Bienvenue à Oakland

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samedi 19 janvier

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Roman - Noir

Bienvenue à Oakland

Social - Urbain MAJ mardi 25 octobre 2011

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22 €

Eric Miles Williamson
Welcome to Oakland - 2009
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Alexandre Thiltges
Paris : Fayard, août 2011
412 p. ; 22 x 14 cm
ISBN 978-2-213-65425-6

La face sombre du rêve américain

Aux États-Unis, à côté des minorités raciales connues, les auteurs parlent parfois de la White Trash, ces pauvres Blancs qui vivent, non pas le rêve américain, mais l'envers ou l'enfer du décor : alcoolisés au dernier degré, vivant dans leur voiture, espérant une petite maison et une petite femme, ils ne tombent que dans les mains de celles qui leurs pompent leur argent directement puis par des pensions alimentaires. T-Bird Murphy justement est le personnage central de cette histoire, un White Trash qui vit à Oakland. Il possède un métier emblématique : ramasseur d'ordure avec son camion. Même s'il passe son temps à se laver il sent son métier. Pendant qu'il travaille, sa voiture a été squattée par un gang de Noirs qui en a fait son nid d'amour.

T-Bird Murphy tient cependant sa vengeance, sa revanche, car chaque jour, il incline légèrement sa benne pour que les jus de poubelles tombent sur la route et empuantissent les quartiers riches. C'est une maigre compensation, pourtant, à la différence de la plupart des White Trash, le narrateur a compris que le problème américain n'est pas racial mais d'ordre marxiste : il rêve du moment où les damnés de la terre monteront à l'assaut des villas de Blancs là-haut dans les collines - même s'il décrit la façon dont lui et les autres éboueurs façonnent les collines selon l'inspiration des urbanistes en déposant les ordures pour constituer les assises du développement urbain. Mais il ne peut que rêver.

Autour de lui, et de son activité de trompettiste, s'agitent tout un petit peuple qui se bat contre l'adversité dans une violence désordonnée qui ne sert pas à grand-chose : un père qui veut se remarier avec une jeune femme accueillante à tout mâle qui passe ; un ex-marine qui règle les problèmes de ses amis à l'aide de ce qu'il a appris à l'armée ; un paumé devenu tueur en série...

Longue et palpitante description rythmée par le style, où comme dans le jazz, on revient sur les mêmes thèmes, avec des variations qui amplifient à chaque fois le propos, le monologue du narrateur qui développe en une suite de longues scènes des événements de sa vie dans un désordre savamment construit, Bienvenue à Oakland n'est pas une descente aux enfers, car il n'y a ici ni chute ni rédemption, juste la description d'une vie "normale" où derrière la dureté des choses, Eric Miles Williamson raconte des moments de solidarité extraordinaire, rehaussés par des portraits de ces délaissés du rêve (un Australien devenu expert en tas d'ordures, un Noir ex-prisonnier de Saint Quentin, les travailleurs de force...) et une rage de se battre parfois se retournant contre soi-même, où connaître le mal qui vous ronge n'aide en rien à briser son impuissance.
Se construit sous nos yeux un grand roman noir, un scalpel élargissant une plaie béante, la fouillant jusqu'à la nausée.


On en parle : Carnet de la Noir'Rôde n°46

Nominations :
Trophée 813 Michèle Witta du roman étranger 2012
Prix du meilleur polar des lecteurs de Points 2012

Citation

Elle avait tout le temps la gueule en feu, avec un masque de moustache et de barbe là où elle s'épilait à la cire , le matin. Des fois, la cire n'éliminait pas tous les poils et ça lui faisait comme des gros câbles poilus dans le genre des barres d'armature.

Rédacteur: Laurent Greusard mardi 25 octobre 2011
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