Le Guérisseur

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vendredi 15 novembre

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Roman - Policier

Le Guérisseur

Tueur en série - Médical MAJ vendredi 20 janvier 2012

Note accordée au livre: 3 sur 5

Poche
Réédition

Tout public

Prix: 8,8 €

Inger Ash Wolfe
The Calling - 2008
Traduit de l'anglais (Canada) par Jean-Pierre Roblain
Paris : 10-18, novembre 2011
408 p. ; 18 x 11 cm
ISBN 978-2-264-05238-4
Coll. "Domaine policier", 4502

La dernière visite

La souffrance n'est pas chose aisée à supporter voire à endurer quand il s'agit de douleurs continues, allant même en s'amplifiant pour ne laisser au corps aucun répit, le mettant continuellement à l'épreuve. Le fait est encore bien plus dur lorsque la cause de tous ces maux est liée à une maladie irrémédiable entraînant petit à petit une personne vers la mort en donnant l'atroce impression de subir au quotidien une déchéance. Profitant de leur dernier moment de lucidité ou d'autonomie, certains décident par eux-mêmes d'abréger leur calvaire et leurs souffrances en cherchant une main secourable pour les aider à franchir cet ultime cap.

L'immensité du Canada offre un sentiment de quiétude et de douceur de vivre avec l'impression que jamais rien de grave ne peut arriver. Hazel Micallef n'est pas loin de partager cette idée. Elle est chef de la police dans la petite ville de Port Dundas. Les délits sont plutôt mineurs, un accident sans gravité, des ivrognes après une soirée trop arrosée, un animal sauvage un peu trop proche des habitations. À soixante et un ans elle se satisfait de ce poste d'intérimaire dans cet endroit où il ne se passe grand-chose. Elle a déjà fort affaire avec ses problèmes de dos qui ne la quittent guère et la cohabitation avec une mère qui veille sur le bon équilibre de son alimentation.
Mais à la découverte du corps atrocement mutilée de Delia Chandler, une paisible octogénaire, toute la tranquillité du coin va s'envoler pour laisser place à l'horreur. Elle est retrouvée morte bien calée dans son fauteuil, la tête presque décapitée et la bouche ouverte semblant pousser à jamais un dernier cri d'angoisse. Et en plus de ce spectacle effroyable des atrocités subies par cette vieille dame, les premières constations rendent ce meurtre encore bien plus mystérieux. La police ne va relever aucune trace d'effraction, Delia Chandler semble avoir fait rentrer son meurtrier de son plein gré comme si elle attendait et avait préparé sa visite. D'ailleurs elle semble avoir fait le ménage dans sa maison pour mieux l'accueillir. L'autre étrangeté dans ce meurtre est le mode opératoire de l'assassin. La mise en scène est théâtrale et finement préparée, semblant montrer que le meurtrier a passé plusieurs heures à tout mettre en place sans avoir la crainte d'être découvert. Il a empoisonné sa victime, l'a vidée de son sang, puis lui a presque coupé la tête. Hazel Micallef se pose beaucoup de questions, la première étant celle du choix de l'octogénaire. Son état de santé n'était un secret pour personne, elle était en phase avancée d'un cancer qui la grignotait petit à petit.
Quelques jours plus tard c'est un jeune homme qui va être retrouvé assassiné, le visage et les mains fracassés à coups de marteau répétés. Il était atteint d'une grave maladie l'handicapant fortement au point de l'empêcher de se mouvoir aisément. Les ressemblances entre les deux crimes sont évidentes. Le meurtrier était également attendu et a pris tout son temps pour le droguer du même produit avant de s'acharner sur lui.
Hazel Micallef comprend qu'elle se trouve en face d'un tueur en série, au profil très particulier, et qu'elle doit arriver à comprendre son fonctionnement qui parait suivre une logique de lieu et de temps. Elle pense que les victimes voyaient en lui une sorte de délivreur leur permettant de quitter ce corps de souffrances extrêmes. Il lui reste cependant à comprendre quelle est la nécessité pour Belladone de mutiler autant les corps.

Pas la peine de chercher une explication logique, il n'est aucunement question d'un guérisseur dans le roman comme tente de le faire croire le titre. Inger Ash Wolfe décrit le parcours et les macabres traces d'un exterminateur au profil compliqué. L'homme semble guider par un mysticisme religieux un brin tordu et complexe, choisissant ses victimes affaiblies physiquement et moralement. L'atmosphère de malaise est très réussie au début du livre, mais peine à aller crescendo et faire monter la tension au fil des chapitres malgré des descriptifs détaillées des atroces mises en scène sanglantes. Le personnage vraiment intéressant est celui d'Hazel Micallef qui est bien campé. Ses paroles ne font pas dans la dentelle et elle décide rapidement de faire face à cette enquête prise, peut-être par elle, comme un baroud d'honneur dans sa vie en demi-teinte. Celui de Belladonne est largement moins convaincant. Il perd en intensité au fur et à mesure qu'on en sait de plus en plus sur lui. Ses intentions et son besoin de mutilation des victimes restent très compliqués et ne semblent pas aboutis ou pleinement développés à la fin du roman.


On en parle : Alibis n°33

Citation

Son instinct lui disait que la résolution de cette affaire dépendait de la capacité de la police à protéger l'anonymat du tueur afin de renforcer son sentiment d'invulnérabilité. Elle était certaine qu'il disparaîtrait au premier signe de danger.

Rédacteur: Fabien Maurice mardi 10 janvier 2012
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