Récits cruels et sanglants durant la guerre des trois Henri

Ils n'auraient pas eu l'air moins à l'aise s'ils avaient été assis dans la charrette des condamnés à mort, entourés d'individus parlant français.
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Nouvelle - Policier

Récits cruels et sanglants durant la guerre des trois Henri

Historique - Guerre MAJ lundi 14 novembre 2011

Note accordée au livre: 5 sur 5

Poche
Inédit

Tout public

Prix: 7,6 €

Jean d'Aillon
Paris : J'ai lu, septembre 2011
480 p. ; 18 x 11 cm
ISBN 978-2-290-03674-7

Trois énigmes finement ciselées

Ce recueil se compose de deux novellas (Le Capucin exorciste, Mourir sur les chemins de Compostelle) et d'une nouvelle ("Le Faux-monnayeur bouilli tout vif"). Les actions se situent entre 1584 et 1587. Jean d'Aillon met en scène dans les deux premiers textes le prévôt Nicolas Poulain et Olivier Hauteville dans la troisième. Les lecteurs fidèles du romancier ont déjà rencontré ces personnages dans la trilogie "La Guerre des trois Henri" (Jean-Claude Lattès, 2008 2009).

L'action du Capucin exorciste se place dans le milieu du tissage, entre des fabricants et des marchands qui sillonnent les grandes foires qui subsistent encore. Louise, une jeune femme prend la route avec Jacopo Spada, un soldat de fortune, pour retrouver ceux qui ont spolié ses parents en commandant de grandes quantités d'étoffes, sans les payer. Elle connaitra mille aventures. Elle se fera accuser de possession par un moine. Celui-ci est coutumier du fait. Il avait déjà dénoncé Jacopo. Nicolas Poulain est amené à s'occuper de cette affaire quand les victimes arrivent dans sa juridiction.

L'intrigue du Faux-monnayeur bouilli tout vif se passe à Paris dans le milieu des magistrats et des orfèvres. Un procureur au Grand Châtelet se fait reprocher de payer avec un faux écu. La fausse monnaie, à cette époque, est un des crimes les plus sévèrement punis. Il a peur d'être compromis et confond le compagnon orfèvre qu'il loge. Il lui prend les poinçons. Mais quand il doit faire face à des dépenses importantes qui serviraient son ambition, il n'hésite guère...

"Mourir sur les chemins de Compostelle", comme son titre l'indique, se déroule lors de pérégrinations, en Béarn. Un groupe, emmené par Regnault, un quéreur de pardons, est victime d'agressions, de rapines et s'amenuise. Le dernier à mourir est tombé dans le Gers en crue. Son corps est retrouvé et on découvre des épines volontairement mises dans ses chausses, pour le retarder. Les survivants rencontrent Olivier qui se rend à Pau, faire enregistrer son nouveau titre accordé par Henri de Navarre. Il subodore que le criminel fait partie du groupe...

Jean d'Aillon s'appuie, pour ces trois récits sur des écrits de chroniqueurs de l'époque. Ceux-ci, à l'instar de ce qui se faisait à cette période, relataient les crimes et passaient directement aux châtiments. Ils occultaient toute la partie recherche du coupable. Pour leur défense, cette phase leur était sans doute totalement inconnue. L'art subtil de Jean d'Aillon consiste à imaginer et construire toute une intrigue qui trouve une chute proche de la réalité historique, à partir de ces éléments succincts.

Il décrit un royaume de France ravagé par ce que les historiens ont appelé des Guerres de Religion, alors qu'il s'agissait, en fait, de guerres de pouvoir opposant des gens de religions différentes. Il définit, à travers mille détails passionnants, les incidences de ces conflits sur le peuple, un peuple inculte, manipulé, endoctriné, soumis à un clergé tout-puissant. Il décrit la mainmise sur les esprits, le poids moral de ces religieux qui pouvaient, au nom d'un dieu auquel ils ne croyaient guère, avoir quasiment droit de vie et de mort sur des individus. Il expose également des pratiques curieuses comme les billets de confession, les quéreurs de pardons. Ces derniers étaient des individus payés pour ramener de Compostelle, de Rome, voire de Jérusalem, des testimoniaux, des certificats de pardons au nom du mandataire qui se trouvait ainsi "blanchi".

Jean d'Aillon donne vie à une multitude de personnages dont nombre sont authentiques. À la lecture de ses romans, c'est un morceau de la Grande Histoire vue par le "petit bout de la lorgnette" qui revit sous les yeux du lecteur. Chaque apport véridique est fait dans le cadre de péripéties et n'obère jamais le cours de l'intrigue, le déroulement des actions.
L'auteur possède le talent de narrer de façon vivante et enjouée des histoires attrayantes aux énigmes finement ciselées.

Récit cruels et sanglants durant la guerre des trois Henri confirme l'œuvre de qualité d'un auteur de talent.

Citation

Des méchants vont dénoncer de pauvres gens en les accusant d'être hérétiques et on les jettera en prison sans même savoir s'ils sont protestants ! Chacun aura licence de tuer son voisin ou son ennemi en le déclarant suppôt de Calvin ou du Béarnais. Et les premiers qui seront dépouillés, ce sera nous parce qu'on a de l'argent !

Rédacteur: Serge Perraud mardi 01 novembre 2011
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