Crimes au village : histoire(s) de la criminalité ordinaire au XVIIIe siècle

J'ai rencontré l'homme qui devait devenir mon mari. Il était beau, il était riche, il avait une voiture sport qui m'impressionnait beaucoup. Les filles de maintenant épousent souvent des autos. C'est un mal du siècle !
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Essai - Policier

Crimes au village : histoire(s) de la criminalité ordinaire au XVIIIe siècle

Faits divers MAJ lundi 25 juillet 2011

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Public connaisseur

Prix: 24 €

Fabrice Mauclair
Préface de Benoît Garnot
La Crèche : Geste, janvier 2011
328 p. ; illustrations en noir & blanc ; 24 x 17 cm
Coll. "Histoire"

Du blasphème à l'homicide

Fabrice Mauclair, docteur en Histoire moderne, s'est intéressé pour sa thèse aux archives judiciaires des XVIIe et XVIIIe siècles produites par les "justices de village", c'est-à-dire, ici, la justice seigneuriale du duché-pairie de Château-la-Vallière et celle de la baronnie voisine de Saint-Christophe-sur-le-Nais, situées actuellement au nord du département d'Indre-et-Loire dans la région dite de "la Gâtine Tourangelle". Ces "masses dormantes" de documents, nous avertit l'auteur dans son introduction, pas toujours faciles d'accès, permettent aux historiens de connaître la criminalité qui avait cours dans la France rurale d'autrefois. Ainsi, par un classement rigoureux, Fabrice Mauclair dresse le plan de son ouvrage selon une progression rigoureuse et novatrice. Les cinq grands chapitres : L'Autorité mise à mal, Les Atteintes à la propriété, La Violence et la mort, Désordres familiaux, et Mauvais sujets sont déclinés en sous-chapitres titrés puis en articles plus pointus regroupant des faits s'étendant sur un siècle (de 1696 à 1790). En annexe, les tableaux récapitulatifs des méfaits, les étapes de la procédure criminelle, un lexique et une bibliographie viennent compléter cet ouvrage abordable et passionnant.

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, la justice de l'Ancien Régime n'était pas expéditive. Il y avait toujours moyen de faire appel auprès des tribunaux de Paris qui se montraient plus cléments. Fabrice Mauclair couvre tous les "crimes" du plus petit au plus grand. Les viols sont rarement dénoncés, les auteurs de "rapts de séduction" (enlèvement d'une jeune fille dont le père n'a pas donné consentement) passibles de la peine de mort ne sont pas condamnés, tout comme les braconniers qui utilisent des "fusils brisés" c'est-à-dire démontables. Les mères infanticides échappent à la condamnation à mort. Au chapitre des injures, les condamnations pour blasphème disparaissent au cours de ce siècle des Lumières. Les mots "bougre", "gueux", "fripon" sont les plus employés pour les hommes, tandis que pour les femmes, l'injure la plus courante est "putain", parfois précédée de "sacrée", "vieille" ou "bougresse de". Dans les affrontements physiques, les premières armes qui tombent sous la main sont souvent des outils agricoles, sans parler des épées et des fusils parfois à baïonnettes. Pourtant les crimes de sang s'avèrent rares. L'auteur en cite plusieurs restés impunis car les coupables s'enfuient et changent d'identité quand ce n'est pas l'évasion pure et simple des prisons mal gardées. Les cadavres trouvés dans la nature sont autopsiés. On apprend qu'en Anjou, les deux principales causes de morts accidentelles sont les noyades en rivière et les loups. Mais les experts savent reconnaître un crime. L'arsenic est détecté tandis que les poumons des soi-disant morts-nés sont testés selon l'expérience connue sous le nom de "docimasie pulmonaire hydrostatique" : on prélève un lobe de poumon et on le place dans l'eau. S'il flotte, c'est que l'enfant a respiré et qu'il n'était pas mort-né. La fille Micheaux a donc menti. Après un an de conditionnelle pour supplément d'information, elle sera libérée.

Finalement, trois pendaisons effectives seront réalisées en un siècle sur le territoire. Jean Mousset, pour vol en 1717, puis un père et son fils, Pierre et Urbain Bardet, sabotiers, pour le meurtre d'un garçon sabotier en 1729 (à cette occasion, on apprendra que le bourreau venu de Tours trouvant son défraiement trop bas, a refusé l'exécution et qu'il s'est retrouvé en prison avant d'obéir le lendemain). Toutes les autres peines capitales (par pendaison ou roue) sont transformées en années de galère, ou bénéficient du délai d'instruction qui, n'amenant rien de nouveau, débouche sur une libération un an plus tard. La plupart des condamnations à mort, et c'est la grande information de cet ouvrage, sont prononcées par contumace, car le coupable s'est enfui. Très souvent, pour marquer la décision de justice qui s'empare alors légalement des biens du coupable, la peine capitale est alors pratiquée par "effigie", c'est-à-dire que le bourreau est appelé et "doit procéder à un simulacre d'exécution en recourant, selon l'usage de l'époque, à des tableaux sur lesquels sont représentés les portraits des suppliciés". C'est ce qui se passe lors de la pendaison de Jean Mousset en 1717 où il est encadré par deux tableaux, pendus eux aussi, représentant ses complices. En 1733, le noble Antoine Dupré de la Carte condamné pour le meurtre de son voisin et le fermier Urbain Thibault convaincu de l'empoisonnement de son frère et de deux domestiques seront eux aussi sur l'échafaud de cette manière toute virtuelle.

Justement, Fabrice Mauclair consacre cinquante pages au "méchant noble : Antoine Dupré de la Carte" et détaille son parcours procédurier. Hélas, si l'affaire colle bien au sujet de la thèse, la lecture en est fastidieuse. Sans doute, aurait-il fallu développer plus d'histoires, comme celle de la fille Micheaux, ou celle de l'empoisonneur, pour sortir de l'optique universitaire. Mais le livre, très ordonné, rigoureux, reste passionnant pour ses étonnantes informations.

Citation

Trois types d'individus sont particulièrement la cible de ces violences gratuites perpétrées par des hommes d'âge mûr : les domestiques, les mendiants et les enfants.

Rédacteur: Michel Amelin lundi 25 juillet 2011
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