Franco est mort jeudi

Une pensée subite lui a traversé l'esprit : 'C'est ce genre de femme qu'un homme peut tuer.' Il n'aurait pas pu expliquer ce qu'il voulait dire exactement par 'ce genre de femme', mais il était persuadé que 'ce genre de femme' ne manquerait pas de s'attirer un jour la colère d'un homme qui la tuerait.
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mercredi 19 février

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Roman - Noir

Franco est mort jeudi

Historique - Drogue - Faits divers MAJ lundi 26 mars 2012

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 18 €

Maurice Gouiran
Paris : Jigal, septembre 2010
322 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-914704-72-4
Coll. "Polar"

Actualités

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    "La force de Serge Pey réside dans sa capacité à introduire de la poésie dans l'horreur. Tout est langue, tout est signe, tout est bibliothèque. La langue poétique de Pey, formidablement efficace, décode, déchiffre le monde à travers de courtes nouvelles terribles, audacieuses, insolites , graves ou tendres. Aller à la recherche du 'trésor de la guerre d'Espagne' c'est prendre le risque de chavirer et de ne pas sortir indemne de sa quête !" tels sont les propos d'un jury composé de Christiane Baroche, Frédérique Clémençon, Maylis de Kerangal, Gérard Audax, Jean-Marie Blas de Roblès, et Hervé Le Tellier. Lorsque l'on connait la qualité des textes publiés par Zulma, l'on ne peut que se réjouir d'un tel choix porté sur un recueil dont la thématique n'est pas éloignée du noir, tant l'on sait qu'il a donné de nombreux récits noirs et policiers (aujourd'hui encore, Maurice Gouiran avec Franco est mort jeudi en est une illustration ; un peu plus loin dans le temps, Alan Furst avec ses récits d'espionnage y fait souvent des haltes comme dans Les Soldats de la nuit). Il n'en demeure pas moins que Hervé Le Corre est l'un des rares auteurs de noirs chez qui la nouvelle est un art de l'écrit avec Marc Villard. Gageons qu'il se fera connaitre au Château de Chamerolles ou ailleurs avec plus de réussite !
    Liens : Les Soldats de la nuit |Stéphane Michaka |Hervé Le Corre |Alan Furst |Maurice Gouiran |Maylis de Kerangal |Marc Villard

  • 01/06 Édition: Parutions de la semaine - 1er juin

Marseille-Madrid-Marseille

Maurice Gouiran brasse de nombreux sujets dans Franco est mort jeudi, de la guerre d'Espagne aux problèmes économiques qui minent la cité phocéenne en passant par les très nombreux errements sentimentaux de son héros récurrent, Clovis. C'est ainsi qu'il nous convie à une intrigue qui nous plonge dans les méandres madrilènes, les non-dits d'une guerre civile et de la dictature qui s'ensuivit, et la mélancolie franquiste.

Tout débute naturellement à Marseille, ville de passion, ce qui n'est guère un secret. La langue est là, avec un phrasé qui hésite cependant à trouver certaines délimitations car, dans ce roman, la narration ne fait pas vraiment la distinction avec les dialogues ou les pensées des personnages. Il y a Manu qui vit de petits boulots au noir, et qui ne sont pas vraiment légaux. Il y a Patrice, son fils, surtout qui s'est mis en tête d'être à son compte au détriment d'une petite frappe locale, qui s'est empressée de lui demander avec insistance trente mille euros. C'est le déclencheur des ennuis, tout juste pondéré par l'apparition d'une lettre d'une cousine espagnole et inconnue de la famille. Cette histoire s'appuie sur trois générations, même si elle n'habitent pas sous un même toit. Élisa, mère de Manu, aujourd'hui décédée, avait fui à la fin de la guerre d'Espagne son pays natal pour les bords de la Méditerranée. Mais elle avait opté pour le silence qui va être brisé avec cette lettre.

C'est justement dans le récit de cette guerre d'Espagne que Maurice Gouiran nous offre quelques fulgurances romanesques et épiques. Il y a des conflits de pensée, des dissensions et déchirements familiaux, des biens que les franquistes s'approprient, des enfants enlevés à leurs parents, des familles déracinées quand elles ne sont pas emprisonnées voire exterminées, des histoires russes de l'époque de Staline avec le camp de Karaganda (sans compter des histoires russes contemporaines avec la mafia qui s'insinue un peu partout, mais là, on s'écarte de la période historique). Il nous invite à découvrir les conséquences actuelles dans le pays du poète fusillé Federico Garcia Lorca avec des nostalgiques en masse du Caudillo (le terme même de Caudillo est absent du roman alors que son nom intégral comme pour montrer l'emphase et l'ironie de la situation l'est à plusieurs reprises : Francisco Paulino Hermenegildo Teódulo Franco y Bahamonde), mais aussi en France, à Marseille, évidemment, avec les descendants de la retirada, ces Républicains espagnols qui ont franchi en 1939 les Pyrénées pour s'installer sur les bords de la Méditerranée.

Les petites histoires marseillaises n'apparaissent alors que comme une excuse en filigrane pour envoyer Clovis en terre madrilène. Il faut accepter ses élans sensuels et ses élancements sexuels. Les diverses enquêtes semblent au regard de toute l'Histoire déroulée bien minimalistes avec une conclusion bienveillante, mais entretemps Maurice Gouiran nous aura donné envie de visiter Madrid, de lire des poèmes de ces hommes meurtris, d'aller voir Guernica, ce tableau-témoin de Picasso des massacres hitlériens dans le village basque... Bref : de voyager et de nous cultiver, ce qui est une des vocations des romans !

Nominations :
Prix Polar Michel Lebrun 2011

Citation

Il ne termina pas sa phrase. Une des vertus du Glock est généralement de rendre muets les jacasseurs sur lesquels on les pointe.

Rédacteur: Julien Védrenne lundi 26 juillet 2010
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