tente d'oublier les assassinats de ses proches en s'habillant en femme, qui essaie d'oublier qu'il ne se sentira jamais un homme dans un monde inhumain. Pour cela, il ne fait pas semblant (comment faire semblant ?) et use d'un vocabulaire âpre, dur, qui ne renâcle pas à racler là où ça fait mal, sans parvenir à bout des restes de tendresse qui subsistent chez Otis.

Citation

Je n'arrivais pas à me débarrasser de l'idée qu'il n'était pas né flic, qu'il avait peut-être été un jour un être humain.

Rédacteur: Gilles Marchand vendredi 26 novembre 2010
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