Les Taupes

D'après mon enquête préliminaire, sa mère était morte cinq fois. Trois fois d'un cancer, deux fois de la tuberculose et une fois d'une occlusion intestinale. Heu, minute... Ça nous faisait six fois.
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dimanche 18 août

Contenu

Roman - Noir

Les Taupes

Politique - Historique - Social - Enlèvement - Urbain MAJ mardi 04 janvier 2011

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 16 €

Félix Bruzzone
Los Topos - 2008
Traduit de l'espagnol (Argentine) par Hélène Serrano
Paris : Asphalte, août 2010
176 p. ; 18 x 13 cm
ISBN 978-2-918767-05-3
Coll. "Fictions"

Cry For Me Argentina

On estime à plus de trente mille le nombre de disparus de la dictature argentine dans les années 1970. Parmi eux, les parents du narrateur des Taupes dont la mère n'a plus donné signe de vie depuis 1976, vraisemblablement trahie par son père qui voulait sauver sa peau. Au moment où il pourrait être père à son tour, le narrateur plaque tout, à moins que ce ne soit la vie qui ne le plaque une nouvelle fois. Il se fait dépouiller sans que cela ne semble l'atteindre outre mesure... Il est comme ça notre "héros", il avance sans trop savoir ce qu'il espère trouver, il erre au milieu d'une curieuse galerie de personnages dont il ne parvient jamais à se faire comprendre : "Au début, les gens ne comprennent jamais ce que je dis, je m'exprime mal. Après non plus, d'ailleurs, ils font juste semblant." Une sensibilité à fleur de peau, un jeune homme paranoïaque élevé par une grand-mère persuadée que sa mère a eu un autre enfant en prison. Et si c'était vrai ? Et si c'était faux ? On ne sait rien, on ne sait jamais rien, mais est-ce si important ? Est-ce que le héros se libère à mesure qu'il cherche à s'enfermer dans son passé ou est-ce qu'il s'enferme à mesure qu'il tente de s'en libérer ? Il nous balade de Buenos Aires à Barriloche, un village au pied des Andes où il multiplie les rencontres, les expériences. Il y a de l'amour, des aventures, une descente aux enfers et l'apprentissage... de quoi ? De la vie ? De la sexualité ? Cette même sexualité qui le fait passer des bras de Romina à ceux de Maïra un transsexuel mystérieux qui chercherait à se venger de l'enlèvement de ses parents, ou encore à ceux d'El Aleman, ce patron qui martyriserait les transsexuels, figure paternelle, figure ennemie mais figure aimante.

On est entre la quête et l'enquête, entre l'initiation et l'abandon des sens, entre l'espoir et le désespoir. On est "entre", cet entre-deux, zone gâchette où tout peut basculer dans le noir, dans le burlesque, dans le mélo. Il fallait du talent pour pouvoir garder un cap si périlleux, il fallait s'accrocher pour ne pas tomber dans le cliché de la recherche d'identité ou dans l'histoire sociale que l'on aurait eu l'impression d'avoir déjà lue. Sans aucun doute Félix Bruzzone a ce talent. Un roman court dont on aurait aimé qu'il se continue, une histoire dont on aurait aimé qu'elle se prolonge, un auteur dont il faudra suivre l'œuvre. Parce que là réside tout le talent de Félix Bruzzone : une histoire noire, une période noire, un personnage noir... Tout pourrait sombrer à tout moment dans le pathos, le pathétique, mais il parvient à hisser son roman dans une sphère inattendue : celle de la tendresse et du rêve.

Citation

Je ne savais pas encore par quel bout commencer à déprimer.

Rédacteur: Gilles Marchand jeudi 23 décembre 2010
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