Le Crime : histoire d'amour

Les emmerdes, c'est toujours réservé aux amis, rigole Gérard, c'est là qu'on peut les compter.
Jacques Eisenbarth - À coups de crosse
Couverture du livre coup de coeur

Coup de coeur

La Guerre est une ruse
Frédéric Paulin retrace avec intelligence l'histoire violente de l'Algérie entre 1992 et 1995, un...
... En savoir plus

Identifiez-vous

Inscription
Mot de passe perdu ?

samedi 21 septembre

Contenu

Roman - Noir

Le Crime : histoire d'amour

Social MAJ mercredi 24 février 2016

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 17 €

Árni Thórarinsson
Glaepurinn - Astarsaga - 2013
Traduit de l'islandais par Éric Boury
Paris : Métailié, février 2016
140 p. ; 22 x 14 cm
ISBN 979-10-226-0171-9
Coll. "Noir - Bibliothèque nordique"

Amour, que de crimes

Malgré son format réduit (cent quarante pages pas très denses), ce roman est construit avec subtilité. Il s'ouvre sur un prologue au cours duquel un homme, psychologue de métier et écrivain à ses heures, rêve de cadavres et regrette sa fille, Frida, qu'il ne voit plus depuis une dizaine d'années. Suivent vingt-cinq chapitres (parfois entrecoupés de bribes de chanson) alternant les points de vue, dont certains, intitulés Nous, sont en forme de lettre mâtinée de journal intime tenu par un personnage féminin, qui nous conte en fait le passé de cette famille et par lequel nous apprenons le secret qui pèse sur elle (et qu'il faut naturellement se garder de révéler ici). Les autres suivent les faits et gestes de la fille, du père et de la mère. Le récit s'ouvre le jour des dix-huit ans de Frida, qui vit maintenant avec Brynhildur, une amie qu'elle aide à tenir une boutique de mode et qui décide de faire donner une bonne leçon au père de sa copine par une bande de jeunes anarchistes de sa connaissance (qui vont se tromper bêtement de cible !). Le père reçoit un coup de téléphone anonyme lui intimant l'ordre de tenir la promesse qu'il a faite à Frida (à savoir de lui dire, lorsqu'elle serait majeure, pourquoi sa femme et lui se sont séparés). Depuis son divorce, la mère de Frida mène une existence chaotique de clocharde, pocharde, droguée et sans doute prostituée occasionnelle. Elle est plus ou moins hébergée par un vieil original, Hlynur, mais Frida l'a filmée à l'état d'épave, dans la rue, et a mis la vidéo sur Internet. Et elle a des dettes envers une certaine Jane, qui la tyrannise. Mais c'est aussi une femme instruite et très littéraire, qui est en fait l'auteur du journal intime. Les différents itinéraires se croisent au cours d'une seule et même journée très dramatique, jusqu'à un dénouement à la fois dur et apaisé.
Malgré son titre, ce roman n'est pas vraiment un policier (il n'y a ni cadavre ni enquête, au cœur de cette histoire, le crime en question est d'ordre moral et assumé, il n'a donc pas à être découvert ni sanctionné). C'est plutôt au sous-titre qu'il faut ajouter foi et en fonction de quoi il faut le juger. Sur ce plan, il donne toute satisfaction, ce qui est fort méritoire, sur un sujet aussi éculé qu'un couple et une famille à la dérive. Il est superbement composé et très émouvant. Comme quoi il n'est pas nécessaire d'aligner des centaines de pages pour narrer une histoire convaincante. Ni des tonnes d'explications, simplement des faits bien choisis et des dialogues révélateurs. On peut même aborder ainsi de graves problèmes de philosophie morale, qui ne sont plus abstraits ni schématiques, dès lors qu'ils sont ainsi incarnés dans des destins humains, fussent-ils fictifs. Une belle leçon de littérature, tout simplement, qui fait que nous ne nous apercevons qu'après coup de l'absence d'Einar. Mais ce n'est sûrement que partie remise.

Citation

Les romans sont une forme de réalité interactive.

Rédacteur: Philippe Bouquet mercredi 30 décembre 2015
partager : Publier dans Facebook ! | Publier dans
MySpace ! |

Pied de page