Au-delà du mal

Un adulte projetait sur le temps, sur le futur. Un adulte savait qu'après le temps de peine il y avait un avenir quel qu'il soit puisqu'il y avait eu un passé quel qu'il fût. Un adulte possédait cette mémoire-là juste du fait d'avoir une mémoire bien pleine de passé et de souvenirs. Un adulte pouvait distiller un souvenir par jour de peine, par nuit de mur.
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jeudi 18 avril

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Roman - Thriller

Au-delà du mal

Tueur en série MAJ mercredi 07 octobre 2009

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 23 €

Shane Stevens
By Reasons of Insanity - 2009
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Clément Baude
Paris : Sonatine, avril 2009
768 p. ; 22 x 14 cm
ISBN 978-2-35584-015-9

Actualités

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    À ne considérer que les récompenses propres au polar, la forêt des prix est déjà touffue. Elle devient presque impénétrable dès lors que l'on envisage l'ensemble des prix sans distinction de genre. Il convient pourtant d'explorer avec soin palmarès et sélections "généralistes" ou bien strictement thématisés mais hors polar car bien souvent s'y trouve à l'honneur un livre noir grand teint - de ceux que l'on prise fort ici. Par exemple "Micah et les voix de la jungle", premier tome de la série Le Camp des éléphants de Frédéric Lepage, publiée aux éditions du Masque, qui a été couronné par le Grand Prix des Jeunes Lecteurs - un prix créé en 1985 par la Fédération des parents d'élèves de l'enseignement public et décerné chaque année par un jury constitué d'enfants de 9 à 12 ans, élèves de CM2 et de 6e.
    Ou encore le thriller de Shane Stevens, Au-delà du mal (traduit par Clément Baude) publié par les éditions Sonatine, que les libraires indépendants regroupés sous le label Initiales ont retenu, avec deux autres livres, dans le cadre de leur prix Mémorable créé en 2008 et qui vise à distinguer "la réédition d’un auteur malheureusement oublié, d’un auteur étranger décédé encore jamais traduit en français, ou d’un inédit ou d’une traduction révisée, complète d’un auteur" (citation empruntée au site des libraires Initiales).

L'humanité malgré tout

C'est bien connu, les bons chasseurs préparent eux-mêmes leurs cartouches : petite balance ultra sensible, poudre, bourre, plomb, tout est question de dosages pour être sûr de son coup. Shane Stevens est un chasseur qui fabrique ses balles. Des balles dont le k-libre, si l'on se réfère au contexte, n'était encore utilisé par personne, lors de la sortie d'Au-delà du mal. Un livre qui pose la première pierre de ce qui ne tardera pas à s'affirmer comme un nouveau genre : le serial killer.
La société est un organisme, les serial killers en sont les métastases, et il faut considérer, analyser, comme un examen biologique, de façon scientifique, sociologique, psychologique pour prendre la mesure du phénomène, des causes de ce cancer. Shane Stevens en profite alors pour poser un regard explicite, soigneux, quasi chirurgical... sur la société américaine et ses interlocuteurs : la presse et les hommes politiques de l'Amérique des années 1970. Sorti cinq ans après les révélations du Washington Post et la chute de Nixon dans une atmosphère de paranoïa généralisée, Shane Stevens invente tout droit issu de son beau pays, le beau psychotique Thomas Bishop héritier d'une enfance massacrée, sorte de mal absolu, d'une insensibilité sans borne, d'une séduction à toute épreuve et possédant un coup de couteau capable de désosser un humain de sexe féminin en quelques minutes avec la conviction de lui rendre service.
Ce texte global tisse des liens à tous les niveaux de la société américaine. Thomas Bishop, ange exterminateur en mission, propage ses ondes de choc de la Maison Blanche, aux bas-fonds de New-York en passant par un magazine à grand tirage, un journaliste vedette, un sénateur opportuniste et rappelle le souvenir de Caryl Chessman, "serial violeur" au passé tout à fait réel. Le tout mis en mouvement avec la grâce d'un carrousel musical miniature et traité bien sûr, de façon très subjective.
Quel est la part du vrai ? du faux ? où commence le reportage, le récit, la satire sociale d'un pays plus malade qu'il n'en a l'air (les USA sont une véritable pépinière de tueurs en série depuis le début du XIXe siècle) ? de qui Shane Stevens est-il le pseudonyme ? comment les éditions Sonatine ont-elles réussi à mettre fin à vingt-cinq ans de "malédiction éditoriale" à propos de ce texte, et pourquoi maintenant ?
Le roman finit par faire douter du réel, porté par le questionnement plus classique sur les limites de la folie, où commence-t-elle et qui est vraiment fou ? By Reason of Insanity, titre original, est la formule juridique américaine qui dégage de toute responsabilité pénale l'assassin déclaré fou, et confirme l'acceptation de cette différence par la société, souvent bien malgré elle.

Véritable litanie incantatoire, bible du genre, texte mythique, Au-delà du mal témoigne des capacités d'un texte à se confondre à la réalité au point de lui appartenir tout à fait. Au point que, en musardant sur le site "Tueurs en série", comme ça, pour s'instruire, on constate que le monde réel a parfois du retard sur la fiction. Ainsi, on peut remarquer qu'Arthur Bishop, serial killer américain, est exécuté dans l'Utah par injection en 1988, soit bien après Thomas Bishop, premier serial killer de papier, tombé lui en 1979.


On en parle : La Tête en noir n°141

Citation

Qu'il n'eût aucune vie affective lui paraissait évident, mais il ne savait pas comment y remédier puisqu'il ne ressentait rien pour son prochain.

Rédacteur: Olivier Nouvel vendredi 11 septembre 2009
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