Chair fraîche sur le pavé de Paname

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dimanche 16 juin

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Roman - Policier

Chair fraîche sur le pavé de Paname

Historique MAJ vendredi 24 septembre 2010

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Réédition

Tout public

Prix: 22 €

Maurice Drack
Préface de Stéphane Beau
Brissac : Le Petit pavé, août 2010
348 p. ; 20 x 14 cm
ISBN 978-2-84712-255-8
Coll. "Arkhaia"

Un roman qui préfigure Lupin, Bond et quelques autres...

Maxime débarque à la gare Saint-Lazare, de retour d'un voyage d'études, de neuf semaines, au Royaume-Uni. Occupé à ne pas perdre de vue un couple, il heurte, par hasard, son ami Christian et l'entraîne dans sa poursuite. Dans le fiacre, il lui explique qu'il a remarqué, sur le bateau, puis dans le train, une jeune femme aveugle qui semble sous l'emprise d'un individu. À la description, Christian s'écrie qu'il la connaît, qu'il s'agit de la comtesse Amalia de Stryno, une jeune fille qu'il aurait dû épouser sans l'opposition de la famille. Une maladie récente la prive de la vue.
Les deux amis décident de lui porter secours. Ils sont repérés et tombent dans un piège qui les bloque, le temps qu'Olaf Murder, le gardien d'Amalia, puisse s'échapper avec sa proie. Face à cet échec, Maxime veut, dès le lendemain, demander l'aide de son parrain, le banquier Puyravault. Ragaillardi, Christian rentre chez lui. En chemin, il se sent suivi. Il reconnaît l'un des hommes qui ont tendu le piège. Il veut s'en rendre maître, mais l'autre esquive et peu à peu, l'entraîne dans un bouge où, malgré une lutte acharnée, Christian est vaincu.
Maxime, tôt le matin, se rend chez son parrain. Il trouve étrange que l'établissement soit fermé un 18 août. Après avoir sonné, Tronche, le caissier, vient lui ouvrir. Il explique que M. Puyravault a disparu, depuis le 8 de ce mois, avec l'argent de clients, des millions. Il attend la visite d'un juge de paix et d'un juge d'instruction qui vont pratiquer l'inventaire et décider de la suite à donner. Un tuteur a été nommé pour les deux filles de Puyramault, Ursule, la fiancée de Maxime et Brigitte la cadette. Celui-ci s'étonne de la rapidité de la justice et comprend qu'il y a machination. Cette impression se confirme quand, assistant à l'inventaire, le juge désigne Tronche comme liquidateur de la banque et des biens de la succession. Mais Maxime n'est pas au bout de ses peines. Lorsqu'il se rend chez son ami, Martine Valerio, sa voisine, une musicienne hongroise, lui apprend qu'il est absent. Elle est inquiète car Phanor, son chien qui adore Christian, a retrouvé près d'un bar louche, un morceau de la canne du jeune homme.
Maxime quitte Paris pour rendre visite à sa mère et à Ursule. Sa mère, qui dirige une affaire florissante le conforte dans son plan d'action : sembler prendre de la distance, mais agir et faire agir dans l'ombre. Il connaît la Confrérie des Flemmards, une association qui : "... se sont fait un devoir de contrecarrer toutes les bêtes malfaisantes qu'engendre la société...". Pendant ce temps, Martine, se met en route avec son vieux serviteur tzigane, sur les traces de Christian.

Maurice Drack est le pseudonyme d'Auguste Alfred Poitevin, journaliste, dramaturge et romancier. À son époque, il a joui d'une réputation honorable tant dans le monde du théâtre que dans celui du roman. (Voir Biographie) Outre un attrait pour les fresques historiques, les comédies légères, Maurice Drack fait montre d'un intérêt très marqué pour : "La création d'histoires contemporaines où se mêlent aventures, études de mœurs, mystères et énigmes policières." Chair fraîche sur le pavé de Paname, publié en 1887, relève de cette veine.
L'auteur, en quelque trois cent quarante pages, ne ménage pas son imagination. Il écrit un récit où se mêlent, dans un maelström d'actions, presque toutes les situations aventureuses que l'on aimait décrire à cette époque. Il accumule, ainsi, poursuites, pièges, embuscades, enlèvements, séquestrations, machinations, combats, déguisements, travestissements, drogues, trahisons, revirements, perfidies et sentiments nobles, désintéressés, grandeur d'âme et de cœur...
Il imagine, pour faire vivre toutes ces péripéties, une galerie de personnages dont la richesse de caractères, la variété des profils n'a d'égal que la diversité des sentiments et la gamme des passions humaines. Certes, le propos est manichéen. Les Bons sont bons, cependant sans mièvrerie ni angélisme, et les Méchants sont vraiment méchants, sans espoir de rédemption. La place qu'il fait à la femme est étonnement moderne. (Par rapport aux sociétés actuelles échappant à l'obscurantisme.) Si Ursule est l'archétype de l'héroïne au caractère émotif qui a besoin d'être protégée, les autres actrices du drame ont un caractère trempé, de l'audace, du courage et n'hésitent pas à faire le "coup de poing" quand cela s'avère nécessaire.
Il place, dans son intrigue, avec la Confrérie des Flemmards, des idées novatrices comme la productivité pour libérer du temps personnel, du temps de loisir que l'on occupe à son gré.
Maurice Drack fait preuve d'inventivité, de trouvailles dont certaines seront reprises. Par exemple, les héros se lancent des défis : "Nous sommes le 17 août, c'est près de quinze jours que nous avons devant nous...", se déguisent, passent maîtres dans l'art du travestissement, constantes que l'on retrouvera chez Arsène Lupin. La scène où un des Flemmards distribue à ses confrères une petite boite en recommandant : "Puis, dans les cas critiques, quand on ne sait plus à quel saint ou à quel diable se vouer... on l'ouvre... et le problème est résolu" rappelle furieusement celles où James Bond rend visite à Q.
Cependant, si le style et le vocabulaire n'ont pas vieilli, si les expressions sont significatives, les mots éloquents, le ton et l'emphase peuvent sembler excessifs, comme la débauche des sentiments.
Mais, à la lecture de Chair fraîche sur le pavé de Paname, on se prend à regretter que la réédition de ces ouvrages oubliés ne soit pas plus fréquente, que nombre d'éditeurs se laissent aller à la facilité en cédant aux propositions d'agents littéraires actifs qui n'ont pas que le meilleur à proposer.
Ce roman est d'une lecture enthousiasmante tant par la richesse de l'intrigue, des actions, du choix et de la mise en scène des personnages, que par la traque des détails de la vie quotidienne et la visite d'un Paris avec un véritable témoin de cette époque.

Citation

Il vit ce qui lui avait échappé, parce que jusqu'alors il lui était indifférent que Tronche fût bon ou mauvais, utile ou nuisible ; il vit le front fuyant sous la toison rousse coupée à ras, le menton absent, la bouche sans lèvres, le nez crochu, le teint bilieux d'un jaune bistré et les lunettes d'écaille sombre, massives, aux verres teintés de vert dissimulant le regard...

Rédacteur: Serge Perraud mercredi 22 septembre 2010
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