Flic

Manière surfaite. Langage en bois. L'homme se donnait des allures de grand duc avec son costume en velours noir et sa cravate bleu roi. Mais la rue suintait par tous ses pores, comme une transpiration mal nettoyée.
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lundi 18 décembre

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Essai - Policier

Flic

Corruption - Procédure MAJ samedi 12 novembre 2016

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 17,9 €

Michel Neyret
Paris : Plon, octobre 2016
232 p. ; 23 x 14 cm
ISBN 978-2-259-22144-3

Neyret, autobiograflic

Michel Neyret ! Commissaire de police, surdoué, ancien de l'Antigang, numéro 2 de la PJ de Lyon, interpellé le 29 septembre 2011. Condamné le 5 juillet 2016 pour trafic d'influence et corruption à deux ans et demi de prison ferme. En octobre, il pose sur la couverture de son livre, veste sombre, jean, chemise blanche, la chevelure noire fournie. Il aurait dû écrire cet ouvrage plus tard, Les Belles histoires de l'oncle Michel, cela aurait dû être un livre de flic de plus, une nouvelle version de Cours après moi que je t'attrape. Retraite prise, c'est sans doute ce qu'il aurait fait, égrenant trente ans de faits divers, de saute-dessus, de flags, de Milieu...
Mais il n'y a pas eu de retraite, le "super-flic" a été révoqué. Alors je pouvais m'attendre au pire. Un livre pathos, un plaidoyer larmoyant, une réhabilitation pleine d'aigreur et de fiel... L'écueil était là, telle une mise en examen, traitre, attendant le faux pas, la mouche dans le lait, la couille dans le potage. Mais, non, ce livre est habile.
Pourtant, cela part mal : un premier chapitre genre intervention, j'avais l'impression de lire le script d'un reportage Pinpom cowboys de M6, W9, NRJ 12 (ne rayez pas la mention inutile, il n'y en a pas). C'est l'interpellation qu'il relate, à six du mat, semblable à celles qu'il a dirigées. Puis c'est le retour en arrière, la trajectoire du flic. J'ai soupiré en lisant l'enfance difficile dans l'Est (ça nous change du Nord, mais bon...), le père mineur, la mère admirable... Saint Pathos, priez pour nous ! Mais l'histoire, son histoire, sonne juste, elle décrit un garçon poussé dans les études par un père qui ne veut pas le voir trimer dans une mine. Un père si fier de ses deux fils, le commissaire et le docteur.
Neyret déroule les événements de sa vie, ses premières affaires, son gout de l'action qui lui fait intégrer l'antigang (BRI), les planques, les filatures, les écoutes. Une figure plane sur ce récit, celle qui le perdra, l'indic.
Je suis un journaliste spécialisé dans l'histoire du monde judiciaire, j'ai été le "nègre" de trois flics, dont un directeur du 36. Je ne connais pas Michel Neyret. Mais je l'ai lu, j'ai trouvé dans ses pages un homme qui livrait sa vérité, l'emballement d'une machine, son incompréhension face à des liaisons dangereuses, hier tolérées, aujourd'hui dénoncées. L'indic est désormais inscrit dans un registre, immatriculé. La société a changé. Elle ne veut plus arroser en douce celui qui dénonce, ce "cousin" bien gênant mais indispensable. Devenu numéro 2 d'un grand service de police judiciaire, Neyret n'a pas compris qu'il fallait rompre avec le terrain, les voyous, que ce n'était plus son rôle.
Il a un regard lucide sur son métier, décortique le système, pense avoir été un exemple, une tête à abattre. C'est possible, mais je ne juge pas, je cherche à comprendre, et ce livre a la vertu d'aller au-delà de la froide procédure, du récit journalistique parfois simpliste.
L'ouvrage se lit bien, Neyret (ou son collaborateur littéraire non crédité) a évité l'écueil du bouquin mal ficelé, plus proche du rapport d'enquêtes que de la vie. On le prend pour ce qu'il est, un témoignage, une histoire. À lire ? Oui, pour les multiples affaires racontées, pour ce parcours brisé, pour l'absence de "on m'a tué"... La découverte de la prison par celui qui a rempli quelques cellules vaut le coup.
J'ai craint le pire en attaquant le "Neyret", j'en suis sorti surpris, interrogatif, avec l'envie de rencontrer le bonhomme. Alors, livre confession, livre de parcours, mais on a évité le livre absolution... Ce n'était pas gagné d'avance.

Citation

Ai-je fait des connerie ? Assurément. J'étais flic, à partir de ce 29 septembre 2011, je ne le serai plus jamais. Ma vie a basculé

Rédacteur: Matthieu Frachon vendredi 11 novembre 2016
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