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La Disparition

Dimanche 30 novembre 2008 - Interviewé durant le salon du livre de jeunesse de Montreuil, Georges Foveau, auteur de Ruines maudites ! et directeur de la collection "Poivre" chez Rouge Safran, s’étonne du peu d’ambition donné, en général, à la littérature de jeunesse dans les maisons d’édition. Comme si un certain magicien avait tout fait disparaître... Et la lumière de la restitution prochaine ne semble pas venir de l’Éducation nationale, pourtant, très impliquée, qui elle aussi, et à son tour fait disparaître les crédits.
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© Olivier Nouvel



k-libre : Pouvez-vous présenter "Poivre rouge", votre collection, et la maison d’édition Rouge Safran ?
Georges Foveau : Rouge Safran est une maison d’édition créée en 1999 à destination de la jeunesse dans un but historique, pour les 6-8 ans, pour raconter l’histoire de la Région PACA, la Révolution à Marseille etc. Un but à caractère pédagogique mais à travers du roman, pour rester ludique, et favoriser l’imaginaire. En 2000, il a été décidé de publier du polar, mais ici dans un but plus tourné vers le plaisir de lecture. Le polar permet d’écrire des histoires très imaginatives et à la fois très branchées dans la réalité. Auprès des enfants, l’énigme les accroche et on peut en profiter pour leur parler du monde d’aujourd’hui. Le polar permet de poser des questions sur la société, le lien des gens les uns avec les autres. La collection "Poivre", collection polar pour les 10-12 ans a été créée en 2000.

Où se situe Ruines maudites ! dans la collection et quels sont vos projets ?
Paru en octobre 2008, Ruines maudites ! est le seizième roman de cette collection. Au niveau des projets, on a demandé à des auteurs avec qui on avait envie de travailler, de nous écrire quelque chose. On a publié comme ça trois romans de Joël Rumello, dont un qui marche toujours très bien : On a volé la sainte victoire. C’est son premier roman jeunesse. On a travaillé également avec des auteurs plus connus comme François Thomazeau, auteur de la série des Rmistes justiciers, qui donne dans le rocambolesque et le cocasse. On a pensé que le modèle pouvait avoir beaucoup de pertinence en littérature jeunesse pour les 10-13 ans. On a publié également Florence Hinckel qui a repris un personnage que j’avais créé, il y a de ça un petit moment. Enfin la collection attend des nouveautés en février-mars, dont un texte de Jean-Hugues Oppel.

Comment travaille-t-on un roman jeunesse ? Vous suivez l’actualité, quelque chose déclenche en vous l'idée d'une intrigue ?
Je pense qu’écrire à propos d’un sujet d’actualité, c’est faire des livres qui ne tiendront pas. Ce qui me donne envie de raconter des histoires c’est les histoires elles-mêmes. Après, effectivement, il y a toujours un fil directeur qui est souvent le rapport particulier que nourrissent les adolescents vers les adultes et réciproquement. Je travaille sinon à partir de profil de personnes dont j’ai envie de raconter l’histoire : marins de Marseille, artistes de cirque... J’aborde des sujets comme la normalité et l’anormalité, où se trouve la frontière, qu’est ce qu’un monstre ? J’essaye de faire passer les messages entre les lignes, sans faire de propagande. Le genre de chose qui m’irritait un peu, à un moment dans le polar français, c’est cette façon de faire de la propagande en oubliant l’histoire et les personnages. Ce n’est pas parce qu’on dit "les gens qui votent Le Pen sont des cons" qu’on fera que ça s’arrête. Je crois que c’est plutôt en écrivant de belles histoires et en les lisant qu’on avance et qu’on a envie de changer. On a envie de donner du plaisir avant tout, du plaisir de lire et un regard décalé.

Quel regard portez-vous sur le monde de la littérature de jeunesse ?
Je trouve grave aujourd’hui que la littérature jeunesse soit devenue une histoire de tiroir-caisse plus qu’une affaire de passionnés. Il existe cependant des collections de qualité, je pense à "Souris noire" chez Syros et "L’Heure noire" chez Rageot. Il est étonnant de constater que le polar jeunesse est une littérature qui n’est pas suffisamment mise en valeur par les éditeurs. Sans doute à cause de cette mode de l’heroic fantasy, du fantastique, qui prennent beaucoup de place. On constate cependant que lorsqu’on leur fait connaître du polar, les jeunes lecteurs y reviennent très facilement. On y trouve après tout de l’imaginaire, de l’histoire, du fantastique, des faits de société.

Quel est la politique de l’Éducation nationale à propos de la littérature de jeunesse ?
J’ai toujours été très impliqué dans les classes, et je le suis toujours. Je suis cependant consterné de me rendre compte que, alors que l’on a un président qui a insisté sur le fait que les artistes doivent être présents dans les écoles, qu’il y ait peu ou pas de crédits pour que ces artistes, souvent en galère, ne soient pas pris plus en considération et que l’on ne débloque pas plus de crédits pour que ces auteurs puissent être décemment rémunérés. On rend le livre vivant par la rencontre avec les auteurs. Le principe qui veut faire lire un livre en classe puis organiser une rencontre avec l’auteur est souvent une expérience très riche à vivre avec de jeunes lecteurs. Une expérience qui génère ensuite une véritable appropriation de l’expérience littéraire. Les enfants n’hésitent plus à aller par exemple, en bibliothèque pour se procurer les ouvrages de l’auteur qu’ils ont rencontré.


Liens : Georges Foveau | Ruines maudites ! Propos recueillis par Olivier Nouvel

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