Noël au chaud

Dans son cerveau, les neurones se tissaient pour composer des dentelles de filaments rouges, puis des buissons. D'infimes courants électriques transformaient en idées les signaux reçus par les rétines, les tympans, les récepteurs olfactifs et les capteurs de contact. Les idées se muaient en pensées, les pensées en souvenirs et les souvenirs étaient stockés dans les lobes temporaux du cortex. Ainsi se formait sa mémoire.
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mardi 19 novembre

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Roman - Noir

Noël au chaud

Psychologique MAJ samedi 18 décembre 2010

Note accordée au livre: 6 sur 5

Poche
Réédition

Tout public

Prix: 9 €

Georges-Jean Arnaud
Paris : Plon, décembre 2010
252 p. ; 19 x 12 cm
ISBN 978-2-259-21208-3
Coll. "Noir rétro", 6

La fin justifie les moyens...

G.-J. Arnaud construit l'intrigue de Noël au chaud avec deux héroïnes : Mme Raymonde Mallet, une veuve âgée de soixante-seize ans, et la grande maison au confort sommaire où elle vit depuis des décennies et qu'elle ne veut pas quitter. En écoutant Augusta Pesenti, sa voisine et vieille amie, qu'elle déteste cordialement, elle prend conscience que celle-ci bénéficie d'une douceur de vivre. Elle est entourée des attentions de son fils et de sa belle-fille et elle vit très bien sans avoir à faire d'efforts. Peu à peu, Mme Mallet réalise qu'elle est seule et qu'elle doit tout assumer. Depuis quelques temps, elle vit avec la menace, de plus en plus précise, de devoir aller en maison de retraite. En effet, la municipalité, qui voudrait faire un lotissement, fait pression sur Raymonde car son terrain est indispensable au projet. Elle réfléchit, alors, à une stratégie qui pourrait éloigner le péril. Si elle n'était plus seule ! Si quelqu'un installait un atelier dans le grand appentis qui jouxte la maison et, pourquoi pas, logeait dans la maison où la place disponible est importante, cela éloignerait sans doute les menaces. De plus, avec quelqu'un qui installerait le chauffage central en échange de loyers "gratuits", Raymonde pourrait passer Noël au chaud. Aussi, quand des obstacles mettent en péril son projet, elle n'hésite pas à les contourner, les renverser ou, en dernier ressort, les éliminer.
Dans ce roman publié pour la première fois au premier trimestre 1979, G.-J. Arnaud s'appuie sur la maison, l'une de ses sources d'inspiration favorites et la pousse à un paroxysme. On retrouve ici, en plus du thème de la maison-refuge, l'inquiétude de l'auteur face aux pouvoirs occultes, aux méthodes totalitaires qui se mettent en place, se multiplient sous le couvert de sociétés de surveillance, de gardiennage et qui prennent la forme de milices. Avec Noël au chaud, il exprime cette inquiétude à travers les services sociaux de la municipalité, par le biais de Mme Hauser, l'assistance sociale, et à travers les voisins que le promoteur sait motiver par l'appât du gain. Il s'installe un malaise, une "machination" autour de Raymonde. Elle se sent, et se sait, épiée par ses proches voisins qui guettent la moindre de ses défaillances, permettant ainsi au maire de prendre la décision de la mettre en maison de retraite sous le prétexte de la préserver des accidents malgré elle.
G.-J. Arnaud utilise mille "petits riens" pour composer ses personnages. Ceux-ci sont la résultante d'une observation fine, de sa grande connaissance de la nature humaine dans toutes ses composantes et toutes ses facettes. Il sait, comme personne, se glisser dans ses protagonistes, pour donner des dialogues, des réflexions, des attitudes qui ne trompent pas.
Il faut souligner le travail remarquable que mène G.-J. Arnaud sur ses personnages. Celui de Mme Mallet est criant de vérité. Il est tout à fait représentatif de nombre de ces personnes âgées qui veulent demeurer chez elles, coûte que coûte. Bien que toutes n'aillent pas, comme Raymonde, jusqu'au meurtre pour obtenir satisfaction, elles font preuve, comme elle, de ruse, de pugnacité pour convaincre ou forcer leur entourage. Et c'est vraiment à l'ultime limite qu'elles céderont pour aller vers des lieux d'accueil plus appropriés à leur condition physique. Mme Mallet doit se défendre seule pour continuer à habiter cette maison tout en essayant d'accroître son bien-être. La situation de son amie Augusta est presque similaire. Elle doit lutter également, non pour acquérir, mais pour garder cette situation confortable. Pour l'auteur la vie est une perpétuelle bataille où chaque victoire est toujours remise en question. Il montre que même la vieillesse ne met pas à l'abri des luttes pour conserver les acquis.
Parmi les acteurs secondaires, celui de l'assistante sociale est caractéristique de l'évolution de ces situations de subordination de plus en plus regrettables. C'est par Mme Hauser que passe l'essentiel des pressions. Le maire, comme le promoteur, sont les instigateurs mais pas les acteurs. Ils restent au second plan, protégés par leur inaction. Par contre, elle doit jouer un rôle d'agent double, voire triple. L'auteur met en lumière le décalage entre l'attitude déontologique que devrait avoir l'employée communale et celle dictée par la pression issue tant de sa vie professionnelle que personnelle. Celui-ci est d'ailleurs symptomatique des situations complexes où se meuvent les gens ordinaires qui doivent composer avec les règles de l'emploi, le maintien de celui-ci et l'interférence de la vie privée. Des frontières indécises où s'engluent ces personnes et que savent parfaitement utiliser les manipulateurs de toute nature.
G.-J. Arnaud est, sans conteste, l'un des plus grands auteurs de littérature populaire de la seconde moitié du XXe siècle. La relecture de ses polars révèle une richesse dans l'analyse sociologique de son époque, du comportement humain et des évolutions sociétales plus ou moins réussies. Avec Noël au chaud, il signe un formidable roman à l'intrigue puissante servie par des personnages d'exception.

Citation

Raymonde n'avait menti que sur deux points. En disant que son amie était tombée seule et qu'elle était morte sur le coup. En fait, elle avait dû soulever sa tête par les cheveux pour la taper à plusieurs reprises sur l'arête usée de la deuxième marche.

Rédacteur: Serge Perraud lundi 13 décembre 2010
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