Chambre noire

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lundi 23 septembre

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Roman - Thriller

Chambre noire

Historique - Énigme MAJ jeudi 11 décembre 2008

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 18 €

Eva-Marie Liffner
Camera - 2001
Traduit du suédois par Esther Sermage, Marie Ollivier-Caudray
Paris : Rivages, mai 2007
224 p. ; 23 x 15 cm
ISBN 978-2-7436-1670-0
Coll. "Thriller"

Chronique

Johanna Hall est photographe ; son oncle Jacob, décédé en 1988, lui a légué tout ce qu'il possède, dont son appartement de Göteborg. Mais ce n'est que huit ans plus tard qu'elle se résout à inventorier les biens du disparu. Ce faisant, elle découvre dans un carton une série de clichés datant du début du XXe siècle et un journal que Jacob a tenu en 1905 - il vivait alors à Londres et était l'apprenti d'un photographe réputé, Herbert Burrows. Photos intrigantes, journal rédigé en écriture chiffrée, allusions à la Société de Théosophie, à la célèbre Madame Blavatsky, à des enfants sans foyer portés disparus... Il n'en faut pas davantage pour attirer Johanna à Londres, où elle espère apprendre ce que sont ces événements étranges auxquels son oncle, encore à peine adolescent, a été mêlé.

Après un prologue morcelé posant les jalons historiques de l'histoire à travers les personnages ayant réellement existé que côtoiera Jacob - Madame Blavatsky, Annie Besant, William Thomas Stead - le récit de Johanna commence. Écrit à la première personne, au présent, il tresse très adroitement plusieurs strates chronologiques - le "présent" de la narratrice, l'année 1905 où ont eu lieu les événements sinistres narrés par Jacob, les années 30 - et agence en un savant puzzle les interventions de différents narrateurs. Très descriptif, le texte dépeint des protagonistes bien campés, très individualisés, et instaure à merveille les ambiances - l'auteur, attachée aux moindres détails, a beaucoup de talent pour restituer en peu de mots odeurs, textures, sensations... et, par là, les époques évoquées. Une subtile ironie, que l'on sent courir tout au long du roman, le pimente finement.

L'intrigue proprement dite exige donc un effort de lecture puisque, à ce maillage temporel, correspond l'entrelacement de plusieurs enquêtes - les recherches qu'a menées Jacob en 1905 au moment des faits, celles qu'entreprendra, dans les années 1930, un des personnages lié aux acteurs du mystère et, enfin, les investigations de Johanna à Londres, notamment dans la maison où se trouvait le siège de la Société de Théosophie en 1905. De plus, le demi-mot et l'ellipse sont souvent de rigueur : le lecteur doit accomplir par lui-même une bonne partie du chemin narratif.

Vous verrez cependant que le roman titre cinq k sur l'échelle de k-libre qui en compte six ; cette appréciation est davantage d'ordre affectif que strictement littéraire : je me suis engouée pour Chambre noire parce que j'y ai trouvé de très fortes résonances avec des attraits personnels - la photographie argentique, l'ésotérisme, et la période où s'articulent les XIXe et XXe siècles. Les lecteurs qui ne partagent pas ces intérêts-là risquent de ne voir dans ce livre qu'une intrigue somme toute un rien ennuyeuse, dont on suit mal le déroulement tant est complexe la construction. La narration savante, les longues descriptions, et le ton dont la traduction laisse percevoir la singularité témoignent d'une indéniable maîtrise littéraire - sacré "Meilleur roman policier suédois", le livre a également reçu une récompense couronnant "un ouvrage de littérature générale" (dixit la quatrième de couverture). De fait, Chambre noire doit surtout se lire comme un récit historique très adroitement ficelé, à l'écriture soignée, non comme un polar pur et dur que l'intensité du suspense porterait à la limite de la rupture narrative - lequel roman se verrait attribuer le sixième k...


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Citation

La clé du grenier y pend comme un jeune paysan mal dégrossi au milieu de gracieux vieillards.

Rédacteur: Isabelle Roche lundi 24 novembre 2008
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