Le Soleil se lève à l'est

Si les homicides avec vol à main armée prémédités y sont rares, c'est qu'ils exigent un niveau de préparation, d'entreprise et de sobriété qu'on rencontre peu souvent chez les délinquants indolents de cette île.
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jeudi 14 novembre

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Roman - Noir

Le Soleil se lève à l'est

Social - Braquage/Cambriolage MAJ mercredi 03 août 2011

Note accordée au livre: 3 sur 5

Poche
Inédit

Tout public

Prix: 12 €

Christian Gouy
Lille : TheBookEdition, mars 2011
226 p. ; 17 x 11 cm
ISBN 978-2-9536235-2-9
Coll. "Polars & thrillers"

Des belles caisses et un beau casse

Ludo et Alex, deux rudes gaillards issus du monde des gens du voyage se retrouvent à Nantes pour monter une magouille financière autour de la reprise d'une entreprise de téléphonie en redressement judiciaire. Alex "vit dans une caravane. Il sait à peine lire et écrire mais sait beaucoup plus de choses sur ce monde que de nombreuses personnes sachant lire." Ludo, au contraire est un amoureux des livres et des belles voitures (passion qu'il partage de toute évidence avec l'auteur qui donne parfois l'impression d'avoir fait le pari de citer le plus de marques possibles de bagnoles de luxe au cours de son récit !). Mais à part ça il a gardé de ses racines nomades l'habitude de vivre simplement et sans attaches.

Alors que leur arnaque à la reprise d'entreprise prend mauvaise tournure et que leurs ressources commencent à diminuer durement, ils changent de cible et organisent l'attaque d'un dépôt de lingots d'or. Ce casse, réussi sans encombre, les entraîne bientôt en Italie et en Croatie à la recherche de riches intermédiaires susceptibles de les aider à refourguer leur stock de métal précieux. En route ils s'associent à Vadim et à Mirko, deux têtes brûlées toutes aussi désabusées qu'eux.

L'intrigue, disons le sans détour est maigre et est même parfois traitée avec un peu trop de désinvolture. Les rares scènes d'action (l'attaque du dépôt d'or et, vers la fin, l'assaut de la résidence d'un gangster israélien) ne s'étendent que sur quelques brèves pages pauvres en détails, comme si l'auteur avait voulu s'en débarrasser au plus vite. Ce qui est peut-être le cas d'ailleurs tant on sent que l'important dans ce livre, pour Christian Gouy, n'était pas tant de raconter une histoire que de tisser une toile de fond à ses personnages aussi originaux qu'attachants.

Car Ludo, Alex, Mirko et Vadim ne sont pas des truands comme les autres. Ils n'aiment pas faire de mal inutile (il n'y a qu'un seul mort, il me semble, dans le roman et encore, tout à la fin, dans l'épilogue : autant dire qu'il ne compte pas) et ne se soucient pas plus que ça de devenir riches et de vivre comme des princes. Intimement convaincu que "le salariat amèn[e] à la servilité", ils ne peuvent simplement plus imaginer de vivre dans "un monde en noir et blanc, entre ceux qui subissent, ceux qui survivent, ceux qui profitent et des flics au milieu". Ce ne sont pas à proprement parler des rebelles car ils n'ont aucune revendication à défendre. Leur combat n'a rien de politique, ce ne sont pas des Robin des Bois. Ils ont juste jeté l'éponge de la norme sociale et refusent de jouer le jeu selon les règles qu'on veut leur imposer. Ce sont des "anarchistes, hein ?" demande un des protagonistes. "Probablement ! répond Ludo, ou asociaux, marginaux, sociaux délinquants. Ce qu'on veut. On n'impose pas aux autres un changement du monde, on s'est juste changé le notre."

C'est ce regard sans espoir porté sur la vie qui constitue à mon sens l'essentiel du charme du livre de Christian Gouy, regard qui n'est pas sans faire écho à la posture "philosophique" de la bande à Bonnot ou à celle mise en scène par Malet dans La Vie est dégueulasse, par exemple (il faut bien caser une référence ou deux pour faire plus pro !).

Bref, malgré quelques petits défauts habituels dans les livres publiés à compte d'auteur (vilaines fautes d'orthographe, déséquilibres dans la composition, quelques relâchements dans l'écriture, autant de travers qu'un vrai travail éditorial tend à effacer) voilà néanmoins un roman parfaitement honorable qui, s'il ne révolutionne pas le monde du polar, ne se contente pas non plus d'en recopier bêtement les clichés, ce qui n'est déjà pas si mal.

Vous pouvez retrouver toutes les chroniques à L'Heure des comptes !

Citation

Un salarié, ça ferme sa gueule ; c'est même pour ça qu'on les recrute.

Rédacteur: Stéphane Beau lundi 25 juillet 2011
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