Nymphéas noirs

Watson est un pauvre petit procédé littéraire facile et efficace. Holmes n'a pas plus besoin de lui pour résoudre ses crimes qu'il n'a besoin de traîner un boulet.
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jeudi 24 janvier

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Roman - Policier

Nymphéas noirs

Historique MAJ mardi 22 mars 2011

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 21 €

Voir plus d'infos sur le site livresque-du-noir.fr (nouvelle fenêtre)

Michel Bussi
Paris : Presses de la Cité, janvier 2011
444 p. ; 23 x 14 cm
ISBN 978-2-258-08826-9
Coll. "Romans Terres de France"

Quand chaque personnage est une énigme...

Trois femmes vivaient à Giverny. La première, "la Sorcière", âgée de quatre-vingt-quatre ans est méchante. La seconde, Stéphanie Dupain, à trente-six ans est menteuse. La troisième, Fanette Morelle, du haut de ses onze ans est égoïste. Toutes trois ont un point commun, un secret : elles rêvent de partir. Une fenêtre va s'ouvrir pendant treize jours, mais une seule d'entre elles pourra s'échapper. Les autres devront mourir.
La vieille femme, dans les premières heures du matin, accompagnée de son chien Neptune, passe devant un cadavre dans l'Epte. Trois policiers conduits par l'inspecteur Laurenç Sérénac arrivent. Le mort, Jérôme Morval, un enfant du pays, est chirurgien ophtalmologique dans le XVIe arrondissement de Paris. Il a été poignardé, le crâne défoncé et la tête mise dans l'eau. Dans une poche, Sérénac trouve une carte postale où il peut lire en lettres d'imprimerie : "Onze ans. Bon anniversaire." Dessous une bande est collée : "Le crime de rêver je consens qu'on l'instaure." L'inspecteur se charge de prévenir la veuve. Puis, il rencontre l'institutrice, la plus belle femme du village. Le courant passe entre ces deux amateurs de peinture. Elle fera la liste de ses élèves âgés de onze ans. Elle lui apprend que la seconde phrase est un vers de "Nymphée", un poème d'Aragon, un habitué de Giverny. À l'hôpital, "la Sorcière" débranche les perfusions qui maintiennent son mari en vie. Sérénac et Sylvio, son adjoint, reçoivent cinq photographies. Morval est présent sur toutes, avec une femme différente. Certains clichés exposent des situations sans équivoque. Sur l'une, il se promène avec Stéphanie. Fanette Morelle est aux anges. Grâce à James, un vieux peintre américain, un peu clochard, elle peut peindre et pourra se présenter au concours de la Fondation Theodore Robinson. Il lui prédit un brillant avenir comme artiste. Le mari de Stéphanie a la réputation d'être jaloux. Les soupçons se portent naturellement sur lui. Mais, son épouse témoigne qu'il était avec elle au moment du crime. Les sentiments forts de Laurenç pour Stéphanie faussent son jugement. Aussi, quand James est assassiné...

Michel Bussi prend, pour décor de sa machination, le Giverny d'après Claude Monet, pendant la période de presque cinquante ans où les jardins furent fermés, oubliés, abandonnés, puis lorsque le village se nimbe de la gloire de son célébrissime ancien résident. Il fait une description vivante, alerte des conséquences de cette célébrité sur les lieux, faisant revivre au sein de son récit, les grandes évolutions du village depuis les travaux de Claude Monet, ses largesses... Il conjugue, avec maestria, une biographie de Claude Monet, une histoire de Giverny, une description de la vie du village à différentes époques et une intrigue, basée sur les Nymphéas, particulièrement retorse et astucieuse. Il multiplie les pistes, braque le projecteur sur l'impressionnisme, sur les convoitises que suscite l'art...
Pour faire vivre son récit, le romancier élabore une galerie de personnages tous plus intéressants les uns que les autres. Il dresse des portraits saisissants qui interpellent tant par leur mise en scène que par leur présence. Il brosse, ainsi, le portrait fabuleux d'une vieille femme (la narratrice) qui porte un regard sur la société, sur le comportement de ses contemporains, avec un humour acide, voire cynique, un regard désabusé ramenant les choses à leurs justes dimensions. Elle tient des avis tranchants sur le village, son évolution, émet des annotations pleines de pertinence, d'ironie dévastatrice sur la vieillesse et les capacités en déclin, les secrets concernant les évènements.
Michel Bussi joue sur plusieurs niveaux, pour structurer son intrigue, passant avec aisance de l'un à l'autre. Il utilise les aptitudes de l'esprit à accepter, retenir, refouler des situations, des souvenirs, des faits. L'auteur s'inspire, pour construire une partie des péripéties, de ce qu'écrivait F. Robert Kempf dans L'Aurore en 1908 : "Avec Monet, nous ne voyons pas le monde réel, mais nous en saisissons les apparences." Il met en scène les contingences humaines, les irrépressibles pulsions, les sentiments impérieux à travers un inspecteur de police, fraichement émoulu de l'école, confronté à un mélange des genres, à un conflit d'intérêt. Mais l'auteur offre, avec cette histoire une chronique douce-amère sur la vie, sur la tournure que peut prendre celle-ci, sur les hasards. Ne fait-il pas dire à James : "Une vie, tu sais, Fanette, c'est juste deux ou trois occasions à ne pas laisser passer. Ça se joue à ça, ma jolie, une vie ! Rien de plus."
Michel Bussi, avec ces Nymphéas noirs, offre une intrigue habile qui surprend par une originalité et de magnifiques histoires à la tonalité très humaine. Mais n'aurait-t-on pas pu se passer des deux ou trois dernières pages ?

Récompenses :
Prix Polar Michel Lebrun 2011

Nominations :
Prix Mystère de la Critique 2012

Citation

Il voudrait vivre pour empêcher ce qu'il devine, stopper cet enchaînement monstrueux, inéluctable, cette machination effroyable, dont il n'est qu'une scorie, un drame secondaire.

Rédacteur: Serge Perraud jeudi 24 février 2011
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