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Nous sommes dans un commissariat français. La nuit arrive. Il y a eu dans la cité voisine deux coups de f...
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vendredi 22 octobre

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Les six pièces de Dominique Maisons

MAJ vendredi 22 octobre

Les six pièces de Dominique Maisons
© k-libre

11 octobre 2021 - Dominique Maisons est un auteur discret sous ses faux airs de garçon moqueur. Il a débuté sa carrière d'écrivain en 2011 aux Nouveaux auteurs (à l'époque où l'éditeur proposait à des néophytes de concourir avec une publication à la clé parrainée par un auteur de renom) avec Le Psychopompe – un thriller qui mêle fantastique et psychologique autour de l'agression d'Alice Jourdan par un individu fantomatique qui ressemble étrangement à son mari défunt avant de bifurquer vers le polar traditionnel et d'accueillir un flic borderline qui mène une enquête solitaire, un canon du genre. Le genre, Dominique Maisons le connait bien. Son métier dans la diffusion l'a amené à en brasser des livres. Mais cet homme est aussi un passionné de cinéma et un ramasseur de petites histoires. Il y a un peu de Jacques Tourneur dans l'intrigue de Rédemption, son deuxième roman, son second aux Nouveaux auteurs. Il y a aussi un flic solitaire qui a l'habitude des affaires étranges. Et puis un trafic d'art. Et donc du vaudou. Le fantastique ou plus exactement le fantasmagorique continue de le stimuler à l'instar de John Connolly pour qui il sent une certaine proximité.

Mais c'est en 2015 que tombent les masques lorsque l'auteur fait paraitre à La Martinière Le Festin des fauves. Un roman policier plus classique avec un commandant (Rossi) qui enquête sur la mort d'un notable à l'aide d'un étrange poison qui lui a fait exploser tous les organes. Bien sûr, il y a de la corruption, des soirées libertines, le tout à Neuilly avec des masques qui définissent bien qui est une proie et qui est un prédateur. Avec ce personnage d'enquêteur classique contemporain, Dominique Maisons aurait pu se glisser dans la peau d'un écrivain de série comme l'incite la mode actuelle. Mais après trois unitaires, il continue d'écrire des livres singuliers qui peuvent décevoir un lectorat habitué à ronronner de plaisir en tournant avec délectation les pages d'un roman de son auteur préféré. Lui, préfère continuer d'arpenter les littératures policières, et s'essaie au roman policier historique avec On se souvient du nom des assassins. Le protagoniste principal, Max Rochefort, est un grand auteur de romans-feuilletons dont le héros n'a presque rien à envier à Fantômas, d'Allain et Souvestre. Ce Nocturnax (un nom à coucher dehors) est un héros du Bien contre le Mal forcément nocturne. La fiction va rattraper la réalité quand l'auteur dans le roman ainsi que son secrétaire vont être mêlés à une affaire policière. Une mise en abyme qui lorgne sans l'atteindre vers le steampunk, les bons sentiments à la Edgar Wallace (avec de la chasteté et de l'honnêteté), et qui allie rocambolesque (d'après le personnage créé par Ponson du Terrail) et courses-poursuites effrénées pour donner au choix un roman-hommage ou roman-pastiche bien troussé. Le choix du roman-feuilleton est évidemment tout sauf un hasard : l'homme voue une passion coupable pour les romans populaires d'Alexandre Dumas, Paul Féval ou encore Gaston Leroux (dans On se souvient du nom des assassins, Gaston Leroux traverse justement l'intrigue).

C'est bien sûr avec Tout le monde aime Bruce Willis, que le rapport étroit avec le cinéma est le plus évident (le précédent était plus tourné vers la lanterne magique). Cinquième roman de l'auteur, troisième à La Martinière, peut-être le plus difficile à assumer avec cette héroïne qui gravite dans le monde du Septième art et qui fraie avec des agents un peu véreux, beaucoup toxiques. Dominique Maisons nous peint l'envers d'un décor a priori paradisiaque dans un roman contemporain qui lui fraie avec des thématiques actuelles et porteuses (la place de l'actrice dans un monde de prédateurs).

Peut-être que Dominique Maisons avait besoin d'un Los Angeles plus fantasmé que celui d'aujourd'hui pour renouer avec une veine littéraire porteuse. C'est ce qu'il fait avec Avant les diamants, véritable roman hommage aux films de genre, le genre qu'affectionnait Don Siegel. Le romancier crée de toutes pièces une intrigue foutraque à partir d'éléments historiques avérés. Dès les premières pages, le lecteur se retrouve confronté à des explosions atomiques à cent cinquante kilomètres de Los Angeles alors que certains résidents multiplient les "Atomic Bomb Party". L'histoire se déroule en 1953. Un âge d'or hollywoodien à la Robert Aldrich comme cette mallette tout droit sortie d'En quatrième vitesse sur laquelle tout le monde lorgne. Alors. Quid de l'intrigue ? Il y a des bombes (atomiques ou pas), des escroqueries grandioses et d'autres plus pathétiques. Des machinations terribles qui auraient pu se retrouver dans un film de David Lynch auxquelles on n'aurait bien sûr rien compris à la deuxième lecture. De la trahison, du maccarthysme et de l'argent (certains semblent en avoir trop, d'autres pas assez). Et puis il y a l'Ordre. L'Ordre mafieux, et l'Ordre de l'Église catholique (parfois étrangement mêlés), et comme on est à la Cité des Anges, il y a du sexe et un enquêteur qui se retrouve à démêler quelque chose qui le dépasse et qui dépasse même ceux qui ont ourdi un plan machiavélique pour garder un œil sur Hollywood. Ne cherchez pas à comprendre. Acceptez d'entrer en immersion totale dans ces cinq cents pages écrites tel un scénario de film de genre. C'est classique, ça va à cent à l'heure dans des directions multiples avec des personnages qu'on aime détester (certains villains deviennent presque sympathiques). Avant les diamants, c'est l'histoire de combinards qui trouvent plus retors qu'eux parce que plus "naturels", et qui finissent presque tous par se faire avoir. Dominique Maisons excelle dans ses romans-hommages. Là, il combine l'American Dream et la magie illusoire du cinéma dans un style limpide.

Dominique Maisons aime surprendre et distraire. Gageons que c'est un programme auquel il se tiendra.

Liens : Dominique Maisons | Le Festin des fauves | On se souvient du nom des assassins Par Julien Védrenne


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