Ceux d'en bas

Contrairement aux films policiers, notre métier n'était pas composé de bagarres spectaculaires chorégraphiées par des Asiatiques sous ecstasy, de cascades au ralenti ou de courses poursuites sous un déluge de balles démentes. Je ne m'étais d'ailleurs jamais servie de mon arme de service.
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mardi 26 mars

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Roman - Espionnage

Ceux d'en bas

Fantastique - Ethnologique MAJ mardi 16 novembre 2010

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19 €

Serge Brussolo
Paris : Fleuve noir, octobre 2010
284 p. ; 23 x 14 cm
ISBN 978-2-265-09031-6
Coll. "Thriller"

Le cauchemar continue

Mickie Katz est une jeune fille chargée de lancer des parcs d'attraction ou de redorer le blason d'endroits pour faire affluer les touristes, lorsqu'elle reçoit une nouvelle mission : essayer de vendre une région enclavée, au milieu des forêts, et bordée d'un lac très froid au fond duquel un village de mineurs d'or a été englouti. Ses habitants ont décimé les indiens pour s'installer là et des fantômes continuent à leur tirer de temps en temps des flèches. Sans oublier un enfant mort et découpé par les ours qui vient gratter aux portes la nuit. Pas très vendeur tout cela. Quand on propose à Mickie Katz de plonger dans le lac pour récupérer les tonnes d'or susceptibles de se trouver au fond, elle y voit l'occasion rêvée de se sortir d'un étrange micmac.
Serge Brussolo, insensible aux modes, continue de tracer son sillon. Partant d'une idée intéressante : une agence immobilière chargée d'améliorer des ventes peu attractives, il va décliner ses thématiques habituelles - la prédominance du minéral. Ici, le lac est très calcaire et ceux qui y plongent risquent de devenir des statues très rapidement, du coup un vieil homme s'y baigne et prétend être immortel ; les dangers incessants de la nature : les mineurs sont tous morts car ils ont percé la nappe phréatique et ont été engloutis ; les hommes retournés à la vie naturelle représentés ici par un mystérieux chasseur caché dans la forêt et qui tirerait les flèches.
Serge Brussolo installe une intrigue improbable, développe des fils très logiques et nous entraine dans ce qui s'apparente à un rêve éveillé. Chaque hypothèse d'explication est battue en brèche quelques pages plus loin et la nouvelle solution se révèle peu probante. À l'intérieur de ce doute généralisé, le lecteur semble se trouver dans un cauchemar lynchien qui ne s'arrête jamais. L'auteur se permet même de l'évoquer en créant une maladie psychosomatique où les personnages se réveillent en pleine crise de somnambulisme pour aller tuer leurs enfants ou se jeter dans le lac. Aussi la municipalité a créé une force spéciale qui tourne autour du lac pour réveiller les habitants. Toute la force de retournement perpétuel de Serge Brussolo est déjà incluse dans les premières lignes où l'on nous présente Mickie Katz jeune, continuellement battue par son père pour qu'elle connaisse la douleur et résiste à la torture si les policiers viennent l'arrêter ! Quelques lignes plus loin, elle parle de son père disparu, puis pense qu'il est vivant, puis qu'il la surveille et la protège, puis qu'il est sans doute là près d'elle. Et quand elle quitte sa chambre, elle lui laisse un mot car elle sait qu'il va venir. C'est le glissement perpétuel que l'on retrouvera tout au long du roman.
Du coup, l'intrigue ne cesse de rebondir, de bifurquer, de revenir sur ses pas, tandis que l'héroïne cherche l'or. Elle va visiter la forêt pour y découvrir des hommes tués, découpés et recousus ; les fonds marins pour trouver des boulons dans les sacs d'or, être assommée par les descendants d'autres mineurs qui vivent sous terre, bref offrir un parcours initiatique. Même si le lecteur est en terrain balisé, le talent de Serge Brussolo est là pour resserrer les liens, développer et rendre crédible des choses de plus en plus invraisemblables, faire passer ses fantasmes. Son imaginaire imprègnent chaque ligne de Ceux d'en bas pour en faire un de ses récits les plus aboutis.

Citation

D'abord un bruit de pieds nus sur la véranda, ensuite des coups timides à la porte, et pour finir des sanglots. Si ça se produit, bouchez-vous les oreilles et restez dans votre lit.

Rédacteur: Laurent Greusard vendredi 12 novembre 2010
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