La Peuchère

Elle s'est détachée de moi, s'est levée en titubant, a ramassé ses vêtements et a tenté de fuir, se reprochant déjà d'avoir livré son secret. Mais cette fois-ci, je n'étais pas ivre et je n'ai eu aucun mal à la rattraper et à la plaquer dans le sable. Sans savoir comment, l'instant d'après nos langues et nos corps se sont emmêlés en une étreinte chargée de désespoir et de passion. Nous étions l'un dans l'autre, l'un sur l'autre, l'un sous l'autre et nos peaux, l'une contre l'autre, avaient un parfum ineffable, un mélange de sable, de sel, de sueur, de rhum, de douleur et d'amour fou. Dieu a béni notre union d'une pluie tiède et douce. Nous étions encore soudés l'un à l'autre, endormis, quand la lumière du soleil a inondé nos corps...
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dimanche 09 août

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Roman - Noir

La Peuchère

Social MAJ samedi 30 octobre 2010

Note accordée au livre: 3 sur 5

Poche
Réédition

Tout public

Prix: 5,5 €

Frédéric Dard
Préface de Max-André Dazergues
Paris : Points, septembre 2010
138 p. ; 17 x 10 cm
ISBN 978-2-7578-1967-8

À lire par curiosité

Pierre, citadin de treize ans, est envoyé à la montagne pour soigner une tuberculose. Sur place, il loge chez les Serbelin, famille de gens simples et chaleureux. À leur contact, Pierre apprend les petits plaisirs de la vie rurale et modeste : les parties de cartes, le bol de soupe fumant, l'appel de la nature.
Résumé comme ça, ça fait un peu clicheteux. Et le fait est que ça l'est par moments. Les lecteurs qui ne connaissent de Frédéric Dard que les récits noirs et San-Antonio seront désarçonnés. Mais il s'agit de replacer cette œuvre dans son contexte. Si c'est effectivement le premier roman publié de Dard, cette publication est locale (sur Lyon) et confidentielle (à compte d'auteur).
Dard a dix-sept ans lorsqu'il écrit ce texte (davantage une longue nouvelle qu'un roman), et n'a donc guère d'expérience. À la lecture de cette Peuchère, on a davantage l'impression – reconnaissons-le – de lire une très bonne "compo franc" qu'une œuvre littéraire d'envergure : outre les clichés, ce récit souffre d'un problème de rythme dans sa construction. Le jeune Dard veut faire œuvre de poète et abuse de comparaisons et de métaphores ; lyrisme souvent maladroit ; dialogues trop écrits et manquant de simplicité. Bref, les défauts traditionnels du jeune auteur qui, à trop vouloir bien faire, bride son originalité et son audace.
Alors pourquoi lire tout de même cette Peuchère ? Accessoirement parce que l'édition originale se négociant autour de dix mille euros, il faut remercier Points de la rééditer (surtout qu'ils ne risquent pas de gagner du pognon avec ce titre...). Mais surtout parce que lorsqu'on se targue de vouloir connaître un auteur, il faut aussi lire ses œuvres dites mineures. Tout n'est tout de même pas à jeter dans ce texte. Et les romans de jeunesse de nos écrivains préférés sont comme autant de laboratoires où germent les ferments de leur œuvre à venir (vache, comment cette métaphore est chiadée !).
Malgré ses indéniables défauts, il y a tout de même des aspects émouvants dans La Peuchère, des signes avant-coureurs de la geste dardienne, à l'état embryonnaire : empathie pour les personnages humbles et modestes ; goût de l'image et de la comparaison ; portraits souvent justes et touchants...
5,50 €, c'est peu cher payé, finalement.

Citation

Puisse [mon père] cueillir simultanément dans ces pages les derniers balbutiements de l'enfant et les premières paroles de l'homme.

Rédacteur: Maxime Gillio mardi 26 octobre 2010
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