La Muraille de lave

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Roman - Noir

La Muraille de lave

Assassinat - Corruption - Finance MAJ mercredi 16 mai 2012

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19,5 €

Arnaldur Indridason
Svörtuloft - 2009
Traduit de l'islandais par Éric Boury
Paris : Métailié, mai 2012
320 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-86424-872-9
Coll. "Noir"

Fin de l'époque bling bling

Arnaldur Indridason n'en finit pas de nous ravir, et ne manque pas de tours dans son sac pour nous surprendre. Erlendur est toujours en congé sur les chemins de son enfance et introuvable, il laisse son équipe débusquer les méchants, Elinborg, dans le précédent roman La Rivière noire, et Sigurdur Oli pour cette nouvelle enquête. Alors oui, à travers la dernière enquête, découvrir le quotidien de Elinborg restait peu convaincant car elle paraissait bien fade (même si en y réfléchissant, Indridason décrivait là une femme contemporaine, sans artifice, presque banale et pourtant inspectrice au flair et à la sensibilité aiguisés). Le deuxième inspecteur, Sigurdur Oli, est celui qui depuis les débuts des enquêtes de Erlendur agace ses deux co-équipiers – et le lecteur – par son manque de tact, sa manière abrupte d'aborder les gens et son absence totale d'empathie. Voilà notre curiosité aiguisée, tant par l'intrigue, que par la découverte approfondie de ce personnage, anti-héros, qui n'a cessé d'accroître notre antipathie à son égard. Son couple est en lambeaux, et après avoir quitté sa compagne Bergthora, il a emménagé dans un nouvel appartement où il comble ses nuits à regarder des matches de baseball sur le câble.

Son ancien camarade de lycée Patrekur le sollicite pour une affaire, le beau-frère de celui-ci, Hermann, est victime d'un chantage. Adepte avec sa femme de "soirées-entrecôtes" (l'avis du traducteur sur ce terme peu reluisant serait le bienvenu), c'est-à-dire de parties fines, ils ont été filmés à leur insu par un autre couple qui menace de diffuser sur Internet la vidéo alors que la femme d'Hermann aspire à une carrière politique d'envergure. Sigurdur Oli, bien que réticent au départ, se rend chez le couple maître chanteur et au moment de sa visite se heurte à un agresseur, qui réussit à s'enfuir, laissant la jeune Sigurlina le crâne enfoncé par une batte de baseball presque morte. Elle décédera plus tard à l'hôpital et voilà Sigurdur Oli au début d'une enquête, confronté également à la suspicion de son collègue Finnur qui se demande comment il pouvait être présent au moment des faits, le hasard ayant pour le coup bon dos. Sigurdur Oli, soucieux dans un premier temps, de protéger les intérêts de son ami, décide de garder le silence sur la vraie raison de sa visite et se concentre sur ce qui ressemble à un règlement de compte. Son investigation le mène à un groupe de jeunes banquiers, à la cupidité vivace, dont la vie a croisé celle de Sigurlina lors d'une excursion en montagne et où l'un d'entre eux, randonneur pourtant expérimenté, a trouvé la mort sur le Svörtuloft - la muraille de lave -, montagne réputée dangereuse.

Arnaldur Indridason distille tout son talent, dénonçant avec force l'économie des "nouveaux vikings" qui a plongé l'Islande, et le monde, dans la crise financière de 2008. Nous croisons les victimes de la cupidité de quelques uns, nous mesurons les désillusions de certains, et nous prenons fait et cause pour Sigurdur Oli, malmené dans ses convictions au fur et à mesure de sa recherche. Lui qui ne cache pas son dégoût pour les déviances sexuelles de son ami, est confronté à sa stérilité physiologique – il ne peut pas avoir d'enfant – mais aussi à son manque de charisme, écartelé entre sa mère, dénuée de sentiment, et son père, atteint d'une maladie, avec lequel il ne trouve pas les mots. On le voit se débattre dans cet enchevêtrement d'événements, son assurance mise à mal, ses principes remis en cause, ses certitudes ballotées avec en parallèle ce fragment de pellicule, qu'il reçoit, montrant un enfant aux prises avec un adulte menaçant. Erlendur peut continuer son périple sur le chemin de ses souvenirs, Indridason réussit le pari de nous envoûter malgré son absence.


On en parle : Carnet de la Noir'Rôde n°46

Citation

L'un était un multirécidiviste, l'autre un honnête citoyen. Aux yeux de Sigurdur Oli, ces gens-là n'avaient pas voix au chapitre et ils avaient perdu jusqu'au droit de faire partie de la société

Rédacteur: Axelle Simon dimanche 13 mai 2012
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