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Nicolas Jaillet

MAJ jeudi 18 novembre 2010
© D. R.

Biographie Nicolas Jaillet


Naissance à Boulogne-Billancourt le 27 mai 1971.
Nicolas Jaillet vit ses premières années dans la banlieue Ouest, à Saint-Cloud plus exactement. Ses parents, qui au départ sont trotskistes, déménagent du vingtième arrondissement pour préserver leurs enfants de la mauvaise influence de la plèbe, mais ils ne s'identifient jamais parfaitement à la population clodoaldienne, qui dans son immense majorité fréquente assidûment la messe, et se fout pas mal de l'Internationale ou de la révolution imminente. De cette enfance, il garde une tendance assez nette à la schizophrénie.
Il est un bon élève jusqu'en seconde, à partir de quoi, sentant peut-être d'instinct qu'il n'a plus besoin de travailler pour passer le bac, il se tourne vers d'autres secteurs d'activités : le théâtre, l'écriture de fiction, le haschish, l'alcool et la musique (par ordre décroissant d'investissement chronologique et financier). En musique il est toujours particulièrement médiocre. On l'inscrit au conservatoire où il ne comprend rien. Le premier déclic se fait avec Gilles Garin, un ami trompettiste qui joue (entre autres) quand il le rencontre dans un groupe de funk assez marrant, proche de FFF et de Human Spirit : "Malka Family". Un jour, Gilles lui dit : "La musique, c'est simple..." Et il se tait. Puis il touche son oreille du bout de l'index. Depuis ce jour, Nicolas Jaillet commence à apprendre à jouer de la musique. En cinq ans de conservatoire, on ne lui a jamais dit que, pour faire de la musique, il faut d'abord écouter. Et Nicolas Jaillet est trop con pour le deviner lui-même.
Il se souvient de l'adolescence comme d'une période transitoire, assez angoissante, "où l'on sent qu'il faut plonger dans un monde nouveau, le monde du travail. Ce monde qui est présenté en termes très dramatiques, parce qu'il faut trouver un moyen de continuer à vous faire bosser pour passer le bac dans de bonnes conditions. En même temps, on ignore totalement ce que l'avenir réserve vraiment. On est confronté à un avenir qui fait peur, et on n'a pas encore les moyens de lutter vraiment. On est dans cet état intermédiaire entre la fuite et le combat que H. Laborit décrit si bien dans le film de Resnais Mon Oncle d'Amérique." Nicolas Jaillet pense que c'est en partie pour échapper à cet état de léthargie forcée qu'il commence à fuir le lycée, pour aller faire du théâtre à Paris le plus longtemps et le plus souvent possible. Malheureusement, il tombe sur des gens qui ne travaillent pas du tout dans le genre de domaine correspondant à ses véritables aspirations.
La compagnie s'appelle La Cantharide. Des gars qui refusent toute espèce de technique ; ils veulent commencer par improviser, n'importe quoi, n'importe comment. Il passe de l'adoration hystérique (période qui doit être assez pénible pour sa famille) à une désillusion qui le détourne totalement du théâtre pour quelques années.
Tout petit, il doit avoir sept ans, sa sœur l'emmène voir le film de Ariane Mnouchkine, Molière. Ça devient sa première vocation. Nicolas Jaillet se souvient surtout de la scène où la troupe patauge dans boue en hurlant pour dégager son chariot. C'est cette vie-là qu'il veut vivre. Une sorte de scoutisme artistique. Il trouve une atmosphère assez proche de ça dans la compagnie Mascarel. Une troupe constituée par des anciens du lycée St Michel de Picpus, lycée dont le directeur adore le théâtre et utilise cet art pour réintégrer les éléments les plus à l'ouest. Il voit un spectacle de ces gens-là, et il est ébloui. C'est exactement ce qu'il rêve de faire, l'exact contraire de ce que pratique La Cantharide : d'abord ils montent des pièces, et des pièces contemporaines. Et puis, ils se foutent éperdument de la mode du moment, qui veut (elle n'a d'ailleurs pas changé depuis une vingtaine d'années si sa mémoire est bonne) des spectacles tristes, morbides, culpabilisateurs, avec des filles dont on voit la culotte à un moment où à un autre. "La contre-culture des années 1970, ça doit être marrant dans les années 1970 ; ceux qui continuent à 'détruire le système' pour faire comme leurs grands frères, dans les années 1990 sont carrément pathétiques. Le problème, c'est que ce sont eux que l'on trouve aujourd'hui à la direction des théâtres, des écoles, des DRAC..."
La compagnie Mascarel monte une pièce qui s'appelle Miramar, et c'est un texte magnifique. De Hugues Leroy. C'est une sorte de Shakespeare français. Nicolas Jaillet ne sait pas si le texte est disponible quelque part, mais pour lui c'est un spectacle absolument impeccable. Comme dans Shakespeare, on va sans cesse du sublime au scabreux, et inversement... "C'est une belle histoire touchante, drôle, vulgaire, poétique. Et surtout, ce qui change par rapport à la mode du moment (qui est la mode d'aujourd'hui) c'est un spectacle qui ne donne pas de l'être humain une représentation médiocre. Rien n'est plus facile que de montrer comme les hommes sont médiocres. Or, regardez un peu l'Histoire : les êtres humains sont tout sauf médiocres. Ils sont magistraux de générosité, de cruauté, de haine, d'amour, de simplicité, de complexité... Alignez tous les oxymores que vous voudrez, vous verrez que ça colle."
Nicolas Jaillet voit ce spectacle et veut à tout prix bosser avec ces gens-là. Et il commence à apprendre un métier. Il pense franchement qu'il n'y a pas d'autre école : "Pour le théâtre, montez une compagnie avec des potes, trouvez une salle, imprimez des affiches, et jouez. Pour l'écriture : écrivez, trouvez un éditeur, si vous n'en trouvez pas, publiez-vous vous-mêmes, les photocopieurs c'est pas fait pour les chiens. Si vous voulez prendre des cours, faites-le, en complément."
La compagnie Mascarel connait un clash, et il part avec Céline Botrel et quelques autres pour fonder une compagnie de théâtre jeune public : La Compagnie des Épices. C'est là qu'il commence à écrire, vraiment. Il veulent monter les spectacles les plus spectaculaires possible, et ils n'ont pas de grands moyens : trois acteurs, maximum, et le plus de personnages possibles. Pour le premier spectacle, la matière de départ est assez floue : ils décident d'adapter des contes populaires, mais il faut faire pas mal d'aménagements, il y a des chansons à écrire.
"Deux facteurs pour vous donner une plume légère et facile : la contrainte et la nécessité. Vous savez que le spectacle va se monter, qu'un jour ou l'autre vous serez payé pour ça, donc il faut faire le boulot. Et d'autre part le boulot va pratiquement 'tout seul', parce qu'il s'agit tout simplement de répondre à une série de contraintes : genre, nombre de personnages, changement de costumes... Là, avec La Compagnie des Épices, Nicolas Jaillet commence à vraiment sentir le goût de la liberté.
Il prend conscience aussi qu'il a besoin (et qu'il aura toujours besoin) pour mener ses projets à bout, d'une personnalité complémentaire. "Céline Botrel est à la fois une artiste accomplie : elle chante, et elle chante notamment divinement bien, et en même temps, c'est une fille sérieuse, qui a la tête sur les épaules. John Lennon ne serait pas devenu John Lennon sans Paul McCartney, de même Keith Richards sans Mick Jagger... C'est bien de travailler l'imagination, l'humour, le style, la désinvolture, c'est même essentiel, et contrairement à ce qu'on croit ce sont des qualités qui se travaillent. Mais l'imagination ça ne fait pas tout, et quand vous rencontrez une Céline Botrel, ou une Cécile Terrouanne vous avez intérêt à aller tout suite brûler un cierge à Notre Dame des Culs Bordés de Nouilles."
Et puis, c'est une compagnie jeune public. Nicolas Jaillet ne sait pas si les enfants constituent un public particulièrement "difficile" (c'est ce qu'on dit) mais en tout cas, c'est un public réactif. Le spectacle jeune public est une mine d'information.
C'est à cette époque qu'il rencontre Alexis HK, qui est une des grandes rencontres de sa vie. C'est un type qui le nourrit énormément. Ils jouent le mercredi après-midi et le week-end au théâtre Trévise, et il y a là, le dimanche soir, une scène ouverte, où se retrouvent des gens totalement inconnus à l'époque : Gad Elmaleh, Danny Boon, Jamel Debouze... et Alexis HK qui vient chanter ses chansons. "C'est un bordel incroyable. Les gens passent de la scène aux coulisses, et inversement. Nicolas Jaillet, va lire des poèmes surréalistes de Benjamin Perret, qui plongent le public dans la consternation, mais qui lui valent, une fois, un "bravo" de la part de Gad Elmaleh. Il s'en souvient bien. Lui, certainement pas."
Grâce à Alexis HK il a une vraie bonne expérience d'écriture collective. Enfin, à deux. Ils sont chez lui, à boire et à fumer des pétards, et d'un coup Alexis HK lui dit (ils ont déjà travaillé ensemble à la mise en scène d'un spectacle solo) : "Moi, mon prochain spectacle, je veux qu'il commence par la fin : la lumière se fait, on est tous en sueur, on joue un final, puis je dis : 'merci, au revoir !' et on sort, et c'est le début du spectacle !"
Ils rient très fort, et dans l'instant d'après, une boule d'angoisse monte. Cette sensation particulière, assez désagréable sur le coup, mélange de peur et d'excitation, qu'on ressent en face d'une intuition. Ils sentent que c'est une bonne idée. Une idée qui va les mener loin, mais justement, comme s'il entrevoient alors la longueur du trajet, cette idée leur fait peur. Ils se mettent à bosser. Ils se retrouvent tous les après-midi, deux heures, dans sa cuisine, et ils écrivent une dizaine de sketches qui constituent la trame du spectacle L'Homme du moment.
Dans le même temps, Nicolas Jaillet travaille avec le meilleur metteur en scène vivant en activité en France : Alain Prioul. Ils montent une adaptation de trois nouvelles de Dorothy Parker La Vie à deux. Ça le terrifie au début parce que la weltanschaüng de Dorothy Parker est extrêmement noire, surtout en ce qui concerne le couple. "Mais les gens rient, la catharsis a l'air de fonctionner." C'est là que Nicolas Jaillet se décide enfin à dire à sa partenaire, Olivia Machon, qui se trouve être la meilleure actrice française en activité, qu'il est fou d'amour pour elle, depuis plus de cinq ans, et l'histoire a prouve qu'il a à ce moment-là une bonne inspiration.
Avec Olivia Machon, ils montent une nouvelle compagnie, La Compagnie des Filles de Joie, dont la vocation est de trouver un équivalent au rock'n roll dans le domaine du théâtre. Ils trouvent : le rock'n roll, au théâtre, c'est ce qui s'appelait avant le "théâtre forain". Ils jouent dans les villes et villages, des pièces de Molière, Shakespeare et... Nicolas Jaillet. Il y a des gens merveilleux dans cette compagnie, des Laurent Boubeker, des Nicolas Galletti, des Elsa Prinnières. Nicolas Jaillet croit qu'il a beaucoup déçu tous ces gens-là, parce qu'il est un leader lamentable. Dans le même temps, il espère aussi leur avoir donné ce qu'il a de mieux.
C'est au milieu de tout ça qu'il écrit de la fiction. Des spectacles d'abord, puis des romans. Le Retour du pirate est publié en 2003 aux éditions Jean-Claude Lattès. Il préfère ne pas en parler et propose à la place d'aller voir le film Barton Fink des frères Coen pour comprendre ce qu'il a ressenti lors de l'écriture du roman. Il lui faut plusieurs années pour se relever. Il doit son retour dans l'édition à la rencontre de gens tout à fait épatants, comme Jeanne Guyon, Jean-Jacques Reboux, et, plus récemment, Cécile Terouanne.



Présence à un festival :

2015 : Nuits noires à Aubusson

2014 : Mauves en noir | Polar à la Plage | Rencontre autour du polar d'Eaubonne

2013 : Saint-Maur en poche | Salon du roman policier de Penmarc'h | Sang d'encre | Week-end noir à Neuilly-Plaisance

2011 : FIRN | Festival des littératures policières, noires et sociales | Festival du polar de Villeneuve lez Avignon | Mauves en noir | Paris Polar | Polar à la Plage | Salon du polar de Méru

2010 : Salon du polar de Montigny-lès-Cormeilles


site : http://nicolasjaillet.over-blog.com

Bibliographie*

Romancier :

Traducteur :

* Bibliographie actuellement recensée sur le site



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