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Villard et Peyraud : de Bird à Happy slapping

Lundi 12 juillet 2010 - Les chemins de Marc Villard et de Jean-Philippe Peyraud se sont déjà croisés, le temps d'un album savoureux publié chez Casterman dans la collection "Écritures" : Quand j'étais star. Mais k-libre trouve que le passé est de trop, et comme ils sont stars, leur précieuse parole a été recueillie à l'occasion de leur nouvel album en commun : Happy Slapping.
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© D. R.



k-libre : Votre première collaboration a été Quand j'étais star, un recueil d'histoires courtes adaptées de nouvelles parues à l'Atalante. Qu'est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans cette adaptation de Bird ?
Marc Villard : Peyraud s'intéressait au polar mais pas au roman policier. Je venais de terminer Bird et je lui ai proposé de le lire en manuscrit. Il a eu envie de s'y mettre. Je pense que c'est l'histoire sans enquête policière qui a retenu son attention. En fait, on est très près du quotidien.
Jean-Philippe Peyraud : J'étais très étonné que Marc me propose le manuscrit de Bird après Quand j'étais star. J'aimais beaucoup le texte mais j'avais un peu peur de m'attaquer au roman noir qui n'est absolument pas mon univers. J'ai toutefois conseillé à Marc de conserver les droits bandes dessinées car il y avait un véritable potentiel d'adaptation, quitte à ce que ce soit un autre auteur qui s'y colle. Et puis à la relecture, j'ai commencé à voir comment je pouvais "m'amuser" avec cet univers. J'avais entamé un autre projet avec Philippe Djian, Lui, qui est un huis-clos psychologique sur cent soixante-dix pages ; arpenter Paris pour mettre en scène les personnages de Happy slapping m'a fait un bien fou. C'est très stimulant de devoir dessiner la nuit, la violence, les paysages urbains. C'était l'exercice idéal pour repousser mes limites.

k-libre : Comment s'est passée la répartition des rôles cette fois ? Quelles ont été vos places respectives dans le travail d'adaptation ?
Marc Villard : Dès le départ, nous sommes convenus d'éliminer deux scènes et j'ai commencé seul l'écriture du scénario. Quand c'est fait, il le lit et si certaines choses le troublent il m'en parle et, généralement, j'en tiens compte. Après, il dessine un story board qu'il me montre et nous validons ensemble le projet.
Jean-Philippe Peyraud : C'est un échange. Je lui montre mes recherches de personnages (au départ, mon graphisme n'était pas aussi réaliste). Le physique de Bird a été long à trouver. Marc suit la progression du travail sans être interventionniste. Je lui fais des propositions de coupes ou de rajouts. La scène du poème, par exemple, j'ai tenu à ce qu'on la mette pour appuyer les rapports entre le père et sa fille.

k-libre : Jean-Philippe, Bird appartient au côté obscur de l'œuvre de Marc. Comment passe-t-on de l'univers plutôt léger de Quand j'étais star à celui de Happy slapping ?
Jean-Philippe Peyraud : Sans trop y penser. Il faut se laisser submerger par le texte. L'ambiance générale entraîne naturellement le dessin vers quelque chose de plus sombre. Si Marc m'a proposé ce texte alors qu'il connaissait mes précédents travaux plus légers et intimistes, c'est qu'il a su deviner que mon trait s'adapterait au roman noir. Sa confiance m'a énormément aidé. Il y a eu forcement quelques réglages au début mais comme sur tout projet.

k-libre : Marc, connaissant l'univers graphique de Jean-Philippe, avez-vous donné des consignes particulières à votre dessinateur ?
Marc Villard : Aucune consigne particulière, c'est un grand garçon.

k-libre : La question doit souvent revenir, mais pourquoi ce changement de titre ? La novella s'appelle Bird, et ce titre met en avant le personnage central. La BD s'intitule Happy slapping et met l'accent sur cette pratique récente et malsaine, sur un usage détourné d'une technologie. Y a-t-il eu une réflexion sur le fait de vouloir recentrer la thématique sur les méfaits du progrès, les dangers de la médiatisation... ou Happy slapping est-il tout simplement un titre plus "spectaculaire" pour le lecteur potentiel ?
Marc Villard : C'est vrai que Bird fait penser à autre chose. Mais j'étais opposé à Happy slapping qui, pour moi, reste une expression inconnue du plus grand nombre. L'éditeur et Jean Philippe étaient emballés par ce titre et j'ai laissé courir.
Jean-Philippe Peyraud : L'éditeur craignait la confusion avec une biographie de Charlie Parker. Nous avons donc cherché un autre titre. En recentrant sur les événements plus que sur les personnages, est ressortie la pratique du happy slapping qui est au cœur de la trame. Marc a été dur à convaincre. Il ne l'est d'ailleurs toujours pas. Personnellement je trouve que ça colle bien avec l'esprit hyper contemporain du texte.

k-libre : Les adaptations sont assez nombreuses ces dernières années, mais les créations de scénarios inédits par les auteurs de polar plus rares. Après ces deux adaptations, seriez-vous tenté par l'écriture d'une histoire originale ?
Jean-Philippe Peyraud : Marc s'est pris de passion pour le strip. Le comic strip, pas le striptease. Il m'écrit donc des scénarios originaux pour des gags en trois-quatre cases. De l'autofiction façon Quand j'étais star donc, en attendant, qui sait, de revenir au roman noir.
Marc Villard : Nous réalisons des comic strips qui paraîtront d'abord en nombre limité dans l'Écho des Savanes. Le livre sera publié chez un gros éditeur de BD. Nous avons repris l'univers, inspiré par ma vie, déjà utilisé, mais différemment, dans Quand j'étais star. Tous les strips seront inédits contrairement à Quand j'étais star qui était une adaptation de nouvelles autobio.

k-libre : Merci messieurs !


Liens : Marc Villard | Jean-Philippe Peyraud | Happy Slapping Propos recueillis par Frédéric Prilleux

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