Nymphéas noirs

En ces temps de vulgarité tout azimuts où les politiciens ressemblent à des candidats de jeux télévisés, Jacques Dragan serait l'ultime incorruptible d'un échiquier politique de fous se prenant pour des rois.
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vendredi 20 septembre

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Roman - Policier

Nymphéas noirs

Historique MAJ mardi 22 mars 2011

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 21 €

Voir plus d'infos sur le site livresque-du-noir.fr (nouvelle fenêtre)

Michel Bussi
Paris : Presses de la Cité, janvier 2011
444 p. ; 23 x 14 cm
ISBN 978-2-258-08826-9
Coll. "Romans Terres de France"

Actualités

  • 06/11 Édition: Parutions de la semaine - 6 novembre
  • 04/04 Prix littéraire: Prix Mystère 2012 : les lauréats
    Lundi 2 avril à la Bilipo (ouverte pour l'occasion) ont été remis en présence des auteurs les Prix Mystère. Créés par Georges Rieben et Luc Geslin en 1972, les Prix Mystère sont avant tout honorifiques et décernés par un jury de spécialistes de la littérature policière chaque année plus nombreux. En effet, si en 2011 La Guerre des vanités, de Marin Ledun (Gallimard, "Série noire") et La Mort au crépuscule, de William Gay (Le Masque, "Grands formats") avaient été remarqués par les vingt-quatre membres du jury, cette année ils étaient trente-quatre pour élire Marcus Malte et son roman Les Harmoniques (Gallimard, "Série noire") dans la catégorie "Francophone" et Stuart Neville pour Les Fantômes de Belfast (Rivages, "Thriller") dans la catégorie "Roman étranger". Cette remise de prix assortie d'un banquet s'est déroulée en compagnie de quelques membres du jury mais également d'éditeurs et d'attachées de presse des deux maisons. Comme le veut la tradition, Fabienne Duvigneau, traductrice du roman de Stuart Neville, a également reçu un diplôme signé des membres présents du Prix Mystère.

    Prix Mystère de la Critique 2012 :
    1. Les Harmoniques, de Marcus Malte (Gallimard, "Série noire") ;
    2. Le Mur, le Kabyle et le Marin, d'Antonin Varenne (Viviane Hamy, "Chemins nocturnes") ;
    3. Nymphéas noirs, de Michel Bussi (Presses de la Cité, "Romans Terres de France") ;
    4. L'Honorable société, de D.O.A. & Dominique Manotti (Gallimard, "Série noire") ;
    5. Le Bloc, de Jérôme Leroy (Gallimard, "Série noire").

    Prix Mystère du Meilleur roman étranger 2012 :
    1. Les Fantômes de Belfast, de Stuart Neville (Rivages, "Thriller") ;
    2. Savages, de Don Winslow (Le Masque, "Grands formats") ;
    3. Les Leçons du Mal, de Thomas H. Cook (Le Seuil, "Policier") ;
    4. Désolations, de David Vann (Gallmeister, "Nature Writing") ;
    5. Le Poète de Gaza, de Yishaï Sarid (Actes sud, "Actes noirs").

    Le jury 2012 était composé des trente-quatre critiques suivants :
    Mmes Marie-Caroline Aubert, Christine Ferniot, Catherine Fruchon-Toussaint, Jeanne Guyon, Cécile Lecoultre, Corinne Naidet et Alexandra Schwartzbrod.
    MM. Jean-Claude Alizet, Olivier Ancel, Hubert Artus, Bernard Chappuis, Dominique Choquet, Bruno Corty, Bernard Daguerre, Hervé Delouche, Jean-Pierre Dionnet, Christophe Dupuis, François Guérif, Jean-Paul Guéry, Jean-Marc Laherrère, Pierre Lebedel, Claude Le Nocher, Paul Maugendre, Claude Mesplède, Gérard Meudal, Yann Plougastel, Alain Regnault, Georges Rieben, Emmanuel Romer, Jean-Jacques Schléret, Samuel Schwiegelhofer, Jean-Louis Touchant, Julien Védrenne et Jean-Claude Zylberstein.
    Liens : La Guerre des vanités |La Mort au crépuscule |Les Harmoniques |Le Mur, le Kabyle et le Marin |Le Bloc |Les Fantômes de Belfast |Savages |Désolations |Le Poète de Gaza |Nymphéas noirs |Marin Ledun |William Gay |Marcus Malte |Stuart Neville |Antonin Varenne |Michel Bussi | D.O.A. |Dominique Manotti |Jérôme Leroy |Don Winslow |Thomas H. Cook |David Vann |Marie-Caroline Aubert |Alexandra Schwartzbrod |Christophe Dupuis |François Guérif |Jean-Paul Guéry |Jean-Marc Laherrère |Paul Maugendre |Claude Mesplède |Jean-Claude Zylberstein

Quand chaque personnage est une énigme...

Trois femmes vivaient à Giverny. La première, "la Sorcière", âgée de quatre-vingt-quatre ans est méchante. La seconde, Stéphanie Dupain, à trente-six ans est menteuse. La troisième, Fanette Morelle, du haut de ses onze ans est égoïste. Toutes trois ont un point commun, un secret : elles rêvent de partir. Une fenêtre va s'ouvrir pendant treize jours, mais une seule d'entre elles pourra s'échapper. Les autres devront mourir.
La vieille femme, dans les premières heures du matin, accompagnée de son chien Neptune, passe devant un cadavre dans l'Epte. Trois policiers conduits par l'inspecteur Laurenç Sérénac arrivent. Le mort, Jérôme Morval, un enfant du pays, est chirurgien ophtalmologique dans le XVIe arrondissement de Paris. Il a été poignardé, le crâne défoncé et la tête mise dans l'eau. Dans une poche, Sérénac trouve une carte postale où il peut lire en lettres d'imprimerie : "Onze ans. Bon anniversaire." Dessous une bande est collée : "Le crime de rêver je consens qu'on l'instaure." L'inspecteur se charge de prévenir la veuve. Puis, il rencontre l'institutrice, la plus belle femme du village. Le courant passe entre ces deux amateurs de peinture. Elle fera la liste de ses élèves âgés de onze ans. Elle lui apprend que la seconde phrase est un vers de "Nymphée", un poème d'Aragon, un habitué de Giverny. À l'hôpital, "la Sorcière" débranche les perfusions qui maintiennent son mari en vie. Sérénac et Sylvio, son adjoint, reçoivent cinq photographies. Morval est présent sur toutes, avec une femme différente. Certains clichés exposent des situations sans équivoque. Sur l'une, il se promène avec Stéphanie. Fanette Morelle est aux anges. Grâce à James, un vieux peintre américain, un peu clochard, elle peut peindre et pourra se présenter au concours de la Fondation Theodore Robinson. Il lui prédit un brillant avenir comme artiste. Le mari de Stéphanie a la réputation d'être jaloux. Les soupçons se portent naturellement sur lui. Mais, son épouse témoigne qu'il était avec elle au moment du crime. Les sentiments forts de Laurenç pour Stéphanie faussent son jugement. Aussi, quand James est assassiné...

Michel Bussi prend, pour décor de sa machination, le Giverny d'après Claude Monet, pendant la période de presque cinquante ans où les jardins furent fermés, oubliés, abandonnés, puis lorsque le village se nimbe de la gloire de son célébrissime ancien résident. Il fait une description vivante, alerte des conséquences de cette célébrité sur les lieux, faisant revivre au sein de son récit, les grandes évolutions du village depuis les travaux de Claude Monet, ses largesses... Il conjugue, avec maestria, une biographie de Claude Monet, une histoire de Giverny, une description de la vie du village à différentes époques et une intrigue, basée sur les Nymphéas, particulièrement retorse et astucieuse. Il multiplie les pistes, braque le projecteur sur l'impressionnisme, sur les convoitises que suscite l'art...
Pour faire vivre son récit, le romancier élabore une galerie de personnages tous plus intéressants les uns que les autres. Il dresse des portraits saisissants qui interpellent tant par leur mise en scène que par leur présence. Il brosse, ainsi, le portrait fabuleux d'une vieille femme (la narratrice) qui porte un regard sur la société, sur le comportement de ses contemporains, avec un humour acide, voire cynique, un regard désabusé ramenant les choses à leurs justes dimensions. Elle tient des avis tranchants sur le village, son évolution, émet des annotations pleines de pertinence, d'ironie dévastatrice sur la vieillesse et les capacités en déclin, les secrets concernant les évènements.
Michel Bussi joue sur plusieurs niveaux, pour structurer son intrigue, passant avec aisance de l'un à l'autre. Il utilise les aptitudes de l'esprit à accepter, retenir, refouler des situations, des souvenirs, des faits. L'auteur s'inspire, pour construire une partie des péripéties, de ce qu'écrivait F. Robert Kempf dans L'Aurore en 1908 : "Avec Monet, nous ne voyons pas le monde réel, mais nous en saisissons les apparences." Il met en scène les contingences humaines, les irrépressibles pulsions, les sentiments impérieux à travers un inspecteur de police, fraichement émoulu de l'école, confronté à un mélange des genres, à un conflit d'intérêt. Mais l'auteur offre, avec cette histoire une chronique douce-amère sur la vie, sur la tournure que peut prendre celle-ci, sur les hasards. Ne fait-il pas dire à James : "Une vie, tu sais, Fanette, c'est juste deux ou trois occasions à ne pas laisser passer. Ça se joue à ça, ma jolie, une vie ! Rien de plus."
Michel Bussi, avec ces Nymphéas noirs, offre une intrigue habile qui surprend par une originalité et de magnifiques histoires à la tonalité très humaine. Mais n'aurait-t-on pas pu se passer des deux ou trois dernières pages ?

Récompenses :
Prix Polar Michel Lebrun 2011

Nominations :
Prix Mystère de la Critique 2012

Citation

Il voudrait vivre pour empêcher ce qu'il devine, stopper cet enchaînement monstrueux, inéluctable, cette machination effroyable, dont il n'est qu'une scorie, un drame secondaire.

Rédacteur: Serge Perraud mardi 16 février 2016
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