Belle Gunness : la première tueuse en série des États-Unis

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Essai - Policier

Belle Gunness : la première tueuse en série des États-Unis

Historique - Tueur en série MAJ jeudi 07 avril 2011

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 18 €

Philippe Chassaigne
Paris : Larousse, mars 2011
288 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-03-584588-7
Coll. "L'Histoire comme un roman"

Combien de victimes pour "la Femme Barbe-Bleue" ?

C'est la première fois qu'un livre en français est consacré à Belle Gunness. Philippe Chassaigne, professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Tours, est parti sur ses traces après avoir découvert son nom dans une note en bas de page du mémoire de maîtrise de l'un de ses étudiants.

Belle Gunness est entrée dans la mémoire collective américaine, à l'exemple de notre Landru national, par le nombre incroyable des victimes qu'elle attira dans sa ferme grâce à une séduction avant tout... épistolaire. Née en Norvège en 1859, Brynhild Paulsdatter Storset émigre aux États-Unis à vingt-deux ans, prend le prénom de Belle, épouse à Chicago un premier mari, Mads Sorensen, dont elle a quatre enfants, dont deux meurent en bas âge, certainement empoisonnés par leur mère qui toucha une assurance sur leur tête. Après divers incendies de ses magasins assurés, le mari meurt "le seul jour où les deux polices d'assurance sur la vie qu'il avait souscrites se chevauchaient". (p. 49). Belle achète sa fameuse ferme l'année suivante à La Porte, petite ville de l'Indiana. Elle s'y installe avec les deux filles survivantes de son premier mariage et une jeune adoptée, Jennie Olsen qu'elle tuera quatre ans plus tard car devenue adolescente et gênante pour ses activités. Belle se remarie avec Peter Gunness en 1902. Celui-ci mourra huit mois plus tard lui laissant un garçon encore à naître. De 1902 à 1908, alors qu'elle gère sa ferme avec une succession d'ouvriers agricoles dont elle fait souvent ses amants et dont certains disparaissent sans laisser de traces, elle envoie des annonces matrimoniales dans des journaux norvégiens destinés aux immigrés. Nombreux sont les prétendants qui se présentent à la ferme. Mais la ferme brûle dans la nuit du 27 au 28 avril 1908. On y retrouvera les corps calcinés d'une femme décapitée serrant dans ses bras un enfant, deux autres à ses côtés. Deux frères d'hommes disparus venus aux nouvelles, vont entreprendre des fouilles dans la maison puis dans les terrains alentours. "Les découvertes se succédèrent alors. On trouvait toujours plus de fosses et toujours plus de cadavres. Combien y en avait-il ? Au moins une bonne dizaine, mais les victimes avaient été tellement découpées et leurs restes enchevêtrés que le décompte précis s'avéra impossible ; beaucoup pensèrent que l'on pouvait aisément doubler ce chiffre, sinon même le quadrupler..." (p. 15).
Après un prologue percutant, Philippe Chassaigne replace l'itinéraire de Belle Gunness dans son contexte historique avec des données sur l'émigration des Norvégiens, leur communauté mais aussi sur le système des assurances, des banques, du baby farming et de la colonisation des terres. Belle Gunness s'est servie de la presse, de la communauté de langue, du désir de la terre, du mythe de la famille, et surtout de l'appel au travail pour attirer les hommes. L'auteur détaille les premières enquêtes sur Belle Gunness, notamment celles sur ses maris défunts, les recherches dans les ruines de la ferme, les trains entiers de curieux venus de Chicago. Il fait le tri dans les délires des journaux, (chapitre un peu fastidieux puisque nous savons que ce sont des fausses pistes). La transcription de lettres-piège de Belle Gunness démontre un talent diabolique (et patient, puisque les échanges de courrier pouvaient durer un an) pour convaincre les victimes. Tout à tour maternelle, féminine, jouant sur le désir de protection inhérent à tout mâle, promettant de la bonne cuisine et une vie opulente, elle donne des conseils pour vendre rapidement les biens, même à perte, et coudre ses économies dans les doublures. Celle qui pose en couverture du livre avec ses enfants, leur avaient interdit de descendre dans la cave fermée. Elle portait la clé sur elle. C'est là que la "Lady Bluebear" devait dépecer ses victimes... L'auteur se concentre enfin sur le procès de Ray Lamphere, un amant éconduit qui fut accusé d'avoir allumé l'incendie. Il étudie l'enquête, notamment la disparition totale de la tête de la femme décapitée et sa carrure beaucoup moins impressionnante que celle de Belle Gunness (près de cent vingt kilos pour un mètre soixante-quinze). À ce mystère répond un autre : la découverte beaucoup plus tard, et comme par magie, de deux bridges dentaires identifiés comme étant les siens.
Au final une enquête passionnante qui reste une énigme. Si Belle Gunness a sacrifié ses trois enfants et une inconnue avant de fuir avec son magot, avait-elle un ou des complices qui la tuèrent plus tard ? A-t-elle agi seule ? Qu'est-elle devenue ? "On croit la voir apparaître dans divers endroits des États-Unis jusqu'en 1935." précise Philippe Chassaigne qui est allé lui-même sur les lieux et qui nous livre ici un ouvrage original, équilibré et intelligent.
Note : Comme d'habitude, les documents photographiques manquent dans le livre (il faudrait augmenter le prix de vente). Mais on peut facilement les trouver sur Internet. La plus connue est la photo de famille, reproduite en couverture du livre, que Belle devait envoyer à ses proies tel un leurre fatal accréditant le ton des lettres. On trouvera aussi des portraits de Belle plus jeune, de Sorensen, de Ray Lamphere au procès, des photos des ruines de la ferme, des curieux, des fosses ouvertes et du cadavre de la pauvre petite Jennie Olsen.

Citation

Le Musée historique du comté de La Porte conserve aujourd'hui une impressionnante collection (de cartes postales) montrant des files entières de spectateurs se pressant devant la maison en ruines, l'abri qui faisait office de morgue, et les restes des cadavres exhumés.

Rédacteur: Michel Amelin jeudi 07 avril 2011
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