La Plage des noyés

Nous apprenons surtout à détruire l'art et préférons recommencer de zéro, dans une prairie verte qu'il suffit de noyer sous le béton. Surtout, que ce soit simple, surtout que ce soit fonctionnel. La passion de tuer le passé est imprimée en nous, l'instinct de brûler ce qui a été créé, indéracinable.
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vendredi 15 novembre

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Roman - Policier

La Plage des noyés

Social - Assassinat MAJ mardi 14 juin 2011

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20 €

Domingo Villar
La Playa de los ahogados - 2009
Traduit de l'espagnol par Dominique Lepreux
Paris : Liana Levi, mai 2011
382 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-86746-570-3
Coll. "Policier"

Ce marin a-t-il vraiment pêché ?

Domingo Villar nous sert une histoire à la trame relativement classique mais bien menée et prenante avec des notes d'humour apportée surtout par le personnage de Rafael Estévez dont son supérieur s'étonne souvent de la structure cérébrale lui semblant être rongée par l'acide. Tous les deux forment un tandem efficace qui donne envie d'en faire deux enquêteurs espagnols récurrents.

On a souvent de l'Espagne une belle image de carte postale remplie de couleurs saturées par le soleil éclatant dans un ciel bleu azur. Dans La Plage des noyés, le roman de Domingo Villar, on peut ranger tous les clichés ibériques au fond de son sac. C'est bien avec une impression de gris que le roman débute avec une pluie omniprésente qui vient s'ajouter au décor automnal de cette région de Galice bien fouettée par les vents et les embruns de l'Océan Atlantique.
Démêler le vrai du faux en plongeant dans le passé va être le travail du duo d'enquêteurs de Domingo Villar, l'inspecteur Leo Caldas, originaire de la région, et son adjoint, le pittoresque Rafael Estévez, Aragonais de naissance. Tous les deux ont beaucoup de tempérament mais sont diamétralement opposés. Caldas intériorise beaucoup, il semble presque toujours étonné de la popularité que lui donne sa participation à "La Patrouille sur les Ondes", une émission radiophonique où il endosse derrière le micro le rôle de consultant.
C'est son adjoint, le truculent Estévez qui arrive le premier sur les lieux de la découverte d'un corps, celui d'un homme retrouvé les mains attachées avec un lien en plastique. Tout semble indiquer une noyade. Les flots ont rejeté le corps sans vie de Justo Castelo, un marin du coin qui, en raison de sa chevelure particulière, était surnommé le Blond. Les premiers renseignements récoltés montrent que ce pêcheur était dernièrement très préoccupé. Caldas et Estévez ne croient pas à un acte désespéré d'autant qu'il est très difficile de s'attacher seul les mains !
Rapidement nos deux enquêteurs se rendent compte qu'il n'est pas aisé de mener des investigations et de tirer des ficelles dans ce monde de pêcheurs taciturnes. Il leur est beaucoup plus facile et coutumier de laisser courir les rumeurs enflées par des histoires de naufrages, de superstitions et de vengeances.
Pour beaucoup le coupable est connu. C'est le capitaine Sousa. Le problème est qu'il a péri en mer suite au naufrage de son bateau. Mais plusieurs habitants de Panxón sont certains de l'avoir aperçu et jurent qu'il est venu se venger. D'ailleurs n'a-t-il pas peint une date et une inscription sur la barque du Blond ? Alors pourquoi ne l'aurait-il pas tué ? Les langues vont bon train pour parler de ce fantôme et faire gonfler ce climat surnaturel. Mais il est beaucoup plus difficile de les faire vraiment parler.

Une des particularités du roman est que Domingo Villar a choisi de ne pas numéroter chacun des chapitres. Il a préféré les commencer par un mot ou un verbe accompagnés de leurs différentes définitions en guise d'éclairage sur ce qui va suivre, montrant qu'en toute chose il peut y avoir des nuances, des variations ou carrément un sens caché. Avec en trame de fond le regret sous toutes ses déclinaisons : que le sujet soit celui d'un parent proche, de l'être aimé, d'un acte qui force à se taire, qu'on porte comme un boulet, qui pousse à la crainte.
En fait La Plage des noyés est avant tout un roman qui manie toutes les formes qui font que les personnes se sentent mal durant des lustres.


On en parle : L'Indic n°11

Citation

Les cadavres n'étaient à ses yeux que des véhicules pour résoudre les affaires, des figures en noir et blanc. Cependant, chaque détail intime ajoutait une touche de couleur qui, peu à peu, faisait apparaître les être humains tapis derrière l'enquête criminelle.

Rédacteur: Fabien Maurice lundi 13 juin 2011
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