The Specials – Rudie pour la vie

Il est fâcheux que l'idée philosophique ne pénètre pas dans les masses. Elles ne deviendront sérieusement révolutionnaires que par l'athéisme. Jusque-là il n'y aura que de la crème fouettée.
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Mémoires - Noir

The Specials – Rudie pour la vie

Musique MAJ mardi 11 janvier 2011

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Public connaisseur

Prix: 36 €

Horace Panter
Ska'd For Life - 2008
Préface de Christophe Lorentz & Phill Jupitus
Traduit de l'anglais par Bertrand Lamargelle
Rosières-en-Haye : Camion blanc, juillet 2010
366 p. ; illustrations en noir & blanc ; 21 x 15 cm
ISBN 978-2-35779-075-9

The Specials : gangsters, rude boys et villes-fantômes...

En lançant le revival ska à la fin des années 1970, The Specials furent l'un des premiers groupes racialement mixtes de l'Angleterre thatchérienne, décrivant dans leurs chansons le quotidien des prolos, et jouant sur une mythologie très "polar".
C'est un bassiste plutôt réservé qui raconte la grande épopée des Specials, groupe emblématique de la fusion de la fougue punk et du beat reggae/ska : "Sir Horace Gentleman" célèbre, avec cet hommage aux Specials, le rabibochage entre la fête et la contestation, à la fin des années 1970, une fois passée la vague de radicalité et de nihilisme punk. Les Specials, c'est d'abord une identité visuelle extraordinaire et un dress code qui fera école. Les fringues comptaient plus que la qualité de la sono, pour le chanteur Terry Hall... En lançant le label 2-Tone (qui accueillera les Selecter et Madness), Les Specials inventent un nouveau graphisme, avec la silhouette du bonhomme en costard rétro – le "Two-Tone Man", au départ une caricature de Peter Tosh - et le damier noir-et-blanc. Un symbole de l'alliance de la musique noire - celle des Jamaïcains - et de la musique blanche, mais aussi un clin d'œil à la culture des gangsters. Car le ska s'est érigé, en guise de mythologie, un panthéon de figures d'univers polar, d'Al Capone à James Bond, même si le tube Gangsters est plutôt une attaque contre les profiteurs du business de la musique. L'esprit "working class" engagé des Specials est dominé par une ironie très british, qui popularise aussi les "Rude Boys", les petits voyous des rues de Jamaïque. Habillés de costards trouvés dans les fripes, menés par un compositeur-organiciste génialement inspiré, Jerry Dammers, soutenus par Elvis Costello et les Clash, les Specials se forment en 1978 à Coventry, une cité largement bombardée pendant la guerre et devenue un important centre industriel. Ils alternent rythmes funky (A Message To You Rudy, Too Much Too Young...) avec des compos froides et futuristes (International Jet Set, Ghost Town) et passeront le plus clair de leur courte carrière – ils splittent fin 1981 - à truster les charts anglais. Magie du rythme syncopé, guitare à contretemps, le ska fait danser les garçons anglais pour la première fois depuis quinze ans...
Les Specials, enfin, c'est surtout une monographie de l'Angleterre. Leurs chansons parlent de leur ville, du quotidien pas très glamour du prolétaire, des histoires de nuits blanches, de racisme, de chomedu, d'amours adolescentes, de sexe et de mariages forcés... David Peace, dont la pratique du roman noir – en tout cas avec le "Red Riding Quartet" - est étroitement liée aux cultures du rock, ne s'y trompait pas lorsqu'il nous confiait : "Quand les chansons Going Underground des Jam ou Ghost Town des Specials sont sorties, on les entendait partout et c'étaient de pertinents commentaires, voire de véritables 'essais' sur la Grande-Bretagne". Horace Panter note : "Quand on appartenait à la classe ouvrière de Coventry, tout ce qu'on pouvait espérer de mieux était de se faire embaucher chez Jaguar". Le groupe fera des concerts en soutien aux SDF, ou pour collecter des fonds pour une marche pour l'Emploi, et surtout, contre le racisme, alors que le National Front et le British Movement prospèrent... Après les émeutes de juillet 1981, qui secouent plusieurs grandes villes anglaises, et alors que Ghost Town vient de sortir, Panter raconte encore : "La jeunesse anglaise n'en pouvait plus. Des Blancs, des Jaunes, des Noirs, tous protestaient contre ce gouvernement qui les avait abandonnés. Chômage, flicage, racisme, tout cela ressemblait à ce morceau enregistré en huit pistes : jamais un morceau n'avait mieux saisi que Ghost Town l'ambiance du moment". Hélas, suite à une série de mésententes entre ses membres, le groupe se sépare en octobre 1981. Mais la trouvaille des Specials, savoureuse et saugrenue, demeure : "Dansons sur de l'indignation !".

Citation

Dansons sur de l'indignation !

Rédacteur: Cédric Fabre lundi 10 janvier 2011
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