Les Grandes affaires criminelles de Corrèze

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Essai - Policier

Les Grandes affaires criminelles de Corrèze

Faits divers MAJ jeudi 10 mai 2012

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 25 €

Jean-Michel Valade
Préface de Claude Michelet
Riom : De Borée, avril 2012
320 p. ; illustrations en noir & blanc ; 24 x 16 cm
ISBN 978-2-8129-0751-7
Coll. "Histoire et documents"

Pilon, poison et lettres anonymes

Dans l'opulente série de faits divers classés par département, par région, voire par thèmes que publie De Borée, voici une réédition du volume sur la Corrèze devenu d'actualité avec l'élection de notre nouveau président de la République. Jean-Michel Valade est professeur d'histoire-géographie au lycée Cabanis de Brive, et a publié de nombreux textes sur son département. Il nous livre ici un recueil de faits divers avec quelques dialogues novélisés teintés parfois d'humour et de mots de patois. Ils s'étalent de 1820 à 1964 avec un gros trou entre 1840 (la très célèbre affaire Marie Lafarge) et 1894 (celle de la domestique Jeanne Laurie, 1 m 36, marquée par la petite vérole, lourdement condamnée à cinq ans de travaux forcés pour infanticide). Afin de préserver les descendants toujours vivants, les noms propres sont anonymés à partir de 1942 (l'incendiaire Eugénie L.) ce qui fait quand même treize affaires caviardées par cette note durassienne s'accordant moyennement avec le caractère historique. Comme l'auteur le dit dans son évident avant-propos, la Corrèze est à la fin du XIXe l'un des départements les plus pauvres et arriérés. "L'alcoolisme chronique dans bien des campagnes corréziennes, joue aussi pleinement son rôle dans la violence au quotidien." Ainsi de nombreuses histoires du recueil ont-elles l'alcool comme élément déclencheur. Si bien que ce motif est tellement évident qu'une affaire comme celle de Charlotte Gasquet en 1933 (une fermière tue à coup de gros pilon son mari ivre qui s'en prend à son beau-père) rebondit d'une sensationnelle façon quand l'autopsie révèle qu'il n'y a pas d'alcool dans l'estomac de la victime. Deux affaires d'audience nationale voire internationale tiennent le haut de l'affiche : l'Affaire Lafarge (1840) et celle des "Lettres anonymes de Tulle" (1922). La première concerne une orpheline de bonne famille parisienne, Marie Cappelle, mariée par intermédiaire à un hobereau de Corrèze, Charles Lafarge. Le château espéré n'est qu'une grosse ferme et Marie se désespère dans cet univers. Charles Lafarge mourra et on accusera Marie de l'avoir empoisonné à l'arsenic. Une affaire de vol de bijoux antérieure vient plomber la défense tout comme les rapports des experts en toxicologie, comme le fameux Dr Orfila. Incarcérée à Tulle, Mme Lafarge demanda à ce que sa domestique le soit avec elle et elle obtint satisfaction ! Condamnée, elle écrivit ses mémoires d'une plume alerte et cultivée et devint une sorte de muse pour les romantiques. "L'Affaire des lettres anonymes de Tulle" entra elle aussi dans la légende judiciaire grâce à une autre bataille d'experts, non pas à propos de toxicologie, mais de graphologie, science soumise à réserves. Cette fois-ci c'est un autre pilier de la criminologie, le Dr Locard, qui devint célèbre. Depuis quatre ans, Tulle est au prise avec une incroyable affaire de lettres anonymes partie du "milieu fermé de la préfecture" et s'étendant à la ville tout entière. En 1921, l'anonyme décide de signer du mystérieux pseudonyme "Œil de Tigre" (référence à la pierre fine connue pour ses pouvoirs ?). Il abandonne ses lettres dans les lieux publics où elles sont découvertes. L'étau se resserre autour d'Angèle Laval, secrétaire de préfecture qui doit écrire des phrases test sous l'œil inquisiteur du Dr Locard... Pour ceux voulant enrichir leurs connaissances sur cette affaire qui fournit la matière première du film Le Corbeau de Clouzot (1943), l'auteur renvoie dans sa bibliographie au livre de Francette Vigneron L'Œil de Tigre, enfin la vérité sur l'affaire des lettres anonymes de Tulle (éditions Copier-Coller, 2004). Il faudrait y ajouter l'excellent travail de Jean-Yves Le Naour, Le Corbeau, histoire vraie d'une rumeur (Hachette Littérature, 2006) qui, dans son passionnant chapitre 10, "Du tigre au corbeau" détaille la genèse, non seulement du film, mais aussi du terme "Corbeau" appliqué maintenant à tout auteur de lettres anonymes. Angèle Laval avait, soit disant, voulu se noyer en entrant dans un étang avec sa mère qui y resta. Elle portait donc son deuil lors du procès et un journaliste du Matin la compara alors à un corbeau, comparaison reprise ensuite par Clouzot pour son film financé par la Continental dirigée par les Allemands.
Au final, hormis ces deux cas célèbres, Les Grandes affaires criminelles de la Corrèze ne sortent pas de l'ordinaire des crimes domestiques et crapuleux. Quant aux deux affaires de pédophilie, et à celle de viol, elles sont symptomatiques du regard mineur qu'on leur accordait alors.

Citation

Une sympathique rafale de mitrailleuse lors d'un assaut, une de ces charmantes balles émanant d'un shrapnel ou bien une belle marmite qui vous écrabouillait au sol comme une vulgaire bouse de vache, voilà les cadeaux mis en jeu quotidiennement à la grande loterie du front.

Rédacteur: Michel Amelin mercredi 09 mai 2012
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