La Balance

Les metteurs en scène de pièces expérimentales sont des sadiques qui essaient de contenter, avec l'argent de l'État, un public de pète-culs ou de snobs qui préféreraient mourir sur place plutôt que d'avouer qu'ils s'ennuient à deux sous de l'heure.
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mercredi 26 février

Contenu

Non fiction - Policier

La Balance

Mafia - Procédure - Trahison MAJ mercredi 12 février 2020

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19 €

Jimmy Breslin
The Good Rat - 2008
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Maxime Shelledy, Souad Degachi
Paris : HarperCollins France, février 2020
298 p. ; 23 x 14 cm
ISBN 979-10-339-0474-8
Coll. "HarperCollins Noir"

Les Sopranos chantent faux

Grâce au cinéma et aux séries télévisées, nous avons une vision des gangsters aux États-Unis, et plus particulièrement de la Mafia. Les amateurs éclairés savent même que derrière la façade italienne, voire sicilienne du phénomène, il y a aussi des truands irlandais ou juifs. Mais que se cache-t-il derrière la façade bruyante des casinos, des coups de feu et de la violence ? Jimmy Breslin, mort récemment, fut outre un écrivain de romans surtout connu dans son pays pour son travail de journalisme. Lié à ce mouvement que l'on a appelé le nouveau journalisme et qui mélangeait les faits rapportés, des analyses sur ce qui était décrit et souvent une part personnelle qui, dans certains cas, envahissait le thème traité. Jimmy Breslin a vécu enfant et adolescent dans les quartiers pauvres de New York et il y a côtoyé certaines des "petites frappes" qui allaient tenir le haut du pavé quelques années plus tard. Il a fréquenté les bars pour obtenir des informations et a découvert un univers plus humain, voire mesquin, là où le glamour hollywoodien a plutôt enjolivé les destins.
Pour Jimmy Breslin, c'est le procès de Burton Kaplan qui va servir de toile de fond à cette description haute en couleur (mais toute la gamme des couleurs, du rouge sang aux teintes automnales de la déliquescence et de la disparition) de la mafia new-yorkaise. En effet, ce truand juif est au départ un escroc qui cherche à faire des affaires et qui de fil en aiguille accepte toutes les opérations frauduleuses, n'hésite pas à cacher les preuves sous l'assassinat pur et simple des rivaux, des témoins ou même des criminels qui l'ont aidé. Burton Kaplan risque très gros et il a compris que sa seule solution pour survivre c'est de devenir une balance. Et il dénonce ses complices. Il va notamment évoquer deux policiers qui sont devenus des indicateurs du milieu, puis ses tueurs à gage pour des montants dérisoires. Quoi de plus facile en effet que de faire sonner les sirènes, de bloquer un truand et de l'abattre avant de disparaître quand on est un policier ? Le texte s'ouvre donc par la première déclaration au tribunal de Burton Kaplan et s'achève par sa sortie libre du prétoire. Entre les deux instants fatidiques, Jimmy Breslin aura mélangé des anecdotes sur les différentes familles de New York, de la grandeur criminelle à la petitesse de rentiers qui cherchent des moyens de faire disparaître leurs origines sous les oripeaux des maisons chics des banlieues huppées, des rencontres avec des petits gangsters dans les bars de la ville, ou d'un parrain qui ne supporte pas que son nom ne soit pas en première page des journaux ! Sans compter la "saga" de deux policiers exécuteurs des basses œuvres qui ne semblent pas en éprouver de grands remords.
Il y a des petites histoires qui racontent une époque et d'autres la vilenie. Ne citons que ce chef mafieux qui effrayé d'exploser en montant dans sa voiture envoyait sa femme pour "chauffer le moteur" pendant qu'il finissait ses tartines, grignotant un croissant en attendant une éventuelle pétarade. La Balance n'est pas un roman mais un récit, un documentaire avec des morceaux de fiction et de réalité, qui décrit un monde et surtout sa lente déchéance. C'est le contraste entre la vie quotidienne et les images qui défilent dans la tête des lecteurs et des spectateurs que nous sommes. Et ce texte n'en est que plus fort et prenant.

Citation

Pendant des années, les flics et les journalistes, qui croient toujours savoir tout sur tout, ont fantasmé la cérémonie de prestation de serment avec l'aiguille, l'image sainte et le vieux briscard qui interroge le petit nouveau. Mais, tout ça, c'est du flan. La bise, par contre c'est du sérieux.

Rédacteur: Laurent Greusard mercredi 12 février 2020
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