L'Enquête russe

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Roman - Policier

L'Enquête russe

Historique - Tueur en série - Assassinat MAJ mardi 07 février 2012

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 18,5 €

Jean-François Parot
Paris : Jean-Claude Lattès, janvier 2012
504 p. ; 20 x 13 cm
ISBN 978-2-7096-3694-0
Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire au Châtelet, 10

Ce qu'il faut savoir sur la série

Nicolas Le Floch vit dans la seconde moitié du XVIIIe siècle – il est né en 1740. Originaire de Guérande, il est un enfant trouvé adopté par le chanoine Le Floch. Il apprendra dès la fin du premier volet qu’il est en réalité le fils naturel du marquis de Ranreuil, dont il pensait n’être que le filleul. Il est donc le demi-frère d’Isabelle de Ranreuil, dont il était profondément épris… Il comprend alors pourquoi son supposé parrain a mis tant d’empressement à l’éloigner de sa fille, en lui fournissant de solides recommandations pour qu’il puisse aller s’établir à Paris. Voilà donc Nicolas arrivant dans la Capitale aux environs de 1760, où il sera reçu par le lieutenant général de police du roi, M. de Sartine. Son esprit vif, sa droiture et son dévouement au trône sont tout de suite appréciés ; la résolution d’une première affaire fort délicate lui vaut l’estime de son supérieur… et d’avoir ses entrées dans les espaces privés des souverains. Nommé commissaire au Châtelet, il sera plus particulièrement attaché aux "affaires spéciales" - en d’autres termes celles qui touchent de près ou de loin à la sécurité du royaume.
De volume en volume l’Histoire suit son cours et les personnages récurrents vieillissent ; l’effet de série est particulièrement soigné - l’on a donc tout intérêt à lire les romans dans leur ordre de parution, tant pour saisir la dynamique des événements réels évoqués que pour ressentir au plus juste la façon dont les personnages évoluent. Mais chaque récit fonctionne aussi comme une unité autonome qui peut ainsi attirer à la série son lot de néo-lecteurs.
Au plaisir de suivre des enquêtes policières tout en rebondissements qui mettent en valeur les capacités de raisonnement du commissaire au Châtelet et les aides précieuses que lui apportent ses acolytes – l’inspecteur Bourdeau, le chirurgien de marine Semacgus, le bourreau Sanson préposé aux "ouvertures" des corps, sans oublier son logeur, l’ancien procureur Aimé de Noblecourt – se joint celui de découvrir le Paris du Siècle des Lumières, que l’auteur ressuscite de très vivante manière.

Publiés d'abord chez Jean-Claude Lattès, les livres sont réédités en format poche dans la collection "Grands détectives" des éditions 10/18.

Au service... volant de Sa Majesté

En ce mois de mai 1782, Versailles est en émoi : le fils de Catherine II de Russie, le tsarévitch Paul, est attendu très bientôt avec son épouse. C'est une visite incognito – le couple voyage sous les noms de comte et comtesse du Nord. Mais c'est un incognito largement éventé ; et bien que dépourvue de caractère officiel, cette visite qui s'inscrit dans une sorte de "grand tour d'Europe" entrepris par l'héritier du trône impérial n'en a pas moins une très grande importance diplomatique. Catherine II entend en effet se mêler des tractations entre la France et les Insurgents américains, sur le point de conclure la paix avec l'Angleterre. La Prusse et l'Autriche voudraient elles aussi se joindre au concert – les enjeux sont de taille. Aussi est-il de la plus haute utilité que le roi soit informé des intentions réelles des Russes - c'est-à-dire de celles qu'ils dissimulent sous les attitudes affichées et les propos ouvertement tenus. Pour les sonder sans en avoir l'air, l'idéal serait qu'un agent du roi – par exemple le commissaire aux affaires spéciales, fort de son titre de marquis – pénètre les proches entours du tsarévitch, gagne sa confiance puis s'acquière son indéfectible reconnaissance. Comment ? En solutionnant pour lui une affaire délicate. Mais les événements n'allant pas toujours comme on souhaiterait qu'ils allassent, il convient de les forcer un peu, fût-ce par des moyens déshonnêtes...
Se mettent alors en branle de bien tortueuses manigances - l'on voit d'emblée rentrer sur la scène du récit un M. de Sartine au mieux de son machiavélisme bourru, lui qui, deux ans auparavant, avait été démis de ses fonctions de secrétaire d'État à la marine. Le roi lui ayant conservé son estime, Nicolas se doutait qu'il devait continuer à jouer quelque rôle occulte auprès du souverain. Ses soupçons se confirment quand, en accord avec le lieutenant général de police M. Le Noir, et le ministre des Affaires étrangères, M. Vergennes, Sartine lui donne licence pour organiser un cambriolage dans l'hôtel où loge la délégation russe – à seule fin de le résoudre promptement.

Avant même que ce déplaisant stratagème entre en ses prémices, un officier russe est sauvagement assassiné. Autour du corps mutilé sont semés des indices menant aussi bien aux Insurgents qu'à l'univers du jeu et de la prostitution. Puis le vol arrangé est court-circuité... par un double meurtre. C'est plus qu'il n'en faut à Nicolas pour s'immiscer dans l'entourage du tsarévitch. Se révèle alors peu à peu un véritable nid d'espions où pullulent messages chiffrés et identités d'emprunt avec, pour pimenter le tout, une intrigue annexe évoquant les crimes de Jack L'Éventreur.

Trop pour un seul roman ? Que nenni : ce récit-là est habilement troussé, le lecteur est gâté. Dans ce dixième volume - le numéro d'ordre y est-il pour quelque chose ? – Jean-François Parot déploie au mieux son talent de romancier feuilletoniste : il multiplie péripéties et indices énigmatiques en un bel effet cumulatif que n'altère aucune incohérence ; les aspects les plus rocambolesques de l'enquête conservent une vraisemblance de bon aloi et donnent au récit un piquant délectable. Si l'on retrouve, tels des signes de connivence adressés aux fidèles lecteurs, tous les tics narratifs propres à la série qui parfois lassent mais sans lesquels elle ne serait pas tout à fait elle-même - imagine-t-on un album d'Astérix dont la dernière image ne serait pas celle du banquet à sangliers ? Où l'on ne verrait pas Ordralphabetix houspillé pour son poisson pas frais ? - ils sont ici discrètement atténués. Ainsi l'auteur étouffe-t-il l'un des intermèdes culinaires en poussant l'un de ses personnages cuisiniers à refuser d'expliquer comment il prépare sa beuchelle au nom du... secret professionnel. Quant à l'effet d'attente sans quoi le feuilleton perdrait son pouvoir addicitif, on le verra subtilement ménagé par une rapide allusion à certain reliquaire, qui vient à point rappeler que Nicolas ignore toujours l'identité de sa mère...

Citation

Nous voilà bien avec ces Russes ! Un meurtre à élucider et un vol à organiser !

Rédacteur: Isabelle Roche vendredi 30 décembre 2011
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