Le Dernier stade de la soif

Des années, des années s'écoulèrent, ramenant les mêmes occupations, les mêmes divertissements, les mêmes ennuis. Il vécut des jours, des milliers de jours, tous pareils, tous monotones. Après chaque repas sa pipe, chaque soir son journal, chaque semaine sa femme.
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Mémoires - Noir

Le Dernier stade de la soif

Psychologique - Social MAJ samedi 06 août 2011

Note accordée au livre: 6 sur 5

Grand format
Réédition

Public averti

Prix: 23,5 €

Frederick Exley
A Fan's Notes - 1968
Préface de Nick Hornby
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Philippe Aronson, Jérôme Schmidt
Toulouse : Monsieur Toussaint Louverture, février 2011
446 p. ; 20 x 14 cm

Un dernier pour la rouste

Le Dernier stade de la soif n'est certes pas un polar mais frise à plus d'un titre le roman noir. Nick Hornby le dit tout net dans sa préface : "Parfois, on lit Le Dernier stade la soif du bout des doigts, horrifié mais fasciné."

Frederick Exley nous enfonce dans cette Amérique dans laquelle il ne se reconnaît pas. Passant de bar en bar, de rêve d'héroïsme littéraire en contemplation des nuages affalé sur le canapé de sa mère, d'hôpital psychiatrique en chambre d'hôtel. Et partout : un verre à la main. Le narrateur boit pour oublier qu'il ne peut pas s'arrêter de boire. Exley se raconte, dans cette autobiographie fictive : "Depuis le temps que je raconte cette histoire, à force d'y ajouter une touche captivante par-ci et d'omettre par-là quelques détails ennuyeux, la légende est devenue si esthétiquement parfaite que je la préfère aux faits réels, qui divergent sans doute à plus d'un titre de ma propre version."

Se perdant dans la chronologie, dans ses voyages, dans ses petits métiers provisoires auxquels il ne croit jamais vraiment. L'idéal serait un métier où il pourrait boire, l'idéal serait un métier qui ferait de lui une vedette de la littérature, un peu l'équivalent de Gifford dans le football. Le football, justement, l'une des passions d'Exley. Il ne manquerait pour rien au monde un match des Giants de New York où évolue ce fameux Gifford, son double rêvé. Parce qu'il ne lui reste que ça à Exley : le rêve. Ses rêves d'écriture qu'il fait à longueur de semaine, ses rêves d'une Amérique où il se sentirait chez lui, où on l'accepterait tel qui est.

Un livre percutant sur l'écriture, la déchéance, la perte de soi. Exley se perd, s'enfonce et dérouille salement. Pour autant, il ne manque pas l'occasion de faire rire son auditoire, son lecteur et souvent il fait mouche. Il nous amène à la rencontre d'une multitude de personnages secondaires à la fois graves, ridicules et pathétiques, comme Mister Blue qui n'hésite pas à faire une série de cinquante pompes dans la rue, tout en interrogeant son entourage sur son obsession : le cunnilingus ; comme Bumby, le beau-frère d'Exley, qui réinvente la mort de ses parents et qui prend un malin plaisir à liquider tous les chats qu'il trouve. On en oublierait presque, parfois que le sujet est grave. Un livre grave, drôle, envoûtant et déprimant. Un livre qui reste, qui marque et qui fait déjà date.

Citation

Je me levai et, frémissant de rage, m'échappai du bar, car je venais de comprendre que si elle l'avait pu, ma ville natale m'aurait certainement radié de quelque chose... de la race humaine de préférence.

Rédacteur: Gilles Marchand mardi 19 juillet 2011
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