Le Traité des supplices

J'avais erré, créature inédite, habitant des pensées rotatives et traînant un corps pachydermique. Après, tout devint plus difficile, je marchais vers le fond de l'impasse.
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Roman - Noir

Le Traité des supplices

Historique - Tueur en série - Assassinat MAJ samedi 04 juin 2011

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 18,5 €

Nicolas Bouchard
Paris : Belfond, mai 2011
312 p. ; 24 x 15 cm
ISBN 978-2-7144-4755-5
Coll. "Littérature française"

Actualités

  • 11/05 Édition: Parutions de la semaine - 11 mai
    Tout pareillement que la semaine dernière, les nouveautés qui nous sont promises foisonnent de surprises. Il y a tout d'abord ces rééditions des romans de Ross McDonald par les éditions Gallmeister, qui s'accompagnent d'une nouvelle et intégrale traduction signée Jacques Mailhos. Il y a ensuite, et là nul besoin d'une nouvelle traduction, Omnibus qui nous replonge dans le monde de ce gentleman cambrioleur qu'est Arsène Lupin. Les amateurs du héros de Maurice Leblanc pourront également se délecter de sa dernière aventure pour la première fois publiée en livre chez Balland. Voilà pour les vieilleries avec ou sans naphtaline. Pour les nouveautés très contemporaines, nous vous conseillons (modérément ) le nouveau Megan Abbott. L'auteur d'Adieu Gloria, qui sort dans le même temps en poche, s'éloigne du roman noir qui a fait sa force. Son éditeur ne s'y trompe pas. Elle change ainsi de maison (Le Masque pour Jean-Claude Lattès). Il y a ensuite les auteurs que l'on attend : Arnaldur Indridason, Michael Connelly, le duo Preston & Child, Keigo Higashino & James Carlos Blake. Il y a enfin ceux qui poursuivent des sagas historiques : Nicolas Bouchard & Michèle Barrière. Et, comme d'habitude, tous ceux que vous allez peut-être découvrir en cette liste :

    Grand format :
    La Fin de l'innocence, de Megan Abbott (Jean-Claude Lattès)
    La Muraille de lave, d'Arnaldur Indridason (Métailié, "Noir")
    Red grass river, de James Carlos Blake (Rivages, "Thriller")
    La Sibylle et le marquis, de Nicolas Bouchard (Belfond)
    Ghost recon, de Tom Clancy (City, "Thriller")
    Bleu comme la peur, de Ann Cleaves (Belfond, "Noir")
    Volte-face, de Michael Connelly (Calmann-Lévy, "Robert Pépin présente")
    Maudite soit-elle, de Vincent Desombre (Scrineo)
    Sur le fil du rasoir, de Oliver Harris (Le Seuil, "Policiers")
    Burma club, de Daniel Hervouët (Le Rocher, "Thriller")
    Un café maison, de Keigo Higashino (Actes sud, "Actes noirs")
    Meurtre sur invitation, de Christian Jacq (J.)
    Paris mutuels, de Jean-Marie Laclavetine (La Branche, "Vendredi 13")
    Les Aventures extraordinaires d'Arsène Lupin. 1, de Maurice Leblanc (Omnibus)
    Les Aventures extraordinaires d'Arsène Lupin. 2, de Maurice Leblanc (Omnibus)
    Les Aventures extraordinaires d'Arsène Lupin. 3, de Maurice Leblanc (Omnibus)
    Le Dernier amour d'Arsène Lupin, de Maurice Leblanc (Balland)
    Femme de neige, de Leena Lehtolainen (Gaïa)
    Le Mystère de Roccapendente, de Marco Malvadi (Christian Bourgois, "Littérature étrangère")
    Serenitas, de Philippe Nicholson (Carnets Nord, "Roman noir")
    Les Sortilèges de la cité perdue, de Douglas Preston & Lincoln Child (L'Archipel)
    Vengeance à froid, de Douglas Preston & Lincoln Child (L'Archipel)
    L'Art du crime ; Scandale du crime, de Nora Roberts (J'ai lu, "Grand format")
    Le Bon hiver, de João Tordo

    Poche :
    Adieu Gloria, de Megan Abbott (LGF, "Policier")
    Le Syndrome picard, de Daniel Auna (Ravet-Anceau, "Polars en Nord")
    Meurtre au café de l'Arbre sec, de Michèle Barrière (LGF, "Policier")
    Le Clandestin de Ré la Blanche, de Robert Béné (De Borée, "Policier")
    Le Dernier bac pour Ré la Blanche, de Robert Béné (De Borée, "Policier")
    Dans la peau, de James Carlos Blake (Rivages, "Noir")
    Le Traité des supplices, de Nicolas Bouchard (10-18, "Grands détectives")
    La Blonde en béton, de Michael Connelly (Points, "Policiers")
    Darling Lilly, de Michael Connelly (Points, "Policiers")
    Les Neufs dragons, de Michael Connelly (Points, "Policiers")
    Enquête champenoise, de Patrick Drouot (Ravet-Anceau, "Polars en Nord")
    La Gigue du pendu, de Ann Featherstone (10-18, "Grands détectives")
    L'Arche d'alliance, de Sarah Frydman "LGF, "Policier")
    La Princesse des glaces, de Camilla Läckberg (Babel, "Noir")
    Les Enquêtes de Brunetti, de Donna Leon (Points, "Policiers")
    Rapt à la flamande, de Jean-Christophe Maquet (Ravet-Anceau, "Polars en Nord")
    Maelström, de Stéphane Marchand (J'ai lu, "Thriller")
    Cible mouvante, de Ross McDonald (Gallmeister, "Totem")
    Noyade en eau douce, de Ross McDonald (Gallmeister, "Totem")
    Fièvre mutante, de Douglas Preston & Lincoln Child (J'ai lu, "Policier")
    Morvan mauvais, de Laurent Rivière (Sirius Paris, "Régiopolice")
    Dans ses yeux, de Eduardo Sacheri (10-18, "Littérature étrangère")
    Mélanges de sangs, de Roger Smith (LGF, "Policier")
    Coq en toc, de Gordon Zola (Le Léopard démasqué, "Les Aventures de Saint-Tin et son ami Lou")
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La Sibylle et la mort.

Marie-Adélaïde Lenormand, dite la Sibylle, se retrouve impliquée dans la traque de Joseph Fouché, le responsable des atrocités commises à Lyon. La mort, déchainée, fait des ravages et la serre de près. Une nouvelle facette du talent de Nicolas Bouchard qui impose à Thanatos un rythme de stakhanoviste.

La mort de Robespierre, le 5 août 1794, libère la France et déclenche une vague de liesse sans pareille dans Lyon, la cité martyre de la Convention. Quatre notables se précipitent vers la prison des Recluses pour empêcher de nouveaux massacres et libérer les prisonniers. Dans les caves, ils découvrent une galerie des horreurs, des corps suppliciés. Bouleversés, l'abbé La Madelle, le juge Pilar, l'avocat Chalais et le docteur Müller décident de pourchasser le coupable et baptisent leur groupe : Les Compagnons de Jéhu.
Joseph Fouché, le criminel, le cynique, qui s'est illustré, dans leur ville, par une répression d'une telle cruauté, devient leur cible. Or, le véritable responsable de ces supplices se présente comme l'Inconnaissable, un disciple de Maât, la fille de Ré.
Les Compagnons de Jéhu se rendent à Paris sur les traces de Fouché. Ils rencontrent la Sibylle. Celle-ci, depuis quelque temps dort mal, assaillie par d'affreux cauchemars. Elle fait face à des portes et une voix l'appelle. Elle comprend que c'est la mort qui l'attend et que son destin est lié à celui des Compagnons de Jéhu.

Nicolas Bouchard, dans son nouveau roman fait revivre l'héroïne de La Sibylle de la Révolution (Belfond, 2009). Personnage authentique, Marie-Adélaïde Lenormand, douée de prescience, a distillé ses prédictions pendant plus d'un demi-siècle et figure parmi les plus grandes voyantes de l'Histoire. Pendant le début des années 1790, elle compte dans sa clientèle nombre de ténors comme Marat, Saint-Just, Robespierre. Ce dernier la fait emprisonner pour avoir prédit, pour lui, et quelques-uns de ses compagnons, une mort violente.
Après avoir confronté son héroïne aux loges maçonniques, au comte de Saint-Germain et à un amour impossible, l'auteur l'entraîne dans un univers particulièrement sombre où règnent la souffrance et la mort. Si le titre est évocateur, Nicolas Bouchard est peu disert sur les supplices que son criminel inflige. Il se contente de les évoquer, d'en survoler les effets, sauf pour le supplice du pal où la description est explicite.

Nicolas Bouchard explore les dessous des événements, ramène la dimension historique au niveau humain. Il dépouille les acteurs de l'aura que leur a tissée une Histoire officielle et montre qu'il ne reste qu'une bande de crapules ou d'illuminés du plus beau lot. Il donne à chacun sa réelle dimension, avec leurs pauvres motivations, leurs prises de positions opportunistes. Il brosse, ainsi, les portraits de Fouché, de Collot d'Herbois, de Tallien, Barras, Bonaparte... mettant leur personnalité à nu. Il décrit, sans concession, les bas-fonds de Paris comme la prison de la Force, l'hôpital de la Pitié, devenu le plus grand lupanar de France.

Comme dans chacun de ses romans, l'auteur introduit des notions techniques et/ou scientifiques. Il nous offre, ici, un petit cours sur le fonctionnement du cerveau et des sens. La qualité d'écriture fluide, travaillée, le choix d'un vocabulaire adapté aux différents intervenants ajoutent au plaisir de la lecture de ce drame.

Basé sur une connaissance précise de la période, des petits et grands événements, Nicolas Bouchard met en scène les dirigeants comme les sous-fifres de l'époque. Il tisse un récit passionnant au service d'une intrigue de haute volée, mêlant les genres, puisant dans le gothique comme dans le fantastique, jouant avec brio des apparences et des fausses pistes.
Tous ces éléments concourent à faire du Traité des supplices un magnifique roman, aux énigmes fort bien menées, sur les pas d'une héroïne, oh combien ! attachante, dans le cadre d'une réalité historique d'une grande rigueur. Dans cette série, le romancier met l'Histoire au service de son histoire.

Citation

Les cellules s'ouvraient sur les couloirs, laissant apparaître l'affreux spectacle des pensionnaires, pour la plupart des femmes simples d'esprit, des infirmes, parfois toutes jeunes, parfois d'une extrême vieillesse, toutes obligées de se livrer à la prostitution.

Rédacteur: Serge Perraud lundi 01 juin 2015
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