Le Dernier hiver

Dans quelques heures, des gamins tromperont le vide de leurs vies à l'ombre des cages d'escalier, laisseront macérer les vieilles rancœurs et rêveront des vitrines brisées qui, les soirs d'émeute, leur donneront ce qu'ils peuvent s'offrir cash.
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samedi 23 mars

Contenu

Roman - Policier

Le Dernier hiver

Vengeance MAJ mardi 21 décembre 2010

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20,9 €

Åke Edwardson
Den sista vintern - 2008
Traduit du suédois par Marie-Hélène Archambeaud
Paris : Le Masque, septembre 2010
378 p. ; 23 x 14 cm
ISBN 978-2-7096-3349-9

Requiem suèdois

Un jeune homme appelle la police car sa femme a été tuée à ses cotés, dans leur lit tandis qu'ils dormaient. Évidemment tout l'accuse. Tandis que le "survivant" se trouve en garde à vue, un deuxième crime identique est commis. Winter, le commissaire est chargé de l'enquête. Cela le perturbe car, en même temps, en se baladant sur la plage devant sa maison, il a trouvé un corps de noyé (accident ou crime ?).
Gerda, une policière de patrouille, s'est trouvée être celle qui a été la première sur les lieux des deux meurtres. Elle a de plus l'esprit qui travaille. Elle a repéré quelque chose sur les scènes de crime mais quoi ? Elle décide de mener ses investigations...
Peut-être est-ce la lassitude de Åke Edwardson, mais ce livre devrait clore la saga du commissaire Winter (et les dernières lignes laissent en effet présager qu'il n'y aura pas de suite). Pourtant pas de lassitude dans l'intrigue qui reste dans la lignée des autres romans de Åke Edwardson. Il y a beaucoup de non-dits. Les victimes et leurs familles semblent savoir un pan de la vérité mais se refusent à parler. Winter a compris qu'une part du mystère se cache plutôt dans des histoires passées sur la Costa del Sol où les colonies suédoises se sont regroupées en lotissements. La mère-même de Winter se souvient de quelque chose qui pourrait être lié mais elle n'arrive pas à en dire plus, se contentant de penser que son fils a choisi un bien étrange métier. C'est sans doute symptomatique de ces pays nordiques où la richesse et le confort matériel actuel ont du mal à masquer les inégalités criantes du système mais où il est préférable de ne pas parler des choses qui fâchent. Au cœur du texte, Gerda aide un petit vendeur de journaux, alcoolique, qui passe sa vie à observer le monde depuis son bout du trottoir. En quelques phrases, Gerda se rend compte de l'humanité profonde d'un personnage qu'elle ignorait.
Dans Le Dernier hiver, il n'y a pas de tueur en série. Au contraire, il y a un assassin qui se rend compte qu'il risque de continuer à tuer parce qu'il y a pris goût et qui souhaite être arrêté. Les personnages sont à l'image de cet hiver qui baigne le titre et l'aventure : empreints de lente poésie calme, soutenus par une neurasthénie ironique. Tout s'écroule avec lenteur et ce n'est pas innocent si tout se déroule dans des appartements à demi-vides, où les indices sont des bouteilles pleines posées avec un verre à côté. À Göteborg, il y a un service de petites camionnettes qui vendent des glaces et passent dans les rues en klaxonnant. Ce service va être réorganisé car les ventes sont en baisse. Les glaciers ne font pas grève, mais décident d'utiliser un klaxon plus mélancolique pour prévenir leurs clients. Et c'est cette mélodie va permettre d'orienter les recherches pour retrouver l'assassin !...
Le roman se construit avec des boucles. Il y a une boucle temporelle car les assassinats récents se déroulent parce qu'un autre crime ne fut pas condamné des années plus tôt, et le coupable devra être arrêté là où il fut victime des années auparavant. Une partie de l'histoire tourne autour de la natation : le roman commence avec un noyé, se poursuit avec une coupe liée aux sports nautiques, puis trouve son dénouement dans une danse poétique et triste autour d'une piscine. Dans Danse avec l'ange qui ouvrait la série, Winter enquêtait déjà sur un crime puis sur sa répétition dans des chambres. Ici, il y a encore un crime et sa répétition.
Dans Le Dernier hiver, il y a forcément de la neige. Sur la couverture il y a un escalier en spirale. Dans les deux cas, ces deux éléments sont symboliques : le commissaire n'arrive jamais à la vérité par la ligne droite mais en se concentrant pour tourner autour jusqu'à la focale ultime, et cette vérité n'arrive jamais comme une fulgurance lumineuse, mais en exerçant son regard pour passer à travers les flocons qui brouillent les perceptions. Åke Edwardson, à travers son roman et son style, rend à merveille, par des images poétiques et des dialogues ciselés, où ce qui est tu est aussi important que ce qui est dit, les longs cheminements d'une enquête complexe qui passe de la blancheur neigeuse à une grisaille sans fin, une grisaille qui envahit même les côtes espagnoles et lui donne des teintes crépusculaires.


On en parle : Alibis n°38

Citation

L'humanité se présentait sous des formes très différentes. Avec des mouvements de balancier, des revirements. Des variations de cris.

Rédacteur: Laurent Greusard dimanche 19 décembre 2010
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