La Main du mort

- Est-ce que j'ai la trouille moi ?! - ... eux n'ont pas autant de gnôle pour se donner du courage...
Christophe Chabouté - Terre-Neuvas
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mercredi 18 septembre

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Nouvelle - Noir

La Main du mort

Psychologique MAJ lundi 22 novembre 2010

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 21,5 €

Collectif
Dead Man's Hand - 2007
Préface de Howard Lederer
Eric Van Lustbader (nouvelle)
Joyce Carol Oates (nouvelle)
Otto Penzler (avant-propos)
Laura Lippman (nouvelle)
Sam Hill (nouvelle)
Michael Connelly (nouvelle)
John Lescroart (nouvelle)
Christopher Coake (nouvelle)
Walter Mosley (nouvelle)
Lorenzo Carcaterra (nouvelle)
Parnell Hall (nouvelle)
Jeffery Deaver (nouvelle)
Peter Robinson (nouvelle)
Rupert Holmes (nouvelle)
Sue DeNymme (nouvelle)
Alexander McCall Smith (nouvelle)
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Simon Baril, Stéphane Michaka, Isabelle Maillet, Ludivine Bouton-Kelly, Danièle Bondil, Jeanne Guyon, Frédéric Grellier, Julien Guérif, Catherine Cheval, Bernard Cohn, Édith Soonckindt, Doug Headline, François Landon, Thomas Bauduret, Gérard de Chergé, Emmanuelle Delanoë-Brun
Paris : Rivages, novembre 2010
400 p. ; 24 x 16 cm
ISBN 978-2-7436-2156-8
Coll. "Thriller"

Il suffit d'abattre ses bonnes cartes

Lorsqu'on se trouve confronté à un recueil de nouvelles, une des premières visions est de dresser une liste des nouvelles que l'on a apprécié et de celles qui semblent moins dignes d'intérêt. Difficile avec cette anthologie - de nouvelles inédites -, car aucune n'est vraiment de qualité inférieure. Sans doute, la masse d'écrivains américains pouvant écrire des choses intéressantes et les qualités propres de l'anthologiste y sont pour quelque chose : en effet Otto Penzler est une des figures marquantes du genre policier aux États-Unis, une sommité, et son carnet d'adresse lui permet de choisir à l'intérieur d'un groupe imposant par sa qualité et sa simple quantité.
Du coup, dans le recueil, on rencontre des auteurs très connus (Mosley ou Connelly), des novellistes aiguisés (Joyce Carol Oates), des moins connus mais dont l'œuvre existe y compris chez nous (Holmes et Carcaterra), et des petits nouveaux sous nos tropiques. Mais les grosses pointures ne masquent pas la qualité des "petits jeunes". Bien au contraire, ceux-ci parviennent souvent à leur voler la vedette.
La main du titre ne fait pas référence à des histoires fantastiques mais au jeu du poker. Très intégré dans la vie américaine, ce jeu qui commence à marquer de son empreinte le territoire français, peut être évidemment lié au monde noir par son caractère addictif qui l'apparente à une drogue et déchire les familles. Mais il marque, également et profondément, nos esprits cinématographiques. Surtout, le poker de par son conception est essentiellement basé sur la psychologie, agit comme révélateur des êtres : est-on un bluffeur, un fonceur, un parieur jusqu'au-boutiste sur le tapis et dans la vie ? Il met en scène des tactiques, des réflexions autour des atouts, qualités que l'on a dans la vie, dans son jeu mais que l'argent des autres écrase : dois-je me ruiner ou me coucher ? De plus, le jeu est relativement simple ce qui rend la lecture des nouvelles compréhensible même pour quelqu'un qui serait hermétique au poker, quelle que soit sa variante.
Quelques textes tournent autour d'une intrigue policière classique : quelqu'un est mort à cause du poker, tué par un joueur ou la partie servant d'alibi à l'assassin. Prenons simplement la nouvelle de Mosley qui ouvre le recueil : un personnage dont le métier est de faciliter le travail des autres, de servir d'intermédiaire entre parties qui ne peuvent ou ne veulent se parler, est chargé d'une mission simple : jouer dans une partie de truands, miser d'une certaine manière afin de gagner une forte somme qu'il reversera à son commanditaire. Mais quel est le but réel de cette escroquerie ? Lorsque les morts s'accumulent, le personnage central commence à s'inquiéter. Chez Lescroart, un autre policier revient sur une vieille affaire où sa famille est impliquée : des rêves le ramenant en enfance devraient le mener à la découverte de la vérité.
Car c'est là un deuxième thème très prégnant dans le recueil : le poker, en ce qu'il montre des situations de tension, est également le moment où les enfants-adolescents perdent leur innocence pour grandir. À cet égard, "Strip poker", de Oates, manie toute la force et l'ambiguïté que cet auteur maitrise : une jeune fille, un peu garçon manqué, est entrainée par des garçons plus âgés dans une cabane des bois. L'idée est de s'encanailler en jouant au poker. Mais l'un d'eux propose un strip poker ! La jeune fille comprend que quelque chose de très important se joue pour elle, mais ne sait pas comment elle doit répondre. Elle va alors commencer à parler de son père et retourner la situation à son avantage...
Penzler a construit avec méticulosité son anthologie. Il mélange les thèmes, offre quelques pointes d'humour, et l'achève par un texte qui réussit à condenser l'essentiel du jeu : montrer la tension dramatique qui s'exaspère au fil d'une partie en mélangeant un crime et une partie angoissante. Sept hommes jouent régulièrement au poker. Ce sont sans doute des amis depuis la nuit des temps et pourtant le narrateur sait que l'un d'eux le trompe avec sa femme : entre chaque coup, il s'interroge. La chute s'avérera d'une noirceur impressionnante sans être dite clairement.

NdR - L'anthologie comporte les nouvelles :
"Monsieur entre-deux" (Walter Mosley), "Rebond (Jeffery Deaver), "Aux yeux des enfants" (Alexander McCall Smith), "Jackpot d'un dollar" (Michael Connelly), "Strop poker" (Joyce Carol Oates), "La Dernière chance" (Sam Hill), "Pitch Black" (Christopher Coake), "Le Poker dans le sang" (Parnell Hall), "Poker tueur" (Sue DeNymme), "Les Moines de l'abbaye Victoria" (Rupert Holmes), "Le Club de poker féminin d'Eastvale" (Peter Robinson), "Le Principe d'incertitude" (Eric Van Lustbader), "On se connait à peine" (Laura Lippman), "Un petit poker entre amis" (John Lescroart) & "Une chance sur six" (Lorenzo Carcaterra)


On en parle : La Tête en noir n°148

Citation

Je scrute les visages de ces hommes que je connais depuis près d'une décennie, en me demandant lequel des six je vais devoir confronter avant la fin de cette nuit sans pareille.

Rédacteur: Laurent Greusard mardi 09 novembre 2010
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