Le Testament de Jaffa

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samedi 16 novembre

Contenu

Roman - Espionnage

Le Testament de Jaffa

Historique - Géopolitique - Assassinat MAJ vendredi 14 janvier 2011

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19 €

Avner Mandelman
The Debba - 2010
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Jean-Luc Defromont
Paris : Liana Levi, octobre 2010
396 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-86746-554-3
Coll. "Policier"

Rishonim et Nakba…

Le père de David Starkman, héros de l'Indépendance israélienne, vient de mourir. Assassiné. David, qui a renoncé à sa nationalité israélienne, se rend à Tel Aviv pour régler les questions d'héritage. Rien d'important, sinon l'incongruité de l'une des clauses suspensives : le père de David veut que son fils monte dans les quarante-cinq jours qui suivront l'annonce de son décès une pièce qu'il semble avoir écrite, Le Debba. David n'en a guère l'envie, d'autant qu'il s'était considérablement éloigné de son père. Mais l'injonction intrigue autour de lui. La nouvelle se répand mystérieusement, une hostilité se fait jour contre le projet qu'il n'a pas même envie de servir. Des ombres l'agressent, des hommes de main dont certains sortent tout droit des services secrets israéliens. David se pique au jeu, lit la pièce qui fit scandale en 1946, juste avant l'indépendance et la guerre déclarée entre Juifs et Arabes. Et décide de la monter malgré les pressions qu'il subit, du monde juif tout d'abord : la pièce est scandaleuse, elle rappelle des pages peu glorieuses de cette quête d'Israël et dont lui-même fut l'un des successeurs chevronnés, réitérant longtemps après la génération de son père les mêmes gestes douteux. David se rappelle en effet ses missions, quand il faisait le Dreck, infiltré pour capturer discrètement et assassiner en temps de paix des leaders palestiniens... Il se rappelle l'unité 508 qu'il quitta plein de dégoût pour lui-même. La pièce, plus problématique encore, met en scène les rhétoriques de déculpabilisation forcenée qui se firent jour en 1946, appelant les Juifs à défendre leur terre en la vidant de toute présence arabe... Mais à ses dépens, David découvrira aussi que nombre de Palestiniens refusent de voir la pièce montée sous le nom de son père. Un père dont l'assassin court toujours. Est-il juif, est-il arabe ? David n'en sait rien.

On le voit, un roman tendu, explosif à bien des égards, dans le contexte du conflit israélo-palestinien. Un roman qui nous plonge au cœur d'une période historique sensible pour l'État hébreu, celle de la génération des pionniers, intouchables Rishonim, présentés ici comme des exaltés, des héros, certes, mais dévoilant avec rugosité des pans peu reluisants de leur histoire. Un roman courageux en somme, où l'enthousiasme de la fondation de l'État hébreu fait face au sentiment palestinien de la catastrophe, la Nakba, celle, justement, des conditions dans lesquelles cet État vit le jour, côté palestinien. Un roman écrit dans un style inflexible et cependant porté sans cesse par une construction des plus magnanimes de ses personnages, une galerie sensible et fragile de destins jetés les uns contre les autres.


On en parle : L'Indic n°9

Citation

Nous apprenions aussi les coutumes, les proverbes et l'Islam, afin de pouvoir passer pour des arabes et les tuer plus facilement.

Rédacteur: Joël Jégouzo jeudi 13 janvier 2011
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