Flétrissure

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lundi 14 octobre

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Roman - Noir

Flétrissure

Historique - Guerre MAJ mardi 04 octobre 2011

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22,5 €

Nele Neuhaus
Tiefe Wunden - 2009
Traduit du par Jacqueline Chambon
Arles : Actes Sud, septembre 2011
358 p. ; 24 x 14.5 cm
ISBN 978-2-7427-9908-4
Coll. "Actes Noirs"

Actualités

  • 12/10 Édition: Parutions de la semaine - 12 octobre
    Jan Costin Wagner chez Jacqueline Chambon, Franck Thilliez au Fleuve noir, Jim Nisbet chez Rivages, Ruth Rendell aux 2 Terres, Frédéric Lenormand chez Fayard ou encore Graham Hurley au Masque : que des auteurs qui ont l'habitude d'apparaître chez ces éditeurs de façon cyclique. Chacun y trouvera ce qu'il cherche avec du thriller (auquel au Fleuve noir on pourrait ajouter Hervé Commère), du procédural (il y a également le retour de Laura Lippman au Toucan), du social, du noir, de l'historique. Au rayon des heureuses surprises, il faudra aller voir dans cette anthologie sur Haïti des éditions Asphalte et dans cet Adios Mexico chez Autrement. Alors que Jean-Paul Gawsewitch continue ses rééditions de l'œuvre de Maurice Leblanc, L'Opportun propose cinquante nouvelles inédites du père d'Arsène Lupin. Le Masque poche dans une nouvelle charte graphique sujette à caution présente des romans divers et variés aux qualités elles aussi diverses et variées. Philip Kerr et Fred Vargas sont ainsi dans cette première livraison avec des romans de jeunesse, quant à l'éternel John Buchan malheureusement présent dans une traduction vieillote, il est éternel avec ses Trente-neuf marches. Il doit se trouver ici et là quelques auteurs nordiques aisément identifiables...

    Grand format :
    Miroir, d'Alick (Rebelle, "Sans visage")
    Méprise judiciaire, de Philippe Arnaudet (Terre des Graves)
    Pars et ne dis rien, de Philippe Bouin (L'Archipel)
    Le Deuxième homme, de Hervé Commère (Fleuve noir, "Thriller")
    Michelangelo et le banquet des damnés, de Didier Convard (Fayard, "Thrillers")
    Adios Mexico, de Joaquin Guerrero Casasola (Autrement)
    Haïti noir, anthologie dirigée par Edwidge Danticat (Asphalte, "Noir")
    Tabou, de Casey Hill (Les Escales)
    Une si jolie mort, de Graham Hurley (Le Masque, "Grands formats")
    Défendre Jacob, de William Landay (Michel Lafon)
    L'Aiguille creuse : et autres histoires, de Maurice Leblanc (Jean-Claude Gawsewitch, "Les Aventures extraordinaires d'Arsène Lupin)
    La Longue marche du juge Ti, de Frédéric Lenormand (Fayard, "Policier")
    Celle qui devait mourir, de Laura Lippman (Le Toucan, "Noir")
    La Revanche de Mike Larsson, de Olle Lönnaeus (Liana Levi, "Policier")
    Le Voleur de cadavres, de Patrícia Melo (Actes sud, "Actes noirs")
    Le Cercle, de Bernard Minier (XO)
    Blanche-Neige doit mourir, de Nele Neuhaus (Actes sud, "Actes noirs")
    Traversée vent debout, de Jim Nisbet (Rivages, "Thriller")
    Mon plus vieil ennemi, de Ruth Rendell (Les 2 Terres)
    La Fille des souterrains, de Anders Roslund & Börge Hellström (Presses de la Cité, "Sang d'encre")
    Le Tableau de Pilate, de Graig Smith (Jean-Claude Lattès)
    Atom[ka], de Franck Thilliez (Fleuve noir, "Thriller")
    12:21, de Dustin Thomason (Calmann-Levy, "Suspense")
    Lumière dans une maison obscure, de Jan Costin Wagner (Jacqueline Chambon, "Roman policier")
    Conséquences, de Darren Williams (Sonatine)

    Poche :
    Le Secret d'Eunerville : Arsène Lupin, de Pierre Boileau & Thomas Narcejac (Le Masque ("Poche jaune")
    Les Trente-neuf marches, de John Buchan (Le Masque, "Poche jaune")
    La Poursuite, de Clive Cussler (LGF, "Thriller")
    Le Thé des trois vieilles dames, de Friedrich Glauser (Zoé, "Poche")
    L'Incendiaire, de Jón Hallur Stef´nsson (Babel, "Noir")
    La Tulipe du mal, de Jörg Kastner (LGF, "Policier")
    Chambres froides, de Philip Kerr (Le Masque, "Poche jaune")
    Cyanure, de Camilla Läckberg (Babel, "Noir")
    La Constance du jardinier, de John Le Carré (Pointdeux, "Pointdeux")
    L'Évangile selon Francy, d'Amanda Lind (Pocket)
    Sérum : saison 1.4, de Henri Lœvenbruck & Fabrice Mazza (J'ai lu, "Policier")
    Les Violeurs d'âme. 1. Le psychopompe, de Dominique Maisons (Pocket, "Thriller")
    Sauvetage fatal, de Kate Morgenroth (Pocket, "Thriller")
    Flétrissure, de Nele Neuhaus (Babel, "Noir")
    Le Chat aux aguets, de Jean-Paul Nozière (Rivages, "Noir")
    La Bibliothèque de Villers ; suivi de Tombeau d'Agatha Christie, de Benoît Peeters (Espace Nord, "Roman")
    Le Piège de l'architecte, de Douglas Preston & Lincoln Child (J'ai lu, "Thriller")
    Bad Boy, de Peter Robinson (LGF, "Policier")
    Rennes de la nuit, d'Alain Stéphan (Jean-Paul Gisserot, "28-8 police !)
    Vertige, de Franck Thilliez (Pocket, "Thriller")
    Les Jeux de l'amour et de la mort, de Fred Vargas (Le Masque, "Poche jaune")

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Blessures de guerre

Flétrissure n'est définitivement pas le mot de la langue française le plus rempli de charme mais il aurait été difficile d'en trouver un plus approprié comme titre au roman de Nele Neuhaus tellement il colle à l'ambiance décrite par cet auteur allemand qui rejoint la longue liste des Reines du polar. On en retrouve au fil des pages tous les sens, telles les traces du passé bien souvent ineffaçables, voire à peine camouflables, les atteintes à la réputation égratignant méchamment l'honneur des personnes visées, ou encore les blessures du cœur et de l'âme pouvant être ressenties comme des marques au fer rouge. En se plongeant dans la lecture de Flétrissure, on entre dans le récit du déshonneur et de l'ignominie.

David Goldberg a tout d'un vieil homme respectable. Devenu citoyen américain suite à son exil volontaire d'Allemagne à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, il a décidé de rentrer finir sa vie dans son pays natal. Un matin de printemps, il est retrouvé mort dans sa maison, horriblement exécuté d'une balle en pleine tête. Rien n'indique une effraction, au contraire tout semble montrer que le défunt connaissait son assassin. L'affaire pourrait donc se révéler délicate, l'image du crime antisémite, et qui plus est sur un citoyen américain, commence à apparaître. Le duo policier mis sur l'enquête va devoir la jouer serrée. Le commissaire Oliver von Bodenstein, épaulé de sa collègue Pia Kirchhoff, a toutes les aptitudes nécessaires à résoudre une telle énigme. Le premier indice trouvé sur un mur est une suite de chiffres tracés avec le sang du mort, qui ne semble cependant pas avoir une évidente signification. Mais à l'autopsie tout se complique. Les traces d'un ancien tatouage volontairement effacé sont découvertes sur le bras gauche de Goldberg, celui de son groupe sanguin. Comment ce respectable vieillard juif de quatre-vingt-douze ans, ancien rescapé des camps de la mort, peut-il avoir la marque infâme de reconnaissance des membres de la SS ? Le commissaire n'a que le temps de se poser la délicate question avant que l'affaire ne lui soit retirée sur ordre du Ministère de l'Intérieur à la demande express du consul général américain. La frustration de von Bodenstein ne sera que de courte durée car d'autres meurtres atroces et mystérieux de personnes âgées vont suivre. L'enquête est relancée et le lien entre les différentes affaires est plutôt facile à faire. Rapidement les premières investigations vont l'amener à s'intéresser à une respectable famille de Francfort, une de celles qui semblent intouchables en raison de leur place dans la très bonne bourgeoisie. Mais ce n'est peut-être qu'une façade derrière laquelle les secrets sont camouflés de génération en génération.

C'est un roman très dense et intense que nous offre Nele Neuhaus pour sa première publication en France. Elle nous entraîne de rebondissement en rebondissement, met en place une intrigue forte aux ramifications multiples et insoupçonnées. Elle raconte l'histoire d'une vengeance qui a mis du temps avant de frapper, désintégrant des vies qui se sont construites dans la tromperie et sur des mensonges datant d'une période tellement difficile qu'il est encore, aujourd'hui, bien délicat de l'affronter sans ressentir de la honte. Rien n'est laissé au hasard. Ni les personnages nombreux, ni les situations finement détaillées. Tout semble, au contraire écrit de façon précise pour servir l'enquête et uniquement l'enquête. Exactement comme le duo de policiers qui fonctionne à merveille. Ils sont complémentaires au niveau caractère pour former le binôme parfait. Nele Neuhaus nous donne de leur vie privée que ce qui est uniquement nécessaire pour étoffer leurs portraits. Elle en fait des enquêteurs forts et attachants mais avant tout toujours au service de son intrigue, de ce gigantesque puzzle dont les pièces vont finir par s'imbriquer les unes aux autres. Mais le point fort reste cette triste saga familiale aux travers ancrés dans la tourmente et les atrocités commises durant cette période qui a tant bouleversé le visage de l'Allemagne. Et si il est possible de croire les sujets issus de la Seconde Guerre mondiale un peu éculés, voire faciles, Nele Neuhaus démontre avec un talent magistral qu'il est encore largement possible de construire de bonnes histoires avec comme toile de fond l'Histoire contemporaine.

Les seuls véritables gagnants sont les deux policiers qui, durant l'enquête, ont renforcé leurs liens professionnels. Cette complicité rehaussée, voulue par l'auteur, va certainement permettre de les retrouver en héros dans de prochains livres. Et si les intrigues à venir ont la même force, Nele Neuhaus risque de donner, à n'en pas douter, encore d'excellents moments de lecture policière.

Citation

On le murmure déjà en interne depuis un moment. Bodenstein éteignit la lampe de son bureau. Nierhoff craint des problèmes diplomatiques. Dans une enquête comme celle-ci il n'y a aucune couronne de laurier à récolter, c'est clair.

Rédacteur: Fabien Maurice jeudi 09 janvier 2014
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