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Il n'y a que les homosexuels pour être aussi soigneux, méticuleux et ordonnés. Chez un homme qui vit seul, jamais vous ne trouverez un vase. Chez lui, il y avait non seulement des vases mais des bouquets de fleur. Vous trouvez cela normal ?
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Zébr'Harmoniques

Mardi 22 février 2011 - Un chapô de guingois, qu'un coup de vent rageur a balayé au loin et c'est une interview entière qui est précipitée dans le sommeil. La modiste qui avait perdu les clefs de son art était aux abonnés absents. Longue parenthèse qui vaut bien les cent ans que certaine Belle a dû dormir avant de recevoir le baiser de son prince. Au terme d'une fouille en règle de sa boutique et de ses réserves, l'artisane en perdition a quand même trouvé une porte de sortie... et quelque chose qui puisse ressembler à un couvre-texte digne de ce nom...
Or donc, peu après la sortie des Harmoniques dans la célèbre collection gallimardienne - trop connue pour qu'on la nomme : c'est bien de la "Série noire" qu'il s'agit - soit le 22 février, j'avais rendez-vous avec Marcus Malte dans un bar proche de la Maison de la radio pour discuter de ce roman où reviennent, comme d'un voyage au bout du monde, les deux héros de ses premiers polars parus voici une quinzaine d'années, Bob le taxi et Mister le pianiste.
Le Zebra Square... Lieu que je trouvai étrange et un peu intimidant à cause de la semi-pénombre ambiante, très haut de plafond à son entrée - les cales vides d'un paquebot géant... - avec d'immenses compositions contemporaines aux murs. À la vision du vaisseau s'en substitue aussitôt une autre directement venue du roman, celle de la galerie Rankin, sise rue Pascal Garnier, où le peintre Josef Kristi expose son Dodécatyque. Et puis une autre encore glisse sur le tout : un gigantesque jeu de tuyaux d'orgue élancés vers les voûtes d'une cathédrale. Harmonie des profondeurs. Trouble des pensées. Zebr'Harmoniques...
Il n'y a pratiquement personne dans la salle. L'ambiance est feutrée, une musique indéfinissable suinte en sourdine. Je reconnais sans mal Marcus Malte, attablé près d'une fenêtre, le regard tourné vers le dehors. Je le devine vaguement songeur - je me suis faite attendre. Pas assez cependant pour qu'il s'en indigne : il sourit. "Y a-t-il encore des choses que vous ignorez ?" me demande-t-il tandis que je m'installe, évoquant par là notre première rencontre - pour k-libre, déjà... - au cours de laquelle je l'avais assez largement questionné sur son rapport à l'écriture. "Eh bien... tout ce qui concerne Les Harmoniques, par exemple..." Je souris à mon tour, et la conversation commence...
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© Isabelle Roche / k-libre



k-libre : Vos deux premiers romans, où apparaissent justement Mister et Bob [Le Doigt d'Horace et Le Lac des singes – NdR], ont été publiés il y a environ quinze ans. Pourquoi ressusciter vos personnages au bout de tant d'années  ?
Marcus Malte : D'abord parce que ça me trottait dans la tête depuis longtemps. Il y avait ces deux épisodes et je trouvais... je ne sais pas... que deux, c'était un chiffre bancal. Je voulais qu'il y ait au moins un troisième volet. Et puis, après avoir tenté diverses expériences à travers d'autres romans, j'avais envie de revenir aux sources – c'est-à-dire à ces personnages-là, qui ont marqué mes débuts de romancier, et à une forme de narration que je considère comme plus classique, en regard, par exemple, de Garden of love, qui est d'une construction assez particulière et complexe. Et voilà... ce devait être le bon moment pour moi de retrouver à la fois Bob et Mister, et un type de récit plus "linéaire".

k-libre : Comment avez-vous construit vos deux héros ? Ont-ils des modèles précis dans la réalité – des personnes que vous avez rencontrées, des musiciens que vous appréciez ?
Marcus Malte : En fait Bob et Mister sont un peu des archétypes – Mister, du pianiste de jazz et Bob, du chauffeur de taxi. Le genre de personnages que l'on n'est pas étonnés de trouver dans un polar. Ce sont deux amis inséparables, tous les deux solitaires, sans femme ni enfants, qui partagent un même univers musical... Mais tout en jouant sur ces traits archétypiques, j'essaie d'individualiser mes personnages. Par exemple, Bob correspond assez à l'image que l'on peut avoir du chauffeur de taxi – bougon, pas forcément d'un abord très sympathique... mais si l'on creuse un peu, on s'aperçoit qu'il n'est pas que cela : il est agrégé de philo, ancien prof, il parle quantité de langues. C'est aussi un homme à chats – peut-être pour combler certains manques... Mister, lui, est le pianiste black dans toute sa splendeur. Il me semble que l'on n'en rencontre pas tant que ça, des héros de couleur, dans la littérature française. Même dans le roman noir ! Et je crois que ce qui caractérise le mieux ces deux-là, c'est leur humanisme. Ils font preuve d'une grande empathie pour les victimes... et parfois pour les assassins.

k-libre : Le taxi de Bob, c'est tout un poème... Avez-vous pensé au lieutenant Colombo en le dotant d'une 404 Peugeot ?
Marcus Malte : Oui, j'y ai pensé, mais après avoir écrit Le Doigt d'Horace ! En fait, je ne sais plus très bien pourquoi j'ai choisi une 404 pour Bob... C'est le genre de choses qui viennent de manière inconsciente – comme, par exemple, le prénom du barman du Dauphin vert, le club de jazz où joue Mister. Il est homosexuel, et je l'ai baptisé Renato. Sans me rendre compte que c'était le prénom d'un des deux personnages de La Cage aux folles ! Si je m'en étais aperçu tout de suite, j'aurais certainement changé, mais une fois que le roman est écrit, c'est écrit... et puis ce n'est sans doute pas bien grave.

k-libre : Cette voiture est un véritable capharnaüm, envahie de cassettes... Est-elle à l'image de votre environnement personnel ? Est-ce que vous aimez à vous réfugier dans un amoncellement de cassettes, de vinyles, de CD ?...
Marcus Malte : Non, pas particulièrement, mais je trouvais que ça correspondait assez bien au personnage. Bob est un type qui est plutôt en marge de la modernité, qui se fout de la technologie et n'est intéressé que par la musique. Il n'attache pas grande importance au rangement, à l'ordre. Un genre de libertaire, finalement, dans son genre. Il serait plutôt à l'opposé de ces chauffeurs de taxi d'aujourd'hui qui ont de grosses bagnoles super équipées, très clean... Et des cassettes, oui, bien sûr, parce que la 404 n'a pas de lecteur de CD ! Bob en a tellement qu'il ne sait plus où les mettre, elles s'accumulent partout. J'aime bien les types comme Bob, je les trouve très attachants.

k-libre : L'univers musical que Bob et Mister partagent est-il très proche du vôtre ?
Marcus Malte : Oui, assez. Le jazz est une musique que j'aime, mais je ne suis pas un spécialiste et je m'y connais certainement moins bien qu'eux ! J'avais surtout envie de cette ambiance-là pour mon roman. Le couple "jazz-polar" fait également partie des archétypes de la littérature noire et, comme pour mes personnages, ça m'amusait de jouer avec ça. Et puis le jazz me permet d'avoir un certain ton dans l'écriture, dans la narration – le choix est vaste parce qu'il y a des choses très différentes dans le jazz ; pour Les Harmoniques, j'ai cherché un ton qui soit celui d'une ballade, d'un standard. Je voulais que ce roman soit une ballade noire, au tempo assez lent, mélancolique, et j'ai fait en sorte que ma façon d'écrire se rapproche de cette musique-là.

k-libre : L'intrigue des Harmoniques a sa source dans la guerre des Balkans, qui a marqué la fin de la République fédérale socialiste de Yougoslavie et son éclatement en plusieurs États indépendants. Qu'est-ce qui vous a incité à tisser cette toile de fond ?
Marcus Malte : Le véritable point de départ du roman a été le personnage de Vera, cette jeune femme morte assassinée. Après, je ne sais plus exactement comment les choses se sont enchaînées, mais j'ai assez vite compris qu'elle avait vécu un traumatisme – sans la connaître encore parce que, quand je commence un roman, je ne sais pas qui sont mes personnages. Ce traumatisme pouvait être une guerre. À partir de là, et en fonction de son âge, j'ai réfléchi à ce qui s'était passé en Europe, je me suis demandé quelle guerre elle avait pu vivre et finalement c'est celle des Balkans, dans les années 1990, qui m'a semblé la plus plausible. Une fois cela posé, j'ai creusé cette piste et je me suis beaucoup documenté sur ce conflit qui, je l'avoue franchement, m'était un peu passé à côté quand il a éclaté. Je pense que beaucoup de Français sont dans ce cas, essentiellement parce que c'est une guerre très compliquée, très difficile à comprendre – c'est du moins ce qui m'est apparu pendant que je me documentais et que j'essayais de saisir les raisons du conflit, qui a fait quoi, pourquoi, comment, etc. J'ai quand même persévéré et tâché de comprendre ; quand on décide d'évoquer des faits très concrets, la moindre des choses est de s'efforcer de ne pas dire de bêtises. La première difficulté était donc l'évocation des faits. La seconde, peut-être la plus grande, a été de se mettre "à la place" des gens qui ont vécu cette guerre. Qu'est-ce qui se passe dans leur tête ? Quelles sont les séquelles que ça laisse ? C'est ça qui m'intéressait le plus, ce que je voulais vraiment comprendre et montrer dans le roman.

k-libre : Avez-vous parmi vos proches, vos amis, des Slaves originaires des Balkans, en avez-vous côtoyé une fois que vous avez décidé d'évoquer cette guerre ?
Marcus Malte : Non. J'ai simplement lu des bouquins écrits par des gens qui l'avaient vécue, et des extraits de journaux... Bref, tout ce qui constitue la documentation habituelle.

k-libre : Dans un des passages en italiques renvoyant à l'enfance de Vera, il y a des allusions à des chansons populaires ; la culture d'Europe centrale fait-elle partie de votre univers de référence – sur les plans littéraire, musical, etc. ?
Marcus Malte : Non, pas du tout ! Ces éléments relèvent, eux aussi, du travail de documentation. Au-delà des faits, de la guerre elle-même, il y a la vie des gens, les chansons qu'ils chantent, ce qu'ils mangent, etc. Parce que la guerre ne constituait pas la totalité de leur univers. Et la difficulté, quand on n'a pas vécu dans un pays, quand on ne connaît pas sa culture, c'est de ne pas se cantonner aux seuls faits et d'essayer de retrouver une atmosphère, un état d'esprit... Ces gens ne sont pas seulement des victimes ou des assassins, ils ont un vécu "autour" de la guerre. C'est ça que j'ai essayé d'appréhender. Je suis certainement très loin du compte ; encore une fois, ce n'est pas simple d'imaginer ce qui peut se passer dans la tête d'une gamine de dix ans qui vit recluse au fond d'une cave, avec des obus et des bombes qui tombent nuit et jour tout autour... Mister et Bob s'y essaient quand ils fouillent dans le passé de Vera ; au fond, ils font la même chose que moi en tant que romancier...

k-libre : Dans Les Harmoniques, vous étoffez un peu la biographie de Bob et Mister, dont on n'apprend presque rien dans les deux premiers romans...
Marcus Malte : C'est vrai que le passé de ces deux personnages n'est presque pas, voire pas du tout, évoqué dans ces livres ; mais je n'en raconte pas beaucoup plus dans celui-ci. J'ai envie qu'ils conservent une part de flou, de mystère... Le plus important, c'est d'apprendre des choses sur les autres protagonistes des histoires, justement parce que ce sont Bob et Mister qui vont fouiller dans leur vie. Du coup leurs propres existences sont un peu en retrait. On apprend deux ou trois choses par-ci par-là, par petites touches, mais je crois que je n'ai pas envie d'en dire plus sur eux – du moins pour l'instant.

k-libre : Au fond, même quand "on en sait un peu plus" sur tel ou tel personnage, et malgré les intermèdes en italiques qui livrent de grands pans de l'histoire de Vera Nad, ces biographies restent très elliptiques et vous laissez une grande part à l'imagination du lecteur...
Marcus Malte : En effet, et je crois que c'est le cas dans tous mes romans : en général j'accorde beaucoup de confiance au lecteur. Je préfère suggérer les choses ; on n'a pas besoin de tout dire pour cerner un personnage – de toute façon il est impossible de décrire dans un roman l'existence entière d'un individu, donc je fais des choix. Écrire, c'est faire des choix : il y a ce que l'on décide d'exprimer clairement, noir sur blanc, parce que c'est incontournable et qu'il faut donner ces éléments pour que l'on comprenne l'histoire ; il y a ce que l'on se borne à suggérer, et puis ce que l'on préfère ne pas dire du tout, qui est alors laissé à la discrétion des lecteurs. C'est à eux qu'il incombera de combler, ou pas, ces zones d'ombre. Peut-être que certains seront un peu frustrés parce qu'ils aimeraient en savoir plus, mais je ne cherche pas spécialement à délivrer une connaissance pratique et concrète des choses, je tâche plutôt de transmettre une émotion par l'écriture. Même s'il paraît plus développé à travers les passages en italiques, je ne pense pas que le personnage de Vera Nad ait une biographie véritablement plus étoffée que les autres. Mais il me semble que ça suffit pour imaginer ce qu'elle a pu être et je ne suis pas certain qu'il faille en dire davantage.

k-libre : Chacun des passages en italiques dont nous venons de parler, glissés çà et là entre les chapitres, correspond à une chanson dont il porte le titre. Comment se sont établies les correspondances ?
Marcus Malte : Plusieurs critères m'ont guidé vers telle ou telle chanson ; je voulais que les morceaux cités soient des classiques, je voulais aussi que ce soient des ballades. Donc la plupart des morceaux que je cite sont des standards du jazz. Mais j'ai aussi fait attention au sens que peuvent avoir les mots : les titres et les paroles disent quelque chose, et cela devait être en rapport avec le contenu du texte. J'ai mélangé un peu tout ça au récit, et j'ai essayé de trouver ce qui convenait le mieux.

k-libre : Ces morceaux vous ont-ils accompagné pendant l'écriture ? Écrivez-vous en musique ?
Marcus Malte : Non, pas du tout ; je suis incapable d'écrire en musique, quelle qu'elle soit. J'ai besoin de silence quand j'écris. Pour moi écrire est comparable à la composition musicale ; il m'est donc difficile de composer en ayant une autre musique dans l'oreille.

k-libre : Il y a dans Les Harmoniques un personnage de peintre particulièrement impressionnant – et ses œuvres ne le sont pas moins. Quels sont les modèles picturaux qui vous ont inspirés ?
Marcus Malte : Je ne suis pas sûr d'avoir un exemple pictural à citer. Je ne suis pas un spécialiste de la peinture, c'est un art que je connais mal et je me suis donc débrouillé pour dire les choses à demi-mot. Comme je l'ai dit, quand je commence à écrire, je ne sais pas où je vais ni qui sont les acteurs de l'histoire ; j'essaie juste de trouver des personnages assez forts, et des choses qui provoquent des émotions... Ce peintre est apparu un peu par hasard, au cours de l'écriture. Il vient de l'ex-Yougoslavie, alors le lien s'établit avec Vera. Une biographie s'est dessinée, et à partir de tout ça, j'ai essayé d'imaginer quel type de tableaux il pouvait peindre.

k-libre : Le passage qui emmène le lecteur dans cet atelier de théâtre en très piteux état est assez touchant ; êtes-vous proche du milieu du spectacle vivant ?
Marcus Malte : Disons que j'ai souvent croisé des gens, amateurs ou professionnels, qui font du théâtre comme ça et qui répètent dans des conditions assez difficiles. Qui répètent des pièces assez étonnantes, d'ailleurs – enfin, étonnantes pour moi ! Et puis je trouvais que cette scène de répétition pouvait donner lieu à quelque chose d'assez drôle ; j'avais envie de m'amuser un peu. C'est vrai qu'il n'y a pas beaucoup d'humour dans mes romans, mais dans celui-ci, j'avais envie qu'il y ait des passages drôles, burlesques, à la limite de la farce – ce qui n'est pas du tout évident à écrire et me fait très peur... Je ne me sens pas forcément capable de faire de l'humour, et ce n'est pas toujours possible selon l'histoire que je raconte. Mais les personnages de Bob et Mister me permettent d'introduire des moments humoristiques, ne serait-ce que par leur façon de parler et de s'envoyer des piques ; on retrouve donc ces touches burlesques dans tous les romans où ils apparaissent.

k-libre : Vous rendez hommage au jazz bien sûr, et à ses artistes, mais aussi à Pascal Garnier, au détour d'une rue parisienne...
Marcus Malte : C'est un tout petit hommage, un clin d'œil... Pascal Garnier est quelqu'un que j'aimais beaucoup ; il m'avait fait lui-même un petit clin d'œil dans un de ses romans [dans La Théorie du Panda apparaît un cordonnier comptant parmi ses clients un certain... Marcus Malte – NdR] – sans me prévenir d'ailleurs ! – et je m'étais dit qu'un de ces jours j'allais lui rendre la pareille. Malheureusement il n'est plus là pour le voir. J'ai réfléchi un moment avant de trouver comment introduire son nom quelque part et puis j'ai pensé à une rue. Cette rue où se situe une galerie d'art, ça tombe plutôt bien pour lui...

k-libre : Une galerie qui s'appelle "Rankin". Ian Rankin est-il un de vos auteurs de chevet ?
Marcus Malte : Non, pas spécialement – et puis le propriétaire ne s'appelle pas Ian, mais je trouvais que ça sonnait bien. Mes choix sont souvent dictés par les sonorités. Maintenant, pourquoi j'ai choisi "Rankin" ? Sincèrement je ne sais pas. Je crois que ce rapport avec le romancier n'était même pas conscient ; ça fait partie de ces choses que je ne réalise qu'après.

k-libre : À partir du moment où Vera Nad a commencé à flotter dans votre esprit, combien de temps vous a demandé, approximativement, l'écriture des Harmoniques ?
Marcus Malte : En gros trois ans, y compris le temps de documentation. Mais il y a eu pas mal d'interruptions – j'ai commencé, arrêté, repris, arrêté de nouveau... J'ai souvent été en proie au doute, à me demander si c'était une bonne idée ou pas que ce roman... jusqu'au jour où j'ai décidé d'aller au bout. Mais ce n'est jamais facile de savoir si on est sur la bonne voie ou pas.

k-libre : Qu'est-ce qui vous donne la réponse en cours d'écriture ? Une petite voix intérieure ? Une conviction profonde ?
Marcus Malte : Oui, c'est un peu ça... Une conviction qui n'est pas très réfléchie, je dirai plutôt une forme d'instinct que j'essaie de suivre ; quelque chose me souffle que je dois y aller ou, au contraire, qu'il vaut mieux que j'arrête.

k-libre : Vous arrive-t-il de reprendre de vieux projets laissés de côté ou bien est-ce un renoncement définitif quand vous abandonnez une idée ?
Marcus Malte : Cela dépend. Il m'arrive souvent de commencer des histoires puis d'arrêter parce que ça ne fonctionne pas et d'y revenir quelques mois, voire quelques années après. Si ça ne fonctionne toujours pas, je laisse en l'état, et si ça marche, je continue. Il m'arrive aussi de commencer des choses et de sentir, dès le départ, que quelque chose ne va pas – alors je renonce définitivement.

k-libre : Envisagez-vous d'autres histoires qui auront pour héros Bob et Mister ?
Marcus Malte : Très franchement, je n'en sais rien. Il m'a fallu quinze ans pour me décider à écrire le troisième roman, alors peut-être faudra-t-il quinze années de plus pour qu'il y en ait un quatrième... peut-être moins, ou peut-être qu'il n'y aura jamais de quatrième volet à leurs aventures... À ce jour, je ne peux vraiment pas savoir.

k-libre : Je cois que vous avez été pianiste. Jouez-vous encore du piano de temps en temps ?
Marcus Malte : Non, j'ai changé de clavier ! Ce n'est pas un manque incommensurable dans la mesure où je n'y pense pas vraiment et que mon esprit est occupé par autre chose. Mais si j'y pense un peu, ça peut me manquer, oui...

k-libre : Les Harmoniques a été publié dans la "Série noire" chez Gallimard ; êtes-vous toujours en relation avec Zulma ?
Marcus Malte : Oui. Pour moi, les choses sont très claires et je crois qu'elles le sont aussi pour Zulma et Gallimard : selon ce que j'écris, j'espère pouvoir continuer à travailler avec ces deux éditeurs. Mais pour diverses raisons, il me semblait que ce roman avait davantage sa place au catalogue de la "Série noire" que chez Zulma. Il se peut que le prochain – s'il y en a un prochain – soit mieux à sa place chez Zulma ; et s'ils en veulent bien, alors il sera certainement publié chez eux.

k-libre : Maintenant que Les Harmoniques sont publiés et livrés aux lecteurs, avez-vous un nouveau projet en cours ou bien avez-vous besoin d'un temps de pause et préférez-vous laisser venir ?
Marcus Malte : Non, j'ai commencé tout doucement à réfléchir, à noter deux ou trois choses... mais je ne suis pas encore lancé pour de bon et j'ignore si je vais aller jusqu'au bout de ce projet ou pas. Pour l'instant c'est un peu flottant.

k-libre : Souhaitez-vous ajouter autre chose ?
Marcus Malte : On en a déjà pas mal dit, non ? J'espère juste, comme pour chaque livre que j'écris, qu'il y aura des lecteurs pour celui-ci et qu'ils recevront ce que j'ai essayé de leur donner.


Propos recueillis par Isabelle Roche

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