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Samuel Delage et les enquêtes "Sauvage" de son héros !

Jeudi 01 janvier 1970 - Code salamandre (Belfond, 2011) est le troisième roman publié d'un passionné d'art. Pour satisfaire cette attirance, il crée Yvan Sauvage, un commissaire-priseur expert en œuvres artistiques. Celui-ci est confronté à une première affaire, pour le moins mouvementée, dans Arrêt Wagram (Les Nouveaux-Auteurs, 2010).
Samuel Delage a également le goût pour les énigmes, les codes et la cryptologie liée à l'Histoire de l'art. Il rassemble ces deux centres d'intérêt dans Code Salamandre en lançant son héros sur la piste chiffrée sous François Ier et dont un des points de départ est le château de Chambord, voulu et construit par ledit monarque. Il s'ensuit une quête érudite, mais dangereuse, pour Yvan Sauvage assisté, pour l'heure, par une étudiante délurée.
Rencontre avec un auteur dont le talent s'affirme au fil des romans.
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© D. R.



k-libre : Dans deux de vos romans, vous mettez en scène Yvan Sauvage, commissaire-priseur chez Christie's. Qu'est-ce qui vous a conduit à retenir une telle activité ? Avez-vous une attirance particulière pour ce métier ?
Samuel Delage : J'avais très envie de mettre en valeur le milieu de l'art dans mes romans, sous toutes ses formes et aussi dévoiler certains aspects moins connus du grand public. Le milieu de l'art est également très propice au développement d'intrigues. En créant un personnage principal avec un métier de commissaire-priseur, c'était une manière de répondre à tout ce qui m'attirait.

k-libre : Vos intrigues sont en lien avec l'art, objets, œuvres, monuments... Avez-vous une passion pour eux ?
Samuel Delage : Le patrimoine culturel qui nous entoure, pas seulement en France, d'ailleurs, regorge de beauté et d'histoire. Je m'émerveille toujours devant ces trésors façonnés par l'homme. L'écriture de romans sur le sujet, bien que ce soit dans un genre particulier, le thriller, me permet de satisfaire mon besoin de créativité, tout en flirtant avec des domaines que j'apprécie.

k-libre : Yvan Sauvage, pourquoi lui choisir un tel patronyme ?
Samuel Delage : Le choix du prénom et du nom des personnages est toujours particulier. Je choisis à l'instinct, au coup de cœur, et parfois en adressant un clin d'œil à quelqu'un de mon entourage, ou même de lecteurs... Pour Yvan Sauvage, c'est une sorte d'alchimie de toutes ces raisons.

k-libre : Yvan Sauvage apparaît dans Arrêt Wagram, votre précédent roman (Les Nouveaux Auteurs, 2010). C'est son expertise et sa connaissance des arts qui sont la base de l'intrigue... et de ses ennuis. Est-ce une situation inédite que vous faites vivre à votre héros ou y a-t-il eu des cas similaires, sans être aussi dramatiques ?
Samuel Delage : Toutes les professions susceptibles de générer des profits ou des convoitises sont potentiellement dangereuses (convoyeurs de fond, opérateurs en imprimerie de billets de banque, renseignements, artisan en joailleries...). Ces cas ne sont pas isolés et font parfois la Une des médias.

k-libre : Dans Arrêt Wagram, vous abordez le trafic des œuvres d'art d'une façon inhabituelle en introduisant la copie et le clonage. Pourquoi avez-vous souhaité associer les deux ?
Samuel Delage : Dans les univers à grands profits, l'art et milieu médical sont assez bien placés. L'un pour la défiscalisation, la spéculation ou le placement, et l'autre pour l'industrialisation de masse avec un caractère d'indispensabilité. Mettre en scène des sujets susceptibles de s'associer était un jeu d'équilibre pour mon récit, mais également une manière de s'interroger sur les chemins qu'emprunte notre évolution.

k-libre : Votre actualité concerne Code salamandre, la seconde aventure de votre héros. Vous le confrontez à une énigme historique qui date de François Ier et trouve son origine à Chambord. Comment êtes-vous venu à vous intéresser aux codes de la Renaissance ?
Samuel Delage : Étant Saumurois d'origine, le berceau des châteaux de la Loire m'a toujours fasciné. Enfant, j'ai rêvé de découvrir des trésors. Les monuments historiques aussi riches de légendes, de mystères et de secrets ont évidemment nourri de nombreuses intrigues dans mon esprit. Puis, un jour, en cherchant, je suis tombé sur une piste fabuleuse, je l'ai remontée avec passion et je n'avais qu'un désir, partager cette aventure avec les lecteurs.

k-libre : Chambord, ce château royal, semble être le catalogue d'un ensemble de codes complexes. Est-il aussi mystérieux que vous le présentez ?
Samuel Delage : Si l'on accorde beaucoup de mystères, de légendes et de secrets aux châteaux, et en particulier à celui de Chambord, c'est d'abord parce que ces lieux sont le fruit d'intenses réflexions et travaux à tous les niveaux de la société. Des milliers d'hommes et de femmes ont travaillé pour ériger cet édifice. À l'époque, la symbolique battait son plein. D'illustres artistes avaient pour mission de décorer et de laisser une empreinte royale dans l'histoire. De tous temps, ces signes ont été présents, jusqu'à nos présidents. Nous découvrons toujours, tôt ou tard, ce que l'histoire a laissé s'endormir.

k-libre : Ce château a été construit sur des marécages, ce qui a demandé des travaux considérables alors que des sites, très voisins, auraient évité ces difficultés. Vous écrivez qu'il fallait qu'il soit précisément là. Pourquoi ?
Samuel Delage : La localisation d'un édifice d'une telle ampleur ne doit rien au hasard. Tous les monuments religieux en sont des exemples criants. Les explications quant au choix de certains lieux ne sont pas toujours rationnelles. Toutefois, pour Chambord, des alignements stupéfiants avec d'importants monuments sont remarquables. Ces alignements ont une signification majeure et sont en parfaite adéquation avec le pouvoir royal et religieux de l'époque.

k-libre : Vous présentez le chiffre 8 comme la clé principale de l'énigme. Ce chiffre était-il, à l'époque de François Ier, chargé d'autant de symboliques par les érudits ?
Samuel Delage : Ce chiffre est une clé depuis la nuit des temps. Dans toutes les civilisations, des significations bien spécifiques lui ont été accordées. François Ier a mis ce 8 au cœur de tous ces chantiers, il le portait sur lui jusque dans le maillage de certains de ses habits.

k-libre : Vous faites suivre à votre héros un véritable jeu de piste codé depuis la Renaissance, pour mener à un dépôt secret, des archives. Comment imaginer que des individus se soient "amusés" à créer, ainsi, un jeu de piste à l'échelle d'une nation telle qu'elle existait à l'époque ?
Samuel Delage : La protection de secret est une règle intrinsèque à l'existence d'un pouvoir, quel qu'il soit. Plus important est le secret, plus son système de protection le sera. Quand il est question de pouvoir, l'homme a toujours su être "brillant".

k-libre : Vous soulevez nombre de points qui restent obscurs, en particulier la précision des distances entre les différents sites de votre intrigue. Ne laissez-vous pas supposer que les esprits éclairés de cette époque disposaient de connaissances supérieures aux nôtres et aujourd'hui disparues ?
Samuel Delage : C'est une question qui s'est toujours posée, et des doutes sont toujours là. Certaines preuves matérielles manquent d'explications convaincantes. Ce sujet fera encore l'objet de nombreuses discussions.

k-libre : L'héroïne de Code Salamandre, Marion, est étudiante en master d'histoire de l'art. Elle a vingt-deux ans et un passé difficile. Elle devient très vite un élément moteur de votre histoire, presque à éclipser Yvan. Pourquoi imaginer une histoire d'amour entre eux ?
Samuel Delage : L'entreprise de recherches à laquelle je soumets mes personnages ne peut se faire seule. Ce duo était nécessaire, mais je ne maitrise pas tout à fait mes personnages une fois que le récit commence... Yvan Sauvage et Marion Evans m'ont surpris.

k-libre : Vos personnages présentent des blessures psychiques, ont subi des chocs psychologiques qui ne laissent pas indemne. Ils sont fragiles, cultivent le doute et ont une propension marquée à l'introspection. Est-ce ainsi que vous concevez des héros ?
Samuel Delage : Je voulais donner du réalisme à mes personnages. Il était important pour moi de me dire que ces personnages pourraient exister. Chacun de nous porte ses blessures, il faut composer avec.

k-libre : Dans votre nouveau roman, le rôle du méchant est tenu par Eddy Lopez, un tueur en série de jeunes femmes, qui a jeté son dévolu sur Marion. Pour ce personnage vous êtes-vous inspiré de serial killers ?
Samuel Delage : N'étant pas moi-même serial killer, il m'a fallu me documenter sérieusement. Je dirai qu'hélas, la matière ne manque pas. J'ai beaucoup travaillé notamment avec les ouvrages d'un des plus éminents spécialistes au monde en la matière, Stéphane Bourgoin. Dresser le profil d'Eddy Lopez a été assez effrayant, et il correspond à une synthèse de toutes mes études relatives à ce type de criminel. Au dire de certains spécialistes, le réalisme est assez saisissant. En tout cas, dans Code Salamandre, Eddy Lopez fait son job.

k-libre : Pourquoi êtes-vous aussi cruel avec Yvan, n'hésitant pas à le faire torturer physiquement et moralement ?
Samuel Delage : De roman en roman j'avoue prendre un certain plaisir à faire vivre un enfer à mes personnages, mais ils s'en sortent ! Du moins pour certains... Les intrigues que je mets en place sont trop dangereuses pour qu'il n'y ait pas de dommages collatéraux, et comme mes personnages principaux s'y trouvent toujours confrontés, pas de chance. [Rires.]

k-libre : Vous nourrissez votre récit avec nombre de références mathématiques. Dans Arrêt Wagram, en présentant Yvan vous écrivez : "Il n'eut pour seul héritage parental que le goût des chiffres." Mais, n'est-ce pas un goût que vous partagez avec votre héros ?
Samuel Delage : En voilà une question intéressante... évidemment, il est possible que certains traits, je dis seulement certains, puisent leurs sources ailleurs que dans la fiction pure. Il y en a peut-être d'autres... allez savoir...

k-libre : Vous faites référence à la guématrie. Pouvez-vous évoquer ce que recouvre ce terme ?
Samuel Delage : La guématrie est une des plus anciennes sciences combinant une valeur mathématique à une lettre. Il est ainsi possible de donner une valeur à un mot en additionnant celle de chacune des lettres qui le compose. D'innombrables interprétations et codages peuvent en résulter, c'est un jeu fascinant auquel beaucoup d'érudits passent de temps... livrant parfois des secrets post mortem.

k-libre : Vous écrivez que tous les éléments historiques que vous citez sont véridiques et vérifiables. Mais le trésor des Rois de France n'est-t-il pas une gageure, à l'image de celui des Templiers ou de l'abbé Saunière ?
Samuel Delage : Les éléments historiques vérifiables sont ceux concernant les châteaux et la basilique Saint-Rémi de Reims. Le trésor final est encore entouré de quelques mystères à découvrir.

k-libre : Avant de venir chez Belfond, vous avez fait paraître deux livres aux Nouveaux Auteurs. Cet éditeur ne fonctionne-t-il pas d'une façon particulière, presque comme une coopérative ?
Samuel Delage : Les éditions Les Nouveaux Auteurs permettent d'une manière originale de faire tester son manuscrit par un jury populaire suite à une présélection. Ensuite, une note globale est donnée et les meilleurs manuscrits sont publiés. Les Nouveaux Auteurs offrent la possibilité aux jeunes auteurs de tenter l'aventure de l'édition avec d'importants moyens en s'appuyant sur un réseau national. D'autres systèmes reposant sur le public sont aussi présents, comme MyMajorCompanyBooks avec les éditions XO. L'initiative est très intéressante et le dynamisme de ces éditeurs est au rendez-vous. C'est une chance de les côtoyer.

k-libre : Vous terminez votre liste de remerciements par : "... j'embarque déjà pour le prochain livre avec Yvan Sauvage." Pouvez-vous nous en dire plus ? À quels problèmes allez-vous le confronter ? À quelles tortures allez-vous le soumettre ?
Samuel Delage : Yvan Sauvage n'en a pas terminé, je lui réserve encore quelques ouvrages... pour le moment, il me fait voyager, hors des frontières de la France... On soigne ses blessures et on repart, il ne connaît pas les congés payés ni les RTT. En a-t-il seulement besoin ? C'est un héros après tout.


Liens : Samuel Delage | Code Salamandre | Arrêt Wagram Propos recueillis par Serge Perraud

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