Le Sillage de l'oubli

J'imaginais sans peine, à une demi-siècle de distance, ce qu'elle avait supporté: l'hystérie, la méchanceté, la haine. Ces quelques semaines avaient sans doute semé chez elle les graines de la folie.
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mercredi 19 décembre

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Roman - Noir

Le Sillage de l'oubli

Ethnologique - Historique - Social MAJ lundi 05 mars 2012

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 23,5 €

Bruce Machart
The Wake of Forgiveness - 2010
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Marc Amfreville
Paris : Gallmeister, janvier 2012
334 p. ; 23 x 15 cm
ISBN 978-2-35178-049-7
Coll. "Nature Writing"

Le sang de la terre

Bruce Machart signe avec Le Sillage de l'oubli un premier roman parfaitement maitrisé et ancré dans la plus pure tradition des auteurs du Sud des États-Unis. À la lisière entre le western crépusculaire et le roman sociétal, Le Sillage de l'oubli est avant tout la narration d'une époque, de deux générations d'immigrés venus de Bohème, d'un hommage à la terre, et d'un révèlement de la douleur sous toutes ses formes.

Cela aurait pu être un roman à la chronologie linéaire, mais Bruce Machart avant de se mettre au Sillage de l'oubli n'oublie pas qu'il est professeur de creative writing, et qu'il a fait ses gammes en écrivant des nouvelles. Il déstructure donc cette chronologie tout en s'arrêtant sur des dates essentielles du clan Skala au Texas, où l'histoire débute en 1895. La plus importante des dates est assurément celle de la mort de la femme du patriarche au moment où elle enfante le quatrième rejeton. Le père alors va faire payer à ses enfants le poids de cette mort. Il va reporter toute son affection sur ses chevaux, et cet étalon qui gagne ses courses en même temps qu'il accroit, lui, ses terrains. L'arrivée d'un Mexicain et de ses ravissantes filles va bouleverser un peu la donne. L'émancipation des enfants, la fatigue du père, les roueries des voisins, l'importance du labeur : tout est alors parfaitement décrit.
Les pages résonnent au son de la tragédie. Il y a très peu de dialogues car dans le pays que décrit Bruce Machart, les gestes sont plus importants que les paroles. Un monde où l'homme règne en maître. Où il est souvent absent, trompe et trahie les femmes, a un code de l'honneur parfois bafoué qui induit que l'on s'arme non de patience mais d'un fusil à canon scié. Bruce Machart nous plonge alors dans un univers cyclothymique. Un balancier où toutes les humeurs sont déflorées, toutes les tumeurs révélées.

Certains l'ont comparé sûrement hâtivement à Cormac McCarthy oubliant que cet aspect terrien noir a d'abord été l'apanage d'Erskine Caldwell. Qu'importe ! L'essentiel est dans cette plume déjà affirmée, dans ces descriptions pleines et subtiles, dans cette brillante déclinaison-hommage à la terre, et aux souffrances qu'elle infante, qui perdurent et qui tracent un sillon inoubliable.

Citation

Mais aujourd'hui, alors que ça fait si longtemps qu'elle est partie, il force ses fils à travailler comme des bêtes de somme, il n'y a pas d'autres mot, et elle commence à comprendre comment on peut ne voir dans ses propres enfants que le vide qu'ils ont creusé autour de vous.

Rédacteur: Julien Védrenne lundi 05 mars 2012
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