L'Apothicaire

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Roman -

L'Apothicaire

Historique - Énigme - Ésotérique MAJ jeudi 08 mars 2012

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22 €

Henri Lœvenbruck
Paris : Flammarion, octobre 2011
608 p. ; 24 x 15 cm
ISBN 978-2-0812-3327-0
Coll. "Thriller"

Une quête ésotérique de tous les dangers !

À travers le parcours de personnages atypiques, pour l'époque, Henri Lœvenbruck revisite un Moyen Âge qui reste encore méconnu pour l'état d'esprit qui y régnait. Il signe un livre-fleuve qui mêle, avec bonheur et érudition, enquête ésotérique, philosophie, aventures et complots mystérieux.

Ce 11 janvier 1313, Andreas Saint-Loup, dit L'Apothicaire, se réveille en sachant que cette journée sera différente des autres, sans imaginer toutefois à quel point. Jehan, son apprenti depuis six ans, a achevé son chef-d'œuvre et doit recevoir sa maîtrise selon les rites de la profession.
En descendant l'escalier, à mi-étage, il découvre une porte "oubliée" donnant sur une pièce dont il n'a nul souvenir. Sa perplexité est grande, mais Jehan le soustrait à son embarras en le pressant de venir à la cérémonie.
À Pampelune, un homme de sciences et de philosophie reçoit la visite de deux individus. L'un d'eux entreprend de décrire les moyens de torture inventés par l'homme et lui raconte, par le menu, le supplice d'un homme, à Toulouse. Puis, il lui demande le nom de celui qui est venu, il y a quelques années. Le philosophe, terrifié, lâche : "Andreas, Andreas Saint-Loup."
La jeune Aalis sort subrepticement de la maison de ses parents, à Béziers, pour rendre visite à Zacharias, un vieux juif qui vit dans une modeste capitelle bien à l'écart des remparts.
En rentrant à son apothicairerie, Andreas prend le parti de Magdala la Ponante et de deux "fillettes" (des prostituées) contre l'Échevin qui veut expulser les trois femmes. Il intervient auprès de l'abbé Boucel, ce prêtre qui l'a recueilli et élevé, car la maison relève de sa juridiction. Dans sa chambre, en regardant son portrait, il prend conscience que celui est inachevé, comme si une partie avait été effacée. Andreas ne comprend pas pourquoi sa mémoire lui joue des tours.
La défense des "fillettes" sert de prétexte à Guillaume de Nogaret pour le faire enfermer au Temple où il côtoie... Jacques de Molay. Son nouvel apprenti, maladroit, mais d'une intelligence supérieure, intercède auprès de l'abbé. Libéré, il doit fuir, après l'incendie de sa maison, et prend la route de Compostelle, où il a vécu dix ans. En chemin, il pourra rencontrer le maître d'une "Schola gnosticos", comme le lui conseille de Molay.
Aalis quitte Béziers après l'assassinat de Zacharias !

En plaçant son récit au début du XIVe siècle, à une période riche en mutations, Henri Lœvenbruck installe ses héros dans un cadre propice au développement d'une intrigue riche en bouleversements intellectuels et sociaux. Il invite son lecteur à suivre le parcours mouvementé de trois personnages principaux, multipliant les aventures, les rebondissements et les coups de théâtre, faisant de son docte héros, un aventurier.

Il intègre, parmi les protagonistes de son récit, des personnages authentiques tels Guillaume de Nogaret, un des conseillers les plus proches de Philippe Le Bel, Jacques de Molay, Charles de Valois... Il décrit, avec les avatars d'Andreas, la politique de l'époque et la recherche éperdue de finances tant de la part du roi que du pape. Ce dernier souhaitait mettre, sous la coupe de l'Église, la prostitution parisienne.

Il formule de brillants exposés sur un nombre impressionnant de sujets, depuis la description des tortures de l'Inquisition, la fabrication des draps, le travail du médecin, la réalisation des onguents et médicaments... Il fait référence à de nombreux ouvrages de l'époque, tant pour l'apothicairerie que la philosophie et les sciences. Il cite, par le biais de ses personnages, tant Thomas d'Aquin que Roger Bacon, Hippocrate que Galien ou le Nicolas. Il fait d'Andreas un maître dans l'art de la rhétorique, proposant, ainsi, des dialogues d'une éloquence brillante teintée d'un humour malicieux, faisant passer nombre des éléments de son intrigue par des échanges entre individus.

Pour raconter, l'auteur a su retrouver le ton, le style, des chroniqueurs du Moyen Âge, amateurs de phrases à rallonge. Comme eux, il prend les lecteurs à témoins pour exprimer l'ordre des événements, excuser et justifier ses digressions, ses retours en arrière. L'auteur indique que ce livre lui a demandé quatorze mois d'écriture. Mais qu'il se rassure, ce n'était pas du temps perdu.

Henri Lœvenbruck s'affirme, de roman en roman, comme un écrivain à l'imagination fertile, amoureux de textes de qualité. Dans L'Apothicaire, il construit une intrigue aux ressorts subtils et efficaces, servie par des protagonistes d'une grande humanité aux profils et caractères fouillés.

Citation

J'ai donc bien mieux à faire que d'aller parader dans les rues comme un baudet pour fanfaronner à côté de notre faux-monnayeur de souverain et de son égorgeur de Nogaret, dont le seul mérite, je dois l'admettre, est d'avoir taloché le pape. Il n'y a rien de plus inepte qu'une cérémonie religieuse, la foi est une affaire personnelle, et sitôt qu'on est plus d'un à parler de Dieu, on se trompe, si bien que je crois que, comme moi, Notre-Seigneur Soi-même s'en tape jovialement les divins testicules.

Rédacteur: Serge Perraud mardi 01 novembre 2011
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