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Mais Rembrandt ne m'émeut pas. Il pèse des tonnes. Moi, ce que j'aime, c'est un pinceau qui bouge, pas un pinceau qui touche. Un pinceau qui tire une pâte ductile et onctueuse, pas un pinceau qui superpose, amasse, accumule, grumelle des petites touches jusqu'à en maçonner la toile.
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James Patterson, un serial auteur

Jeudi 01 mars 2012 - James Patterson, au fil des années et des séries initiées, est devenu un auteur incontournable dans le domaine du thriller "haute consommation". Seul ou avec un partenaire écrivain, il laisse la part belle à une imagination foisonnante. Mais derrière cet artisan de l'écriture, se cache quelqu'un d'obnubilé par l'envie de faire lire toutes les générations. C'est ainsi qu'il mène à son échelle quelques luttes contre l'illettrisme. Étonnamment, si l'on peut lire ses romans en France (et ils sont toujours en bonne position sur les listes de vente) à la fois à L'Archipel et chez Jean-Claude Lattès, nul (à notre connaissance) a daigné l'aborder et lui poser quelques menues questions. C'est maintenant chose faite !
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© Deborah Feingold



k-libre : C'est votre première interview en France. Pouvez-vous vous présenter et nous parler de la façon dont vous êtes devenu le numéro un mondial des ventes de livres ?
James Patterson : Wow, ma première interview en France ! D'abord, je tiens à saluer mes lecteurs français, merci à tous pour votre soutien. Je suis devenu écrivain parce que raconter des histoires et divertir les autres sont mes passions. J'ai commencé par faire une carrière dans la publicité, et malgré un succès évident, au niveau personnel, ça ne me satisfaisait pas. J'ai toujours adoré lire et je me suis dit alors que j'étais capable d'écrire des récits captivants qui feraient le bonheur des lecteurs. J'ai reçu le prix Edgar du premier roman, décerné par l'association Mystery Writers of America, pour The Thomas Berryman Number, ce qui a suffi à me convaincre que j'avais un minimum de talent, alors j'ai continué d'écrire. Chaque roman m'apportait de nouveaux lecteurs, de nouveaux fans, et soudain, pas mal de monde s'est mis à suivre mes personnages d'Alex Cross et de Lindsay Boxer, s'attachant à eux et à leurs vies au point d'attendre avec impatience le prochain épisode. Cet automne, une nouvelle adaptation cinématographique des aventures d'Alex Cross va sortir, et vous ne pouvez imaginer tous les commentaires qu'on a reçu après qu'on ait décidé de ne pas reprendre Morgan Freeman dans le rôle-titre — mais croyez-moi, il est bien possible que Tyler Perry devienne encore plus énorme.

k-libre : Au moment où j'écris ces lignes, deux nouveaux romans, qui comptent parmi vos meilleurs, viennent d'être publiés en France. Tout d'abord, sur Internet, les fans disent que Le 9e jugement est un retour dans la bonne direction pour le "Women's Murder Club". Comment cette série a-t-elle vu le jour ? Suivez-vous les réactions de vos lecteurs et en tenez-vous compte ?
James Patterson : Je suis fasciné par la façon dont réfléchissent les gens et j'ai toujours été conscient du fait que les femmes résolvent les problèmes d'une façon différente que les hommes — souvent de façon collégiale. Je me suis dit qu'il serait intéressant de rassembler un groupe de femmes intelligentes et talentueuses qui travaillent ensemble pour résoudre des crimes — voir quelles sont leurs interactions, comment elles dépendent de leurs talents respectifs et s'écoutent entre elles. C'est comme ça que j'ai eu l'idée du "Women's Murder Club". Je suis content que les lecteurs apprécient Le 9e jugement. C'est tout ce qui compte.

k-libre : Private L.A. reprend la figure iconique du détective privé, mais un privé pas comme les autres. Qu'est-ce qui vous a amené à créer ce nouveau personnage ?
James Patterson : Pour être franc, je déborde d'idées. Je suis toujours à comploter de nouvelles histoires, de nouveaux personnages. Certaines finissent par voir le jour, d'autres non, mais je me suis dit qu'une agence de détectives privés high-tech et ultra-élitiste me donnerait l'occasion d'utiliser de nouveaux décors et des criminels d'un genre inhabituel. Je m'amuse bien avec Jack Morgan — c'est un dur à cuire surentraîné, ce qui fait que je peux le mettre dans des situations extrêmement dangereuses en sachant qu'il s'en sortira. Plus tous ces gadgets sont bien sympas. Restez à l'écoute, des histoires de l'agence Private situées dans toute sorte d'autres villes vont débouler. Private Paris est prévu pour cette année !

k-libre : Comment va Alex Cross ces derniers temps ? Aurons-nous de ses nouvelles un de ces jours ?
James Patterson : Oh, on ne se débarrasse pas d'Alex comme ça. Cet automne, sa dix-huitième aventure sortira aux USA et, en France, le prochain sera publié en juin. C'est un récit palpitant qui l'enverra en Afrique à la recherche d'un seigneur de guerre diabolique connu sous le nom de Tigre. C'est l'un des méchants les plus terrifiants que j'aie jamais créé, et il poussera Alex dans ses derniers retranchements.

k-libre : On sait que vous travaillez avec pas mal d'auteurs, parfois originaires d'autres pays. Bien sûr, on peut se demander comment une telle collaboration est possible. Avez-vous une méthode de travail particulière ?
James Patterson : Oui, j'ai une méthode. Je conçois les scénarios et rédige des synopsis extrêmement détaillés qui, parfois, peuvent faire jusqu'à cent pages. Puis mes co-auteurs m'aident à remplir les dialogues, l'action, le background, etc., jusqu'au produit fini. J'adore travailler en collaboration — ce qui me vient peut-être de mon expérience dans le cinéma — mais au final, c'est de moi que dépend la tonalité du livre, son rythme, son histoire. Je tiens à ce qu'ils restent dans ma lignée, et suis donc présent à chaque étape.

k-libre : Une autre question qui revient souvent est : avec tant de séries en cours, ne vous arrive-t-il pas de vous emmêler les pinceaux ?
James Patterson : Non. Ces séries, ces personnages sont une grande partie de ma vie. La seule chose qui compte davantage pour moi est ma famille — mon épouse Sue et mon fils Jack. D'une certaine façon, ces personnages font partie de ma famille. Je les ai créés, j'ai créé leurs proches, leurs amis, leurs personnalités, etc., c'est quelque chose d'intime. Donc, non, je m'y retrouve toujours.

k-libre : La France a tout un vivier d'auteurs de polar et de suspense, comptez-vous travailler un jour avec quelqu'un comme Maxime Chattam ou Franck Thilliez ?
James Patterson : Comme je suis toujours ouvert à de nouvelles collaborations, rien n'est à exclure. Il y a beaucoup d'auteurs que j'admire et lorsque j'entame une nouvelle collaboration, j'ai toujours quelque chose à en retirer.

k-libre : Il y a quelques temps, un célèbre article du New York Times détaillait ce qu'ils appelaient votre "méthode", disant que dans le marché tel qu'il est actuellement, vous-même n'auriez sans doute pas pu exister en tant qu'auteur. Est-ce vrai, selon vous, ou une extrapolation de journaliste ?
James Patterson : J'espère que c'est juste une extrapolation ! Je pense qu'il est toujours dur pour un écrivain d'atteindre le succès. Cela demande beaucoup de travail, de talent, de soutien, un éditeur intelligent, et pas mal de chance. Cela dit, le monde de l'édition connaît une époque assez intéressante. L'avènement de l'e-book offre de nouvelles possibilités pour les écrivains, et de nouveaux moyens de découvrir des auteurs moins populaires. Pour moi, c'est une grande chance. J'aimerais voir plus d'écrivains réussir, pas moins, parce que c'est ce qui rend les choses plus intéressantes, plus dynamiques, tant pour les éditeurs que les lecteurs.

k-libre : Le même article postulait que vos lecteurs, comme ceux de Tom Clancy, lisaient rarement d'autres auteurs. Ressentez-vous l'envie de profiter de votre aura pour "soutenir" de nouveaux talents ?
James Patterson : J'espère que mes fans lisent tout ce qu'ils peuvent, et pas uniquement mes romans. Une de mes passions est de tout faire pour lutter contre l'illettrisme. Je me concentre sur les enfants via Readkiddoread.com, un site Web que j'ai fondé, et via des campagnes promotionnelles. Ces initiatives ont pour but de promouvoir la lecture sous toutes ses formes — et pas que mes livres. Je crois que tout le monde devrait lire davantage, quel que soit son âge. Lorsque des gamins voient leurs parents le nez dans un livre, ça leur donne envie d'en faire autant, ce qui est aussi valable pour les amis et les grands-parents. Donc, je cherche à jouer de mon nom et de ma célébrité pour encourager les gens à lire, et j'espère que cela portera ses fruits.

k-libre : Il est de notoriété publique que vous n'appréciez guère les adaptations cinématographiques d'Alex Cross, et qu'un troisième film est prévu pour 2012. N'avez-vous jamais pensé à faire comme John Grisham et vous adapter vous-même ?
James Patterson : Je pense que mon seul talent est celui d'un conteur qui écrit des livres impossibles à lâcher. L'écriture de scénarios est quelque chose de totalement différent. Je me contente de laisser des scénaristes réputés comme Marc Moss et Kerry Williamson adapter mes livres. C'est comme de travailler avec un auteur, c'est juste une autre forme de collaboration.

k-libre : Aujourd'hui, vous pourriez dire comme James Cameron recevant son oscar, "Je suis le roi du monde." Maintenant que vous avez abordé à peu près tous les genres littéraires, y a-t-il de nouveaux défis que vous souhaitez relever ?
James Patterson : Ces derniers temps, ce qui me donne la pêche est d'écrire pour la jeunesse. Cette année, je lance de nouvelles séries, dont une qui a pour protagoniste une détective adolescente. Je suis très enthousiaste. Quoique, ce n'est pas vraiment un nouveau défi, puisque j'ai déjà écrit pour la jeunesse, mais à chaque fois que je lance une nouvelle série, je veux toucher de nouveaux lecteurs et encourager les vieux fans a tenter quelque chose de différent. J'aimerais aussi m'améliorer au golf. J'y travaille !


Liens : James Patterson | Le 9e jugement | Private Los Angeles Propos recueillis par Thomas Bauduret

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