La Trace du silure

Ce à quoi je crois ? Ça vous intéresse ? En un tas de choses... Un bon cheval, un bon bifteck, des rognons en sauce... En un certain George Brown, à la stupidité de cette guerre... Je crois qu'il faut être soûl pour être courageux et courageux pour être soûl. Je crois à la beauté de l'océan, à la saveur du vin, à l'attirance des femmes, à l'indicible joie de tuer des ennemis, à l'odeur de l'encens et du bacon, à la vigueur d'une poing, à des vieilles savates, aux maux de dents...
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Roman - Policier

La Trace du silure

Politique - Historique - Social MAJ lundi 24 mars 2014

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 17,9 €

Sylvain Forge
Paris : Le Toucan, février 2014
318 p. ; 23 x 14 cm
ISBN 978-2-8100-0569-7
Coll. "Toucan noir"

Archéologie nantaise

Policière, Isabelle Mayet se plaît bien au quai des Orfèvres malgré une déception sentimentale, mais la santé de sa mère décline car Alzheimer est passé par là. Elle décide donc de se faire muter sur Nantes pour s'en occuper. Ce problème court tout au long du livre car il est par delà l'anecdote le symbole de la mémoire, de sa disparition et de sa transmission. En effet, à peine arrivée, Isabelle Mayet est chargée d'une enquête complexe : le mort d'un un vieux policier dans un bunker, qui vivait en ermite et conservait des dossiers sur des affaires anciennes, dont il était le seul a garder trace. Les investigations emmènent vers des pages sombres de l'histoire mondiale des années 1960-1970. De plus les pistes entraînent vers un groupe de plongeurs archéologues qui travaillent sur le passé négrier de la ville, des événements que chacun aimerait oublier. Pour finir, les éléments font remonter à la surface la présence de néo-nazis, des groupes schizophrènes dont le travail est étrange : faire remonter à la surface le souvenir des choses dont ils se vantent mais dont ils veulent nier l'existence !
Les décors sont à l'image de cette mémoire qui s'évapore et s'évanouit : la maison de la mère d'Isabelle, des ruines et des friches industrielles, l'endroit où vivait le vieux policier mort (une île occupée par un blockhaus allemand se délitant et où, fou, le mort conservait des bouteilles remplies de sa propre urine), des souterrains où l'on enfermait les nègres esclaves. Les personnages sont à l'unisson avec un policier usé par la naissance de son fils qui braille toutes les nuits, un juge qui ne sait s'il doit continuer avec son épouse ou avoir une maîtresse, Isabelle elle-même sortant d'une grave crise conjugale et qui doit s'occuper d'une mère qui bat la campagne et une vieille femme solitaire qui a pris sous son aile le policier mort sans trop savoir pourquoi.
La Trace du silure est l'image des personnages, la ville, de l'histoire, de l'Occident : une perte de mémoire, de repères (ce n'est sans doute pas un hasard si, sans révéler la fin, nous sommes dans une forme dérangeante de retour au meurtre du père), un univers qui s'effrite, où l'on se noie dans des souterrains aveugles. Sans atteindre la densité du Vallon des parques , ce nouveau roman confirme un talent à suivre

Citation

L'odeur de vase et de plantes en putréfaction empesait l'atmosphère. Les pluies d'avril et la dernière marée avaient transformé le petit bois, d'ordinaire apprécié des pique-niqueurs, en marais inhospitaliers.

Rédacteur: Laurent Greusard vendredi 21 mars 2014
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