Arab jazz

Je suis toujours celui qui dérange ; c'est mon rôle. Pire encore, si je ne dérange pas, je me sens mal ; j'ai une peur si terrible de ressembler à mes sœurs si sérieuses, les pauvres.
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Roman - Policier

Arab jazz

Drogue - Assassinat - Procédure MAJ mercredi 21 mars 2012

Kupferstein et Hamelot

Karim Miské offre avec Arab jazz un premier roman d'une étonnante maturité avec une intrigue classique mais développée avec finesse, des dialogues enlevés, quelques grammes de sentiments dans un monde d'hyper-violence, et des personnages à la carrure intéressante qui évoluent dans un XIXe arrondissement parisien vivant.

Si, au départ, le roman peut paraitre prétentieux avec ses nombreuses références littéraires déclamées par Ahmed Taroudant, un lecteur-psychopathe de polars dont les mètres cube de livres qu'il stocke dans son appartement pourraient en faire le coupable idéal de cette enquête elle aussi policière, très vite il se dégage une atmosphère romanesque redoutable malgré l'atrocité du point de départ. Sa voisine, Laura Vignola, dont il était amoureux, est retrouvée violemment assassinée. Lui, fait le coupable idéal : il était amoureux, avait les clés pour arroser les orchidées en son absence : elle était en effet hôtesse de l'air, et si l'on se réfère à la chronologie des faits, il était sur les lieux du crime puisque c'est lui le premier à s'y être rendu.
C'est le moment que choisit Karim Miské, réalisateur de profession, pour introniser un couple d'enquêteurs que l'on est plus que sûrement amené à revoir. Rachel Kupferstein et Jean Hamelot. Kupferstein et Hamelot, ça sonne comme des personnages de Shakespeare. Par leurs études, ce sont des cinéastes refoulés. Mais ils ont une dose d'empathie alliée à une profonde expérience du crime. Ils savent que l'homme est innocent. C'est le début d'une enquête de voisinage pour démêler une intrigue qui allie les caïds du quartiers, leurs sœurs, un coiffeur juif, un libraire arménien, un restaurateur turc, des jumeaux américains, des Témoins de Jéhovah niortais et le Godzwill, une nouvelle drogue aux effets disons-le étonnants.

Mise à part la petite pastille bleue, le brassage ethnique est révélateur de ce que l'auteur entretient avec les différentes composantes de son identité. Il se dégage de cet arrondissement parisien un souffle, des bruits, des odeurs (sans que cela ne prenne une tonalité nauséabonde) que l'on vit. L'enquête policière avance cahin-caha, ce qui n'est pas un problème tant sa résolution surprendra car Karim Miské se facilite quelque peu la vie en la complexifiant ou en rendant certaines situations à l'orée de l'absurde ou du film de genre des années 1970. Il n'en demeure pas moins un très agréable moment de lecture, et l'on conserve par devers soi l'envie de retrouver les survivants dans une nouvelle enquête. Ce qui, somme toute, est le signe que cet homme, Karim Miské, a fait une belle entrée dans ces "Chemins nocturnes" !


On en parle : Alibis n°43 |L'Indic n°12 |La Tête en noir n°159

Récompenses :
Grand prix de la littérature policière - roman français 2012
Prix littéraire du Goéland masqué

Nominations :
Prix Polar Michel Lebrun 2012
Prix Landerneau Polar 2012
Prix de la ville de Mauves-sur-Loire 2013
Grand Prix des Lectrices de "Elle" Policier 2013
Prix Interpol'Art "Roman" 2012
Prix Mystère de la Critique 2013

Citation

En fait, j'ai toujours été convaincu que je ne pourrais aimer véritablement qu'une amatrice d'Ellroy, tout en pensant que cela n'existait pas. En tout cas, pas parmi les séduisantes.

Rédacteur: Julien Védrenne lundi 19 mars 2012
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