La Belle vie

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dimanche 18 août

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Roman - Noir

La Belle vie

Urbain MAJ mardi 20 mars 2012

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 23,5 €

Matthew Stokoe
High Life - 2002
Préface de Dennis Cooper
Traduit de l'anglais par Antoine Chainas
Paris : Gallimard, février 2012
448 p. ; 23 x 16 cm
ISBN 978-2-07-013110-5
Coll. "Série noire"

An american dream

Ouvrir sa boite aux lettres pour y découvrir un colis rempli de services de presse est toujours un plaisir, mais lorsque celui-ci s'ouvre sur un Stokoe et un Incardona (Trash circus) on en ferait presque un sacrifice aux Dieux. Deux romans dont la noirceur, les images fortes, l'angoisse, l'obstination et la corruption des personnages, nous rappellent les liens qui peuvent se dessiner entre tragédie et roman noir. Deux romans lourds de sens et de puissance évocatrice aux plaisirs de lecture presque mitigés par une certaine forme de dégoût, de rejet. Il faut dire que ces deux auteurs ont laissé le trash, le sordide empiéter sur le noir, pour faire de leurs livres de véritables pamphlets. Mais ces types d'œuvres presque immorales n'en sont pas moins dénués d'intérêt. Si Incardona nous offrait en spectacle le monde décadent de la télévision et d'une certaine manière la médiocrité de notre société, Matthew Stokoe, lui, dans un roman plus ample et encore plus obscène, nous offre un roman satirique que l'on lit avec un plaisir honteux voire douteux.

À la façon d'un Breat Easton Ellis, Matthew Stokoe nous offre la possibilité de nous immerger dans l'envers du décor américain, à travers un personnage dont l'immoralité n'a d'égal que la superficialité, un homme qui n'est que le fruit de la dégénérescence d'un système ou plutôt d'un mythe et de ses valeurs matraquées à outrance. Ce mythe c'est la réussite, le succès, le tout incarné par l'American Way of Life, le matraquage c'est l'industrie hollywoodienne et les divers magazines people. Le fruit gâté de système c'est Jack, un homme qui en a pourtant bien assimilé les valeurs. Pour lui rien de plus important que la reconnaissance, le succès, et surtout l'argent et le confort que tout cela procure. Si Jack est venu s'installer à Hollywood, c'est pour prendre son dû, devenir présentateur télé et pénétrer la haute société. Mais pour le moment, il n'en est rien. Ni son travail au Paradis du donut, ni Karen, la prostituée qu'il a prise pour femme, ne lui donnent accès à cette vie rêvée. Au contraire, tout cela ne lui semble propre qu'à le plonger davantage encore dans le marasme de sa vie. Karen a pourtant bien essayé de contribuer à ce bonheur superficiel, preuve en est la voiture qu'elle lui a offert après la vente d'un de ses reins, avant d'être retrouvée morte quelques semaines plus tard totalement éviscérée. Pas de quoi bouleverser Jack, du moins émotionnellement, il faut dire pour sa défense que leur couple battait de l'aile. Celui-ci est même décidé à profiter de cette occasion pour remettre de l'ordre dans sa vie et reprendre son destin glorieux en main. Malheureusement pour lui, un contretemps se dessine, Ryan, policier envahissant et répugnant s'immisce dans sa vie. Amateur d'activités sexuelles en tout genre, le membre de la brigade des mœurs a longtemps joui des services proposés par Karen et se retrouve plutôt décontenancé par sa disparition. Aussi l'homme semble désormais désireux de trouver le responsable de sa mort, et le comportement impassible de son mari, fait de lui un coupable idéal. L'obstination de Ryan, et la disparition du relatif confort matériel que Karen apportait au couple, font que Jack va alors devoir prendre des décisions radicales pour échapper à sa misérable vie. Des décisions qui le conduiront dans les bas-fonds d'Hollywood, dans ce que la ville a de plus sordide à offrir que ce soit à la haute ou à la basse société. Dès lors, un déchainement de violence, de sexe et drogue l'attend sur le chemin censé le mener à la gloire.

Un chemin tortueux, sordide et immoral que Matthew Stokoe nous décrit avec forces détails, transgressant l'évocation pour s'adonner à un hyper-réalisme et dépeindre l'hyper-violence des comportements de ses personnages. La Belle vie est donc un roman excessif et dérangeant, comme peuvent l'être certains aspects de la société américaine voire occidentale, une satire insufflée par l'auteur qui seule semble justifier un tel déferlement de violence et d'avilissement. Un pamphlet virulent mais de qualité, à ne pas mettre entre toutes les mains.


On en parle : La Vache qui lit n°136

Citation

C'est comme prendre une torche et illuminer ce qu'il y a de plus sombre en moi. Tout le monde a des désirs secrets, désirs de meurtre et de torture, mais personne ne veut l'admettre. Et lorsqu'on s'y risque, on prétexte un moment d'égarement, un acte qui n'appartient pas à celui qu'on pense être. Mais nous incarnons la somme de nos désirs.

Rédacteur: Benjamin Fricard lundi 19 mars 2012
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