Les Péchés de nos pères

Mais c'est l'inconvénient d'avoir eu des amis à un moment de sa vie. Quand ils vous font défaut, vous vous sentez soudain abandonnée, désemparée comme si l'ont vous avait trahie. Elle n'avait plus qu'à rejoindre son monde où les lois étaient simples : survivre comme l'on peut, sans rien attendre de personne.
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mercredi 23 janvier

Contenu

Roman - Noir

Les Péchés de nos pères

Social - Énigme - Corruption MAJ jeudi 15 décembre 2011

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22 €

Lewis Shiner
Black & White - 2008
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Fabrice Pointeau
Paris : Sonatine, septembre 2011
596 p. ; 22 x 14 cm
ISBN 978-2-35584-038-8

Une autre Histoire de l'Amérique

Michael en 2004. À Durham, en Caroline du Nord. Sa valise est prête. Depuis un mois. Sans qu'il parvienne à se décider à quitter la ville où son père est venu mourir d'un cancer du poumon. Une ville à l'agonie. Le rêve américain neurasthénique. Tournant aigre. Partout. Autant dans ce quartier noir américain défiguré dont il ne reste rien, que dans la haine des petits blancs à l'égard des noirs, plus vivace que jamais. Tout l'écœure dans cette Amérique profonde, mais Michael ne se décide pas à partir. Un lourd secret retient son père sur le seuil de mourir. Que Michael voudrait enfin percer. Alors il cherche, ici, sur les pas de ses parents, jeunes adultes en Caroline du Nord. Il cherche un secret vieux de trente-cinq ans. Parcourt la région, rend visite à son grand-père, un gros fermier de Caroline qui a fait sa fortune sur l'exploitation des noirs dans les champs de coton, puis de tabac, l'esclavagisme aboli. L'atmosphère est lourde, le récit, lancinant, se développe presque pesamment, comme dans un roman du Grand Sud profond qui saurait redonner vie aux petits blancs d'Hemingway. Michael finit par découvrir qu'il n'est pas né l'année où on l'a déclaré naître. Alors il va, vient, tourne autour de ce quartier détruit, Hayti, le quartier noir, traversé de part en part par les tronçons d'autoroute que son père a commencé de construire trente-cinq ans plus tôt. Qui était son père ?

Michael retrouve des témoins de l'époque, collègues de travail de son père, employés en fait non pas à la construction mais à la démolition du quartier noir, des années durant. Des hommes rompus par la fatigue d'une confidence qu'ils n'ont su faire : un soir de septembre 1969, son père et deux d'entre eux furent convoqués par leur patron pour couler en pleine nuit la pile d'un pont enjambant Hayti. Dans le coffrage de cette pile, un cadavre : celui de Barret Howard, militant noir particulièrement actif dans les années 1960. Michael somme son père de lui révéler toute la vérité, alerte la police qui trouve, en effet, trente-cinq ans plus tard, le corps du leader noir. Un énorme scandale dont les plaies ne semblent pas refermées : des activistes blancs tentent de dynamiter le chantier ouvert par la police, Michael est passé à tabac mais il s'entête et découvre la réalité des missions que son père accomplissait : la démolition d'Hayti mit les classes moyennes noires à genoux, le tout avec la complicité du gouvernement fédéral qui distribua à l'époque une manne énorme pour se débarrasser d'elles. On parla de réhabilitation, mais il s'agissait d'inaugurer ce qui allait devenir la gentrification des villes américaines. Se débarrasser des noirs. Michael croit avoir touché le fond de l'affaire, il n'a fait qu'en découvrir l'écume. Bientôt, les révélations le frappent de plein fouet : il est le fils métis de la femme de Barret, dont son père était l'amant... Collapsus.

Le jazz, les femmes, le racisme ordurier, cymbale ride, au loin les Carnegie fomentent des émeutes qu'ils savent pouvoir réprimer. La narration swing, toutes les années 1960 traversent d'un coup le roman. Les poules en Mercury noire, les grèves, les sabotages, Ray Charles et la destruction méthodique de toute une ville noire. Lewis Shiner nous balade avec brio dans cette Amérique des années de sa révolution culturelle, be-bop et Lindy Hop, le jeune Miles Davies balançant son "Birth of the Cool" et IBM fabriquant son premier ordinateur domestique pour occuper ses dividendes à détruire sauvagement Hayti, un quartier noir dont le monde a oublié jusqu'à l'existence. Un monde qui changeait de toute façon à la vitesse grand V entre 1964 et 1967, et que tous célébraient sans vergogne... Roman de la gentrification des villes américaines, c'est littéralement une autre histoire de l'Amérique qu'écrit Lewis Shiner, dans un beau souffle inspiré.

Citation

Saviez-vous que la Grande-Bretagne a envoyé plus de troupes pour protéger son commerce d'esclave à Haïti que pour combattre la révolution américaine ?

Rédacteur: Joël Jégouzo jeudi 15 décembre 2011
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