Golgotha

Tout portait les Colombiens à être d'excellents trafiquants : une situation géographique exceptionnelle, en bordure de deux océans (Atlantique et Pacifique), aux confins de cinq pays – Panama, Équateur, Venezuela, Pérou et Brésil -, une tradition de contrebandiers liés au trafic de l'or et des pierres précieuses (l'émeraude en particulier) et l'expérience de l'exportation du café dans le monde.
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dimanche 18 août

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Roman - Noir

Golgotha

Social - Urbain MAJ mercredi 02 mars 2011

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 14 €

Leonardo Oyola
Gólgota - 2008
Préface de Carlos Salem
Traduit de l'espagnol (Argentine) par Olivier Hamilton
Paris : Asphalte, mars 2011
136 p. ; 18 x 13 cm
ISBN 978-2-918767-11-4
Coll. "Fictions"

Le presque bon, la presque brute et le truand

Carlos Salem l'explique dès la préface : ne comptez pas sur ce livre pour caresser le cliché du Buenos Aires où l'on danse le tango à chaque coin de rue. Ici, on est dans le concret, le dur, le sale, le Buenos Aires qui tâche et qui fait mal. D'ailleurs pas exactement Buenos Aires, plutôt dans l'une de ses villas miserias, du côté de Scasso, aménagée de telle sorte que les flics ne puissent pas y entrer et que ceux qui y sont nés n'en sortent jamais réellement. À moins de devenir flic. C'est le cas de Román qui bosse avec Lagarto le vieux de la vieille à la peau dure, aux mains bagarreuses et au reflet abîmé dans le miroir du Tiens moi le gamin, ce bar où il vient descendre quelques coups parce qu'il n'a pas de famille, parce qu'il y a ses habitudes, parce que ce bar fait partie de sa vie.

Golgotha raconte ce fragile équilibre entre Scasso et les autorités qui ferment les yeux. "Ah ! Je ne me considère pas non plus un âne. Pire que ça. Je suis flic. Et je suis habitué à me taire, à regarder ailleurs, à faire celui qui n'entend pas." Jusqu'à ce qu'on ne puisse plus fermer les yeux. Un fait divers qui pourrait paraître anodin, pour terrible qu'il soit : Après un avortement raté, Olivia meurt dans les bras de sa mère qui, ne supportant pas la douleur, se pend chez elle. Pour Román, il y a un responsable qui n'est autre que l'un des caïds de Scasso. Se venger, ne pas se venger, ouvrir les yeux, prendre le risque de tout perdre, se résigner ou donner un coup de pied dans la fourmilière... Questionnaire à choix multiples où il n'y a pas de bonne réponse.

Leonardo Oyola parvient à raconter un monde en à peine cent trente-cinq pages. Un événement et tout ce qui en découle, une sorte de battement d'aile du papillon, mais un papillon qu'on aurait cloué sur une planche et de qui on aurait exigé qu'il revienne en arrière. Dans ce western urbain, on crie vengeance, on demande du sang et on verse le sien. Leonardo Oyola décrit tout cela à la première personne, grâce à la voix de Lagarto qui raconte cette histoire comme on clame un poème désespéré. On suit ses rêves brisés, comme le miroir qui lui renvoie l'image d'un homme qu'il ne reconnaît pas, on suit ses croyances en un saint Georges protecteur des policiers qui se heurte au San la Muerte vénéré des délinquants. Au final, un livre étonnant, un fait divers qui se déverse et emporte tout sur son passage, une chronique de la violence, une histoire des désespoirs racontée avec la rage des misérables et la sobriété des résignés. Et ce rythme lancinant qui laisse monter la tension jusqu'aux dernières pages, ces dernières pages asphyxiantes dont on regrette pourtant qu'elles arrivent si tôt.

Citation

Ils jouaient à tuer ou à mourir. C'était comme un jeu de morpions où personne ne gagne.

Rédacteur: Gilles Marchand vendredi 18 février 2011
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