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Paris Confidential
Paris, fin des années 1970. Les années Giscard, le disco, une certaine idée d'un pays figé et conservateur, bousculé par la naissance d'un terrorisme d'extrême gauche et par le banditisme d'un Mesrine, devenu ennemi public numéro un. C'est à ce point de bascule de l'Histoire que Jaquie Lienard et Marco Paolini finissent leur formation d'inspecteurs et se trouvent affectés dans des services concurrents, en pleine "guerre des polices". Pour elle comme pour lui, aussi brillants et ambitieux qu'opposés, la traque de ces nouvelles menaces et derrière elle, l'ombre du mystérieux Geronimo, qui hante le paysage depuis Mai-68 va se transformer en course contre la montre, tandis que pour Robert Vauthier, ancien mercenaire en Afrique, proche d'Omar Bongo et Jean-Bedel Bokassa autant que du pouvoir giscardien, tous ces protagonistes, comme autant d'obstacles à sa conquête de la nuit parisienne, doivent être éliminés. Et pour ce faire, tous les coups sont permis, surtout les plus tordus.
Enfant de la Bretagne et des années 1980, Benjamin Dierstein aime la littérature comme la techno qu'il défend sur son label Tripalium Records : dure, sèche et hardcore. Reconnaissant ouvertement l'influence de James Ellroy sur son écriture, il emprunte au Mad Dog de Los Angeles une grande part de son style, et phrases scandées et répétitions abondent au fil des presque huit cents pages de Bleus, blancs, rouges, imposant un rythme heurté, soutenu et hypnotique. Mais ce qui n'aurait pu être entre d'autres mains qu'un simple hommage devient ici l'ossature même du projet puisque ce nouveau roman inaugure une nouvelle trilogie amenée à devenir l'équivalent hexagonal de la trilogie "Underworld USA" d'Ellroy. Marchant dans les traces du maître, Benjamin Dierstein plonge donc dans une période troublée de l'histoire récente du pays, ce moment de fin de règne où la droite, à la manœuvre depuis la Libération, s'apprête à devoir céder la place aux socialistes et où se trament, dans les allées du pouvoir comme dans les rues de Paris, Tripoli ou Bangui, des alliances pas toujours très nettes. Chroniqueur autant que romancier, Dierstein glisse ses "héros" fictifs dans les interstices d'une tapisserie complexe où se croisent Mesrine et Action Directe, le SAC de Charles Pasqua, Bokassa et ses diamants, et quantités d'autres faits plus ou moins oubliés aujourd'hui qu'il assemble avec maestria, faisant de ce qui aurait pu se révéler un essai journalistique aride un véritable page turner bourré d'humour (les phrases attribués à Giscard d'Estaing et les conversations savoureuses d'une paire de mafieux largués arrachent immanquablement des sourires).
Il fallait une volonté de fer pour accomplir un tel projet, essentiel à la compréhension de la société française de ces cinquante dernières années par le prisme du roman noir, et un sacré talent pour parvenir à le rendre vivant, humain et à y insuffler l'urgence qui anime ces personnages, faillibles et attachants. Benjamin Dierstein a les deux, et on attend avec impatience la suite en gageant qu'on parlera bientôt de lui comme du Mad Dog de Rennes.
Citation
Certains pensaient à tort qu'après la fin de la Gauche prolétarienne, les gauchistes s'étaient tous rangés. On se rend compte depuis quelques mois qu'ils se sont complètement plantés, Christian Bonnet et ses copains de Beauvau. Ça frémit, on le sent. Les bolchos reviennent, et je suis à peu près certain que la Gauche prolétarienne va passer pour une bande d'enfants de chœur à côté de la nouvelle génération.

