L'Ingratitude des fils

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Roman - Policier

L'Ingratitude des fils

Historique - Assassinat MAJ jeudi 06 janvier 2011

Note accordée au livre: 5 sur 5

Poche
Inédit

Tout public

Prix: 7,9 €

Pierre D'Ovidio
Paris : 10-18, janvier 2011
256 p. ; 18 x 11 cm
ISBN 978-2-264-05108-0
Coll. "Grands détectives", 4402

Des crimes dans la France d'après-guerre !

Dans la banlieue parisienne, sur la commune de Malakoff, quelques gosses jouent dans les décombres d'une maison menaçant ruine après les bombardements. L'un d'eux bute sur un obstacle, une main noire qui dépasse d'un tas de gravats.
Ce dimanche 14 janvier 1945, Maurice retrouve Ginette, un rendez-vous organisé par leur mère respective. Ils font connaissance. Elle explique qu'elle est vendeuse aux Galeries, mais qu'elle veut devenir comédienne. Il lui parle de son métier de policier. Les deux jeunes gens décident d'aller au cinéma voir Les Temps Modernes. Pendant qu'ils font la queue devant le Paramount, deux agents, en voiture, viennent chercher Maurice. Le commissaire Bléchet le charge de l'enquête sur le mort de Malakoff. Ginette veut l'accompagner. Sur place, personne n'a rien touché. Sur ordre de Maurice, des agents déterrent le corps, un corps nu, qui sent le brûlé et dans la bouche duquel l'inspecteur trouve un morceau de caoutchouc et une bandelette de papier.
Samuel Litvak, à Wilno, vit avec ses parents et Lev, son frère aîné, dans le ghetto juif. La vie est difficile en 1926 et les deux garçons rêvent de partir. Ils ont vécu le grand pogrom de 1919 et continuent à souffrir de l'antisémitisme des nouveaux maîtres polonais. Maurice enquête, interroge les enfants, décortique le rapport du médecin légiste et essaie de comprendre ce que signifient les quelques lettres encore lisibles sur la bandelette. Le commissaire le charge d'une nouvelle affaire, une plainte pour viol déposée par une jeune couturière contre des G.I.
Samuel et Liv sont arrivés à Paris. Ils ont du mal à s'intégrer. Quatre ans plus tard, ils saisissent l'opportunité de créer un commerce de pièces détachées d'automobiles aux puces de Clignancourt. Maurice mène les deux principales affaires, s'occupe également d'élucider le mystère du cadavre découpé en morceaux et continue de voir régulièrement Ginette.

Dans L'Ingratitude des fils, Pierre D'Ovidio tisse, en chapitres alternés, deux histoires : celle d'un obscur inspecteur de police rattaché au commissariat de Vanves et celle d'un juif de Vilnius qui cherche ailleurs, une vie meilleure. Fidèle à son habitude (l'auteur est signataire de trois romans policiers parus entre 2001 et 2004, chez Phébus), il privilégie la description d'une ambiance, le ressenti d'une atmosphère et s'attache à retracer le quotidien de personnages communs, issus du peuple d'en bas. Il sait, comme peu de romanciers, mettre en avant leurs qualités, les capacités et compétences qu'ils développent à leur niveau.
Avec le présent roman, il fait revivre de façon étonnante le Paris qui sort des années de la Seconde Guerre mondiale. Il décrit le poids des combats qui continuent, à l'Est, qui pèse encore lourd sur les populations civiles entrainant restrictions et accroissement des difficultés quotidiennes. Il brosse de nombreux portraits, tous crédibles, que ce soit celui d'honnêtes gens ou celui de fripouilles. De plus, il a l'art de poser les vraies questions sur des problèmes de fond entre humanité et légalité dans des circonstances d'exception. Il construit, avec Maurice, un personnage fragilisé par les années de captivité, traumatisé par les conditions de sa libération. Il fait ressentir les séquelles laissées par la guerre, les plaies cachées, les ruptures, les psychoses et les angoisses des uns et des autres.
À travers les enquêtes de son héros, Pierre D'Ovidio braque un projecteur sur un certain nombre d'aspects marquants de cette période, depuis les exodes massifs des populations, la Collaboration, la Libération de Paris et ses corolaires comme l'Épuration. Il montre une réalité du métier de policier ne disposant que des moyens de l'époque, les tâtonnements dans les enquêtes, dans la recherche d'indices, les impasses, et l'attente, en fait, de l'erreur que pourra commettre le criminel ou du facteur chance qui débloquera la situation.
Avec L'Ingratitude des fils, n'attendez pas quelques exploits flamboyants d'un super-flic, mais une relation toute en finesse, toute en émotion, pleine de la saveur de l'authenticité d'une période si proche et si lointaine. L'Ingratitude des fils est un roman dont l'histoire vous poursuit longtemps après l'avoir refermé.

Citation

Bien sûr, il fallait bien que les gens crèvent, qu'ils disparaissent, qu'ils soient retrouvés à moitié calcinés, comme ce type à la main peinte en noir, pour que lui vive et qu'il fasse son boulot de flic. Il devait aussi le gagner, son rutabaga !

Rédacteur: Serge Perraud mardi 04 janvier 2011
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