True Grit

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Film - Noir

True Grit

Western MAJ jeudi 24 février 2011

Note accordée au livre: 3 sur 5


Inédit

Tout public

Prix: 0 €

Chronique

"Le dernier Coen", cette année, est une première à maints égards. True Grit est en effet le premier western de Joel et Ethan (si tant est que No Country for Old Men n'en n'était pas un). Avec près de cent soixante-cinq millions de recettes neuf semaines après sa sortie en salles aux États-Unis, pour un budget estimé à trente-huit millions de dollars, True Grit explose le record des frères jusqu'ici : No Country for Old Men, récompensé par l'oscar du meilleur film en 2008, n'avait enregistré "que" soixante-quatorze millions de recettes aux USA ! Avec dix nominations aux oscars dont celles du meilleur film, de la meilleure réalisation et de la meilleure adaptation, jamais film des Coen n'aura ainsi été salué par la profession. Et les autres titres de "premier" risquent bien de se succéder dans les prochaines semaines avec la sortie du film en France aujourd'hui et la remise des oscars le 27 février.

Une situation inédite dans la carrière de Joel et Ethan Coen que la presse s'est empressée de saluer. Un succès peut-être en partie dû à celui du roman devenu culte auquel ils se sont attaqué.
Roman-feuilleton d'abord publié dans le Saturday Evening Post en 1968, True Grit est l'œuvre de Charles Portis, ancien journaliste du Herald Tribune. Publié la même année par Simon & Schuster, le roman culmina en tête des ventes plus de quatre mois de suite. Aujourd'hui considéré comme un classique de la littérature américaine, le roman fût adapté au cinéma par Henry Hattaway, dans 100 dollars pour un shérif, un an seulement après sa parution. John Wayne y interprétait le rôle de Rooster Cogburn, US Marshal iconoclaste, imbibé et farouche. Sa prestation lui valut le seul oscar de sa carrière.
Loin d'avoir fait un remake du film d'Hattaway (ils s'en défendent d'ailleurs vivement), les frères Coen ont écrit et réalisé une adaptation très fidèle à l'histoire de Portis. Mattie Ross (Haille Steinfeld), jeune fille de quatorze ans part à la recherche de l'assassin de son père en territoire indien. Pour l'accompagner dans son expédition, elle engage Rooster Cogburn (Jeff Bridges), US Marshall réputé pour avoir du "cran" ("true grit"). Pressentie comme le candidat idéal, sa recrue se révèle cependant être un justicier peu orthodoxe : alcoolique, volontiers grossier, prompt à dégainer son arme pour éliminer les voyous qu'il traque. Cogburn aime aussi l'argent. C'est ainsi qu'il recrute de son côté LaBœuf (Matt Damon), également aux trousses de l'assassin du père de Mattie, pour la capture duquel une grasse récompense lui est promise.

Une adaptation à la fois fidèle et très coenienne. Un film réussi. Et pourtant...
Rares sont les adaptations au cinéma qui prennent aussi peu de libertés sur l'intrigue. Les frères Coen reprennent au mot près dans leur scénario des dialogues entiers de Portis, dont les répliques les plus drôles. Ils restituent son humour simple et efficace. Hattaway déjà en 1969, restait fidèle à la plume sémillante de l'auteur, mais revisitait grossièrement l'aventure de Mattie et notamment son dénouement.
Du côté des Coen les rares libertés prises sur le texte original s'expriment le plus souvent dans la manière qu'ils ont de forcer le trait, les caractéristiques qui font de True Grit, une aventure réjouissante : les dialogues sont corsés, Jeff Bridges interprète un Cogburn plus trash que l'original, Matt Damon, un Texas Ranger encore plus irritant que le personnage imaginé par Portis.
Et le résultat est une réussite. Tout y est maîtrisé. Les décors sont époustouflants, l'histoire est propre à faire tout à la fois rire et pleurer, l'action est savamment rythmée, le casting impeccable... Seul bémol : Hailee Steinfeld, dont on salue partout la remarquable prestation et qu'on promet à une première oscarisation, mais dont la moue qu'elle affiche tout au long du film est particulièrement gênante. Derrière cette expression, on imagine en effet facilement les réalisateurs lui donner des indications pour interpréter la détermination de Mattie et elle doctement d'appliquer ces conseils. Le résultat est peu crédible. Dommage, Mattie est le personnage central du film. Son histoire, dans le film comme dans le livre, y est racontée de son point de vue.
Certes, la prestation d'une jeune fille de quatorze ans, dans un premier long métrage, qui plus est dirigé par les frères Coen, impose l'admiration. Mais passé l'enthousiasme de voir une jeune fille de quatorze ans donner la réplique aux grands Bridges et Damon elle nous ferait presque regretter l'héroïne d'Hattaway, malgré ses vingt ans, son interprétation digne du vaudeville, mais qui sied tellement au charme désuet des westerns des années 1960.
On reprochera en outre au film l'excès de miel. Des scènes un peu cul-cul, qui font rougir tant elles s'inscrivent dans la tradition d'un cinéma américain liquoreux dont on pensait de tels réalisateurs à l'abri. Pour autant, le film se regarde. Divertit avec beaucoup de talent. Comme un film dont le contrat a été rempli avec une grande maîtrise, mais auquel il manque la petite rugosité qui en ferait un chef-d'œuvre. Tous les ingrédients sont réunis pour faire un film savoureux, mais les frères Coen n'ont pas rencontré le hasard qui fit de la tarte des sœurs Tatin, un mets unique.


On en parle : La Tête en noir n°149

Rédacteur: Jawaher Aka jeudi 24 février 2011
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