Dépêche | On se lève tous pour... The Killing

Les finances sont au plus bas, mon cher Watson. Il ne me reste plus que dix livres et trois shillings. Je n'ai même plus de faux billets puisque j'ai fourgué les derniers à ce fameux Midget. Quand à mon compte en banque, il est aussi sec que le désert de Gobi.
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MAJ lundi 19 novembre

On se lève tous pour... The Killing
21/05/2010

On se lève tous pour... <em>The Killing</em>
Au vu de ce titre, les cinéphiles penseront évidemment à celui du film noir que Stanley Kubrick a réalisé en 1956. Devenu en français L'Ultime razzia, il est basé sur un scénario coécrit par Kubrick et Jim Thompson, d'après le roman Clean Break de Lionel White (publié en France dans la "Série noire" gallimardienne*).
Mais l'on parle ici d'une série télévisée danoise dont les deux premiers épisodes de la première saison, datée de 2007, ont été diffusés sur Arte le mardi 18 mai en deuxième partie de soirée, à partir de 22 h 30. Il paraît qu'elle a remporté un très grand succès en Scandinavie - certains commentateurs parlent de "véritable phénomène"...
Il est vrai que les deux premiers épisodes sont prometteurs. D'où vient donc leur attrait ? De l'histoire qu'ils laissent entrevoir ? Non : elle est plutôt convenue dans la sphère des intrigues policières - on retrouve dans un lieu souvent fréquenté par de jeunes enfants des effets abandonnés et l'on avertit la police. Simultanément, des parents inquiets signalent la dispariton de leur fille âgée de dix-neuf ans. Il s'avère qu'elle a été violée et tuée ; son corps a ensuite été dissimulé dans le coffre d'une voiture appartenant à l'équipe de militants d'un homme politique en pleine campagne électorale. De sa construction, alors, qui semble très habile ? Sans doute. Et sans doute, aussi, du subtil équilibre narratif qui s'établit entre le déroulement de l'enquête criminelle et les problèmes personnels des personnages.
Cela suffirait à attirer le spectateur exigeant. Mais il y a plus. Notamment cette manière assez rare de soutenir un ton résolument réaliste et quotidien par une image extrêmement léchée, remarquable en ce qu'elle reste sobre tout en offrant de superbes ambiances nocturnes et des cadrages complexes sans jamais incliner vers l'esthétisation outrancière. Et puis ce rythme qui est à la lenteur. C'est une lenteur qui fait sens, qui permet aux événements, aux décors, aux êtres, de s'installer dans le récit. Ce n'est pas une lenteur où l'on s'ennuie. Cette lenteur s'imprime aussi dans la durée télévisuelle de la série - chaque épisode correspond à une journée d'enquête. Cela repose de ces fictions accélérées/formatées où l'on vous boucle un dangereux psychopathe en 52 minutes chrono grâce aux performances de cerveaux surdoués assistés d'ordinateurs surboostés. Et de ces séries décalées, déjantées, "qui décapent"...
Bref, The Killing a de quoi s'attacher de nombreux spectateurs. Enfin... les deux premiers épisodes : il ne faut jamais s'engouer qu'avec prudence. Au cas où la déception serait prématurément au rendez-vous.

*Lionel White, En mangeant de l'herbe (traduit de l'anglais - États-Unis - par France-Marie Watkins) Gallimard coll. "Série noire", 1955, 192 p. - ISBN 2070472825.


Liens : Jim Thompson

Par Isabelle Roche

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